Littérature française
Aujourd’hui « Monsieur le consul » de Lucien Bodard.
Quand paraît en 1973 « Monsieur le consul », Lucien Bodard jouit déjà d’une solide réputation tant comme journaliste que comme romancier. Prolifique autant qu’éclectique, allant du reportage au récit historique (Sa monumentale étude sur la guerre d’Indochine) en passant par le roman. C’est à ce dernier genre qu’il se consacre ici, fortement teinté d’autobiographie puisqu’il narre son enfance et surtout les déboires de son père consul en Chine dans la province du Sichuan. Ce n’est pas la première fois que l’auteur se raconte. Il l’avait fait précédemment dans « La mésaventure espagnole » Mais à la différence de ce dernier, « Monsieur le consul » s’avère plus intimiste tout en ménageant des passages épiques concernant la geste de la colonisation de la Chine par les occidentaux. Outre ceci, il ne s’agit pas dans ce cas pour de la vie de jeune adulte et d’aspirant résistant mais de l’enfance et d’une mise en abyme du regard de l’enfant qu’il fut et de l’écrivain, homme mûr.
Ce qui unit l’adulte et le garçon de huit ans décrit dans le livre, c’est la conclusion que tire le même être à deux âges distincts suite à l’observation de ses parents. En particulier son père. Albert Bodard (Bonnard, dans le récit) diplomate de rang moyen, besogneux, maladroit, parfois timoré et un brin suffisant. Mais aussi ambitieux et bien décidé à réaliser son grand projet: une ligne ferroviaire traversant le Sichuan. Il y a la mère aussi, fille d’une bourgeoisie déchue méprisant son mari tout en tenant à son rôle d’épouse.
Au milieu de ce mèli-mélo, il y a le juvénile Lucien partagé entre la découverte de l’Empire du milieu, de ses horreurs et de ses merveilles d’une part et d’autre part les déboires de ses parents au centre desquels trône l’ambition dévorante de son géniteur. Tout cela aboutira à un changement de regard de Lucien.
Je n’en dis pas plus afin de ne pas gâcher le plaisir de votre éventuelle découverte. Je me contenterais d’ajouter que le livre bénéficie de la prose classique toujours riche et jamais pédante de Bodard ainsi que d’une structure narrative extrêmement originale qui sert le récit en cela qu’il permet le croisement des tons – histoire, voyage et intimisme- sans que cela semble incongru.
En bref, à lire.
































































