DCXXXV- La guerre d’Indochine mal connue.
« Dien Bien Phu n’est pas une défaite, c’est un jugement…. »
Lucien Bodard, « La guerre d’Indochine »
2024….une nouvelle année qui commence, que je souhaite bonne et heureuse à chacun d’entre vous. 2024…d’ici quelques mois on commémorera la chute de Dien Bien Phu, défaite traumatisante qui marqua la fin de la présence française en Indochine. Cela fera d’ici quelques mois soixante-dix ans que notre armée s’effondra dans une cuvette transformée en champ de bataille.
Cette guerre ne suscita d’abord qu’indifférence chez les français. Et c’était bien normal, avec les blessures de « l’autre guerre », la Mondiale, l’occupation, un pays à reconstruire, les aventures militaires exotiques ne passionnaient pas la population. Et ce d’autant moins que ce conflit en plus d’être lointain concernait peu le contingent et assez largement des professionnels et des volontaires, que les dirigeants d’alors s’en souciaient peu et n’y comprenaient rien, parlant de « Guerre heureuse » et persuadés de l’efficacité de la RC4 (Route coloniale numéro 4) dispositif aussi désastreux que la Ligne Maginot quelques temps plus tôt. La catastrophe de Cao Bang mit fin à cette mortelle illusion et fit entrer le conflit dans une phase nouvelle jusqu’à l’issue qu’on connait. Laquelle sidéra le public, enfin conscient de ce qui se déroulait outre-mer.
De nombreux ouvrages ayant été consacrés à ce sujet, je n’aurais donc pas la prétention de faire mieux, surtout pas dans le cadre de ce modeste blog (Bon, j’arrête de faire mon Don Camillo!) mais j’aborderais ce thème sous l’angle de cet espace: celui des marges, de l’étonnant voire de l’incongru. On peut être excentrique et respectueux. Excentrique car, il sera ici question des aspects parfois méconnus de cet épisode tragique mais essentiel de notre histoire. Le tout sous le patronage de Geneviève de Gallard, célèbre infirmière militaire surnommée « L’ange de Dien Bien Phu »!

Le général De Gaulle inspectant le Corps des volontaires françaises, dont certaines rejoignirent les AFATS.

Quelques AFATS ( Auxiliaires féminines de l’Armée de Terre) Femmes à tout faire de l’Armée qui traînaient une réputation de moeurs légères. Preuve en est le regard peu amène de ma grand-mère sur une voisine qui avait appartenu à ce « corps » (Sans mauvais jeu de mots!) « Monette » épouse du général De Lattre dans sa grande piété tenta de ramener dans le droit chemin ces brebis égarées. Avec plus ou moins de succès. A noter pour l’anecdote le défilé des AFATS ordonné par De Lattre à l’officier de la Légion qui les chaperonnait. Las! Les pauvrettes ne savaient pas défiler et n’avaient seulement pas d’uniformes à leur taille! Au moins cette « cérémonie » procura-t-elle quelques sourires à un public qui en avait bien besoin !

Les femmes en Indochine, c’étaient comme dans toutes les guerres, les prostituées. Celles, officielles, présentes dans les BMC ( Bordels militaires de campagnes) et en principe saines, ou les autres douteuses des quartiers réservés. Mais à côté de ces amours vénales, des idylles se nouèrent entre femmes indigènes et soldats français. Parfois romantiques, donnant lieu dans certains cas à des naissances. Il y avait aussi un danger potentiel chez ces femmes parfois utilisées par le Vietminh à des fins d’espionnage…ou de meurtres. Le danger était d’autant plus grand que ces « travailleuses du sexe » n’étaient que rarement affiliées aux rouges, ne travaillant pour eux que par appât du gain.
Prostituées indochinoises.

Camille Mandray, membre du Commando Marine Jaubert, en galante compagnie….

La Guerre d’Indochine fut pour une bonne part celle de la Légion. Il circule à ce propos de nombreuses histoires sur « La Légion refuge d’anciens nazis, de SS à la conscience noire » lesquelles reposent sur un fond de vérité. Allemands retraités de Babi Yar, belges authentiques de chez Léon Degrelle, faux belges et vrais français échappés de la division Charlemagne ou encore hongrois amateurs de bleuets. Toutefois, au milieu de ces hommes criminels – tortionnaires ou simples traîtres à leurs pays- se trouvaient aussi des soldats tout simplement perdus qui n’avaient nulle part ou aller à la fin du second conflit mondial. Ce fut le cas de Johann Wallisch, fils de maréchal-ferrant enrôlé dans la Wehrmacht suite à une échauffourée dans une brasserie. A l’âge de seulement dix sept ans en 1944. Prisonnier de guerre comme tout le monde, le jeune Johann s’engagea sous l’étendard apatride la Légion au sein de laquelle il combattit en Indochine puis en Algérie.


On va enfin parler des supplétifs, pris entre deux feux, souvent punis de leur refus de la tyrannie communiste et reconnus tardivement par le gouvernement français.

Ce fut le cas de Siang Tou( assis sur la photo ci-dessous, entourant avec ses frères d’armes le capitaine Taitot) qui n’eut droit à la reconnaissance de l’état que soixante huit ans après la fin de la guerre.


Une réponse à “Tout l’univers”
Intéressant. J’ai connu deux belges de la Légion wallonie. L’un d’eux s’était engagé à 14 ans (il avait triché sur son âge) simplement pour avoir à bouffer. Bien connu dans le monde de la BD, mais décédé depuis quelques années, il ne m’a pas raconté. L’autre est devenu médecin; lorsqu’il a fallu y aller, il a déserté. Pas fou. Voilà qui en dit long sur les « affreux nazis »; moi j’en retiens qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans ces moments-là…
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