XX- Un air anglais
Troisième partie, de Jack l’éventreur au cinéma social de Basil Dearden.

Afin de faire la transition avec l’article précédent, je prends l’exemple du film « Jack l’éventreur » qui en plus d’être une des (déjà à l’époque) nombreuses variations sur le thème du célèbre assassin, est aussi une évocation de la misère des quartiers ou l’affaire a eu lieu. Outre que le fait est remarquable en regard du cinéma des années 50, y compris européen, il est significatif d’une tendance majeure chez nos amis insulaires: les préoccupations sociales.
S’il est un cinéaste qui aborda par le biais de son travail les questions sociales, ce fut bien Basil Dearden. De la condition des polcier dans « The blue lamp/ Police sans armes » (1950) avec un jeune Dirk Bogarde en délinquant vicieux à « Sapphire/ Opération Scotland Yard » (1959) sur le racisme, les relations interraciales, en passant par « Violent playground/ Jeunesse délinquante » (1958), le metteur en scène s’est intéressé à de nombreuses questions qui agitaient son époque.




Il est bon de s’attarder sur le cas de « Sapphire », qui commence par la mort ( Accident? Suicide? Meurtre?) d’une jeune femme défenestrée. L’enquête amène les policiers à l’oncle de la victime qui s’avère être nir, alors que sa nièce était blanche. En fait, elle le paraissait. A partir de là, la Police plonge dans le monde parallèle et parfois interlope des immigrés jamaicains, entre refuges sordides et boites de nuit plus ou moins louches.

Dearden avait déjà effleuré le thème du racisme dans « Violent playground » (L’attitude du chef de la bande de voyous envers un jeune homme de souche chinoise) mais ici il met les pieds dans le plat en particulier en regard du contexte. En effet, le film a été réalisé en 1959, soit un an après les violentes émeutes dans le quartier de Notting Hill à fortes populations immigrées. Ces événements faisaient suite au ras le bol des populations de souche dans ces quartiers qui s’estimaient menacés dans leurs emplois par cette main d’oeuvre souvent moins bien payées, la récupération par des mouvements issus d’idéologie d’avant-guerre et enfin le désir de violence d’une certaine jeunesse, les fameux Teddy Boys, qui, soit dit en passant n’étaient pas les plus nombreux dans l’affaire. A la même époque, il y avait encore à l’entrée de chambres à louer l’écriteau « Pas de chiens, pas de noirs, pas d’irlandais » (référence à l’autobiographie de Johnny Rotten) Aussi, « Sapphire » traite-t-il d’un sujet brûlant. Aussi est-ce bien pourquoi, et en dépit de ces qualités, il a fort mal vieilli. Il reste cependant un document sur une époque et un centre de réflexion par rapport à ce que nous vivons actuelleement.

