Actrice, pin up , modèle, familière des couvertures de magazines masculins des années 50/60. Un parcours qui serait presque banal s’il n’était pimenté par la pratique professionnelle du golf de la dame et surtout de sa fréquentation pour le moins assidue de la pègre. Elle aidait en effet à Las Vegas dans ses tricheries au jeu l’un des pontes de la Mafia de Chicago: Johnny Rosseli (Lequel était par ailleurs impliqué dans le complot contre Kennedy, mais ce n’est pas le sujet). Là ou Liz Renay se contentait de batifoler avec Mickey Cohen, Jeanne Carmen mettait si l’on peut dire la main à la pâte. Au point de risquer sa vie, Rosseli lui enjoignit même de quitter Vegas car Sam Giancana, boss absolu du crime d’alors, la menaçait. Elle survécut, joua dans nombreux films d’exploitation dont le plus connu reste « The monster of Piedras blancas » ainsi que dans de nombreuses séries télévisées dont le western « Have gun will travel »
« Qu’est-ce qui fait tourner le monde? Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes? » Dixit Sylvie Vartan.
J’avoue ne pas le savoir. Je sais en revanche la fascination qu’exercent la blondeur chez les hommes. Qu’elle soit vraie ou fausse, d’ailleurs. Mais il y a le charme de la fausse blonde. Et comment ne pas résister à ce mystère si profond à la cause pourtant si simple? Un doigt de chimie et aux mâles dont je suis de se demander si c’est une vraie, si le couvre-lit va avec la descente. C’est comme le disait un refrain désormais oublié « Je ne suis pas curieux mais j’aimerais bien savoir pourquoi les femmes blondes ont les poils du chose noir! »
Et cette question se pose en effet. Qui en pose une autre qui semblait agiter nos amis Outre-Atlantique dans les années 50: « Do blondes have more fun? » Chacun eut évidemment sa réponse, mais il est intéressant de constater que tout en demeurant un symbole fort, la blondeur s’est chargée de sens bien différents suivant les époques. Dans ce cas précis, c’était à cause de la guerre dont le souvenir restait proche. La guerre due à un obsédé de la blondeur remarquablement brun, décernant avec ses affidés des brevet de force et de pureté suivant la clarté du poil. On se serait cru aux Jeux Olympiques. Médaille d’or pour la platine.
Mais quelques années et plusieurs millions de mort plus tard, la blondeur ne sortit pas du jeu, resta un symbole fort mais désormais pacifique. La blondeur était un symbole de santé et bien sûr de séduction. Au point que tout le monde aspirait à entrer dans ce cercle enchanté des déesses nordiques. Quitte à forcer un peu la nature. Les italiens en la matière avaient de l’avance, allant jusqu’à inventer la moumoute de foufoune- pardon, la prothèse pubienne- à l’usage des soldats américains (Surtout noirs) en goguette à Naples. Pour le coup, le couvre-lit allait avec la descente! Voir à ce sujet le film de Liliana Cavani « La peau » (« La pelle », Italie 1981) et surtout lire le roman homonyme de Cuzio Malaparte. Sans aller jusque dans ces extrêmes, l’Amérique compta cependant une singulière hausse des blondes au sein de sa population, apparemment pas découragée par le destin tragique de Jean Harlow intoxiquée par l’eau oxygénée qui la décolorait. La plus célèbre de ces adeptes fut évidemment Norma Jean Baker alias Marilyn Monroe, dont le changement capillaire accompagna le changement de nom. L’intéressée en concevait sans doute de l’amertume ainsi que le laisserait entendre cette phrase qu’elle adressait à son Renato personnel: « Fais moi Marilyn! » A l’évidence, elle distinguait son image de sa personne.
Puis, tel les guerriers de Clovis après la conversion de leur chef à la foi chrétienne, cinq cent guerrières suivirent son exemple. Quelques unes devinrent effectivement célèbres. Carroll Baker, Jayne Mansfield, Mamie Van Doren, formèrent le groupe principal de ce bataillon de pin ups, mais il ne sera pas question de ces dames au demeurant respectables mais déjà largement commentées. Ici, il s’agira du groupe périphérique. Des célébrités de deuxième voire de troisième classe, voire en dessous. Depuis la fin de l’âge d’or de Hollywood auquel appartenait Marilyn jusqu’aux années 90. A travers les destins parfois surprenants de ces femmes, il sera question d’une évolution des représentations féminines lors de la deuxième moitié du XXème siècle. Il est temps de commencer, sous le patronage de Liz Renay!
Premier chapitre: Liz Renay.
Liz Renay? de son vrai nom Pearl Elizabeth Dobbins prit très tôt la tangente du domicile familial avant de gagner un concours de sosie de Marilyn Monroe. Elle fut d’abord et avant tout une danseuse burlesque et une personnalité qui connaissait tout le monde, y compris des gangsters et fut même intime avec l’un d’eux. Et pas des moindres, Mickey Cohen, parrain de Los Angeles. Elle fut accessoirement une actrice occasionnelle dans d’obscurs films d’exploitation. ses apparitions les plus notables furent celle dont elle gratifia la version Blaxploitation de Frankenstein « Blackenstein » et surtout l’un des opus trash de John Waters « Desperate living » ou elle incarnait la moitié féminine d’un couple lesbien. L’âge venant, elle se mua en conteuse de sa propre légende au travers de livres aux titres évocateurs (« My first 2000 men) puis se reconvertit en artiste peintre. Non sans talent. Elle est pour l’éternité une icône kitsch, définitivement consacrée par sa participation à l’oeuvre de Waters.
« Votre problème à vous, c’est l’humilité! » dit le supérieur de l’abbaye de la Pierre qui vire au jeune novice frère Honorat qui deviendrait célèbre sous vrai nom François Léotard. Ce dernier corrigera plus tard cette assertion face à un journaliste qui lui avait servi ce souvenir peu valorisant: « Pas du tout, il voulait dire l’humidité! » Comme en conclura le journaliste du « Crapouillot » (D’ou je tire cette anecdote) on ne saura donc pas ce qui en Léo déplut au Seigneur, des rhumatismes ou de l’orgueil. Si je vous parle de ce politicard oublié, c’est parce que j’en ai eu l’inspiration suite à la récente sortie de madame Binoche lors de son discours au festival de Cannes.. Même s’il y a gros à parier que nombre d’entre vous ont assisté à l’événement, il ne me semble pas inutile de rappeler que la dame s’emmêlait les pinceaux entre « Humus »et « humilité ». Eloge de la langue qui fourche. Et de la mauvaise foi. On ne prend pas les mêmes, mais on recommence
Aujourd’hui: « Fasciste » de Thierry Marignac (1988)
Le parcours de Rémi Fontevrault, jeune homme de la meilleure société au sein d’un parti d’extrême-droite.
Publié en 1988, « Fasciste » fit son effet au point de valoir à son auteur de grandes difficultés dans l’édition de ses livres. Le titre, il faut le dire, annonçait la couleur et pose un problème en soi. D’ordre sémantique. Le parti dans lequel milite le héros qui n’est jamais nommé mais dont l’identité est évidente (De même que son chef désigné ici comme « L’ogre ») n’est pas fasciste, quant au terme d’extrême-droite, il n’est guère plus approprié. Certes je l’ai employé moi-même dans le résumé ci-dessus, mais l’un des inconvénients dans ce cas de figure est qu’il est bien difficile de bien dire ce qui est déjà mal défini au départ. Comment s’en tirer alors? En brandissant des tartes à la crème type « Droite radicale »?
Le meilleur moyen d’éviter ces chausses-trappes du langage est encore de s’attacher à la réalité que cachent ces fantaisies lexicales. Si le livre de Thierry Marignac n’a pas exactement de vocation sociologique, il permet de comprendre l’engouement pour un certain discours. Il y a à cela une raison évidente: l’échec du « vivre-ensemble » et ses conséquences. Et, de ce point de vue, rien n’a changé depuis, les gouvernements qui se sont succédé ayant tous en commun de persister à ne pas agir. Toutefois si le roman évoque ce problème, il ne verse pas dans la sociologie. Le thème central c’est plutôt le vide existentiel de Rémi, entre romantisme et besoin d’exprimer son surplus de testostérone. Les aînés des soixante-huitards disaient des lanceurs de pavé qu’il leur fallait une bonne guerre, Rémi n’est pas loin de penser la même chose à son endroit Aussi, il s’engage dans la voie d’un militantisme musclé. Chaque chapitre décrit les étapes de ce chemin à la vérité douloureux tant moralement que physiquement. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire le monde interlope des salles de boxe plus ou moins clandestines aux allures d’antichambre des enfers. Le tableau que Marignac en brosse est d’autant plus saisissant qu’il en est un fin connaisseur, étant lui-même un pratiquant du noble art. Cela ouvre du reste une perspective intéressante quant aux rapports des jeunes hommes à leur virilité, toujours actuelle d’ailleurs, et problématique depuis un temps précédant de beaucoup celui du livre de Marignac. Déjà, Roger Nimier dans « Les épées » (Par ailleurs chroniqué dans ces pages) parlait d’une « peureuse jeunesse ». Et c’était dans les années 50. C’est – et bien que cela ne soit pas clairement exprimé- ce à quoi veut échapper Rémi.
Une autre des qualités de « Fasciste » est de planter judicieusement son contexte. Il démarre avec les grèves étudiantes de 1983 continue avec les liens entre les liens du camp national français avec les loyalistes d’Ulster etc. Pour finir, l’auteur a l’intelligence de laisser le lecteur se orger sa propre opinion. Pas de condamnation, pas d’exaltation non plus. Simplement ce qui pourrait s’appeler – pour détourner un film célèbre- une histoire de violence dont chacun pensera ce qu’il voudra.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…