XIX- Une culture cachée, mauvaises lectures, Rock français primitif et coquineries de Michel Simon. Deuxième partie.
Les éditions de la Tarente se distinguaient par leur couvertures noires et les dominantes de rouge qui suggéraient l’érotisme supposé du texte.
Ce serait dans ce contexte un crime de lèse-majesté de ne pas évoquer un des illustrateurs qui fit tant pour l »image de ces collections: Jef de Wulf. Sans plus de mots, voici un échantillon de son oeuvre!
Exotisme, titres racoleurs, auteurs aux noms anglo-saxons n’ayant jamais mis les pieds en Amérique, amours prostitutionnelles, tragédies incompréhensibles, évocation de la la Guerre dont la fin était encore récente, tout un univers (!) qui peut prêter à rire ou au moins à sourire mais qui était généreux avec ses lecteurs et ne manquait pas à sa façon d’une certaine élégance!
XIX- Une culture cachée, mauvaises lectures, Rock français primitif et coquineries de Michel Simon!
Mauvaises lectures? Oui, ces polars à trois sous achetés sur les quais de gare ou dans les librairies spécialisées ( dont la célèbre à l’époque » Le roi du bouquin ») méprisées voire ignorés par la critique, devenus au fil du temps pour certains des objets de cultes négociés à des prix très éloignés de ceux d’origine.
S’il est vrai que parmi ces « oeuvres » beaucoup ne sont pas inoubliables, une poignée d’entre elles méritent – et ont parfois connu – une réévaluation, tel celles d’André Héléna (déjà évoqué dans ces pages et qui fera très certainement l’objet d’un article pour lui seul) et certains auteurs reconnus ont publié chez ces éditeurs maudits, profitant de cette mauvaise réputation pour se permettre des fantaisies que leur auraient refusé les tenants de la littérature « respectable » comme Raymond Queneau. D’autres ont commencé dans ce Purgatoire sous pseudonyme, comme Boris Vian, auteur que je déteste, soit dit en passant. Aussi me limiterais-je à cette ligne pour ce qui concerne monsieur trompinette, les travaux de « Vernon Sullivan » ont de toutes façons été largement évoqués par ailleurs.
L’une des maisons les plus connues dans ce cercle infernal fut les éditions du Scorpion, d’ou le choix de leur logo en début d’article. Sans plus tarder, voici pour égayer votre ouquènede quelques couvertures, histoire de se payer une ballade nostalgique!
Première édition du diptyque « Sally Mara » de Raymond Queneau, trop salé pour Gallimard ?
« Ainsi soit-il de Maurice Raphael, alias Ange Bastiani, alias Victor Le Page, édition originale et réédition par Eric Losfeld. Raphael écrivit par la uiste de nombreux polars pour le Fleuve Noir, il traînait par ailleurs un passé assez trouble de collaboration.
Julien Guernec, pseudonyme de François Brigneau avait lui aussi un louche passé, mais moins mystérieux que Raphael, il avait de sources sûres appartenu à la Milice. » Faut toutes les buter » son seul roman est dans la veine des polars à la gloire des truands alors très populaire. Très réputé, ce livre fut réédité par « Baleine noire ».
XVIII- Coiffures pour plaire à certains et en énerver d’autres!
Dans mon univers, on peut porter la choucroute ou Beehive, comme dans « Les filles de la ruche » (Légendes urbaines
On peut aussi porter la Pixie, coupe courte néo-garçonne comme la taxi girl de « Elle roulait la nuit » (Légendes urbaines et héros oubliés)
Ou encore le chignon à la Grace Kelly comme Geneviève Lipsky! (Le charme secret de Vicky Lynn)
Et les messieurs alors? Ils ne sont pas en reste!
Ils portent la banane « full » tel Alexis Réglé, le psychiatre excentrique et digne émule du chanteur ayne Cochran (photo ci-dessus) et d’un certain président américain qui n’est actuellement plus en exercice, du « Retour du homard garou » (Légendes urbaines et héros oubliés tome II) A ce propos, je n’aime pas ce terme français de « Banane », lui préférant celui de Pompadour ( terme américain qui nous a été emprunté en effet en référence à la cour de Versailles, merci à qui me l’a fait remarqué) ou de quiff, utilisé par les anglais, signifiant la coque! Quant au terme de Pompadour (ou « Pomp » en abrégé) il existe bel et bien, on le rencontre dans le roman de guerre de Norman Mailer « Les nus et les morts/ The naked and the dead »!
Puisqu’on en est là…le duel USA/ Royaume uni continue!
Certains portent la « Jelly roll » (qui en argot amerloque signifie aussi popaul, si, si!) comme un suspect agrafé par Robert Lin (Le charme secret de Vicky Lynn)
Ou une « Elephant’s trunk » ( trompe d’éléphant) terme anglais cette fois, comme aurait pu la porter le détestable Norbert Dague! (Poucet à Barbès)
XXXIV- Savants fous mais gentils, filles à choucroute, psychiatre à banane, les silhouettes, seconds couteaux et figures à usage unique dans mes récits.
1- Le professeur Balpétré.
Le professeur Balpétré, médecin de génie mais crasseux qui consacre sa vie aux pauvres apparaît en filigrane dans « Vicky Lynn » et de façon plus conséquente dans la nouvelle « Les filles de la ruche » présente dans le recueil « Légendes urbaines et héros oubliés tome II ». Pour ceux qui me suivent sur FB, il est carrément l’un des personnages principaux du mini-feuilleton « La planète des tut nus » parue dans l’excellent fanzine de mes amis Starr Dufresne et Norman Roswell. C’est un peu un personnage à tout faire. Pour ce qui est de son apparence et de son nom, je me suis inspiré du comédien Antoine Balpétré qui avait joué dans deux films inspirateurs de « Vicky Lynn » « Adam est Eve » ( se reporter aux articles concernés) ainsi que « Les vampires/ I vampiri » (1956) de Riccardo Freda et Mario Bava, premier film d’épouvante italien mais réalisé en France.
2) Clovis Pentecôte.
Ancien pilote, ancien homme canon, québecois et compagnon d’aventures du professeur Balpétré. J’en profite pour rendre hommage à ce beau numéro de cirque hélas disparu: l’homme canon!
3) Docteur Alexis Réglé.
Médecin psychiatre au physique massif et aux méthodes musclées, Alexis Réglé est l’un des « hôtes » de « Légendes urbaines et héros oubliés tome II » (Pour comprendre, achetez le recueil!) Signe particulier, sa coiffure est calquée sur celle du héros de dessin animé « Johnny Bravo » ainsi que celle d’un certain président américain, qui n’est actuellement plus en exercice…A ce propos, pour le plaisir des uns et l’agacement des autres, il y aura un article sur les coupes de cheveux.
4) Don Latteri
Don Latteri est un des protagonistes de la nouvelle « Temps mort pour Kronos » figurant dans « Légendes urbaines et héros oubliés tome II », chef mafieux très soucieux de son apparence, il est vaguement inspiré du personnage de tueur du Mossad joué par Francisco Rabal dans « Le convoi de la peur/ Sorcerer » (1977) de William Friedkin.
5) Les filles de la ruche.
Une « fille de la ruche » au repos…
« Les filles de la ruche » portent ce nom car elles ont des coiffures de style « ruche » ( Beehive en anglais) improprement appelée en français « Choucroute » C’est grâce à leurs coiffures qu’elles pourront prêter leurs concours à l’expérience patriotique et spatiale du professeur Balpétré!
Pour rappel, le recueil disponible sur TheBookEdition.com
Afin de faire le lien avec l’article précédent, cette image ci-dessus d’un San Antonio…pour le sourire! Il est vrai que les rapports entre le cinéma français et ses homologues asiatiques n’ont guère été fructueux. Décor exotique qui vise à rehausser des produits de qualité médiocre, dans la plupart des cas. Quand la rencontre entre les deux donne quelque chose d’intéressant, c’est souvent par allusion. Le seul cinéaste qui y soit parvenu fut à ma connaissance Jean Pierre Melville avec bien entendu « Le samourai » (1967) et de manière moins évidente « Le cercle rouge » (1970) avec la citation du Bouddha çakyamuni à l’origine du titre sur laquelle s’ouvre le film.
Soit me direz vous, mais quid de la littérature? J’y viens. Mais avant d’y venir, je clos ma période sur les rapports entre la France et l’Asie sur le plan littéraire qui mériteraient une étude plus approfondie, mais ces articles étant d’abord un survol, je dois faire vite.
Il faut en convenir les échanges littéraires Asie/ France ont été fructueux, entre « La condition humaine » de Malraux, les récits autobiographiques cucul la praline de la mère Duras, l’interminable ( et très plan plan) saga coloniale » La nuit indochinoise » de Jean Hougron, la qualité est certes inégale mais plus fréquent que sur le grand écran.
Maintenant, il faut en venir à la littérature asiatique proprement dite, voici à ce propos une liste d’ouvrages – pour la plupart japonais- très personnelle…et non définitive!
» Les 47 ronins » de Jiro Osaragi narre une histoire tragique profondément ancrée dans l’histoire, la culture et la mentalité des japonais. Il s’agit de l’histoire vraie de la vengeance puis du suicide de 47 ronins, ou samourais sans maître, suite au suicide forcé de leur chef qui avait outragé un dignitaire de la cour.Adapté de nombreuses fois à la scène et à l’écran ( il existe même une récente version américaine avec Keanu Reeves) Récupéré lors de la période militariste, interdit par les américains lors de l’occupation du pays, en bref, c’est bel et bien une pièce maîtresse. Je ne vais pas entrer dans un débat sur le bien-fondé des actes de ces hommes qui relèvent d’une autre culture et surtout d’un autre temps. Quoiqu’on en pense, la relation de ce fait historique est une véritable mine quant au quotidien des japonais au XVIIIéme siècle, un document passionnant susceptible de plaire autant à des férus de cette civilisation qu’à ceux qui n’en connaissent rien. A lire.
» Les pornographes » de Akiyuki Nosaka publié en 1965 fit l’effet d’une bombe dans la monde littéraire japonais et il y avait de quoi. Ce récit des pérégrinations d’un groupe de pousse-mégots qui gagnent péniblement leur croûte en trafiquant des photos pornos suscita le scandale non pas tant en raison du caractère scabreux du sujet mais de la divulgation des marginaux que les japonais ne veulent pas voir. Il convient de dire un mot de l’auteur Nosaka, tant l’homme était exceptionnel. Né avec la guerre qui le priva de ses parents et de sa soeur ( tragédie qui lui inspira son roman « Le tombeau des lucioles ») il fut ensuite mineur, rugbyman, boxeur, journaliste (il fit tomber un gouvernement local corrompu) et enfin écrivain. Pour en revenir au livre lui-même, il est drôle, parfois cruel, émouvant et toujours respectueux envers ses personnages, en dépit de leurs impérities- et elles sont nombreuses. Salué par Mishima lors de sa publication, lequel était pourtant loin de partager les opinions anarchisantes de Nosaka, c’est un gage de qualité, le « capitaine Mishima » ne manquant pas de flair. Un grand livre, assurément. Chaudement recommandé.
» Haut le coeur » de Jun Takami – autre auteur anarchiste salué par Mishima – fut l’un des grands autres chocs littéraires des années 60 au pays de soleil levant. Dans ce roman, Takami narre le parcours d’un anarchiste vaguement terroriste et velléitaire durant une décennie depuis le tremblement de terre de 1922 jusqu’au début des années 30, période qui vit le Japon basculer vers une dictature militaire. Violent, désespéré, parfois tendre et empreint d’ironie, « Haut le coeur » est également un document passionnant – autant qu’une oeuvre littéraire de haute tenue- sur un pays en ébullition politique et intellectuelle qui victime de cette instabilité sombre dans le pire, à l’image de son héros. Recommandé.
» Gens de Taipei » de Bai Xianyong, un chinois pour une fois, est un recueil de nouvelles qui s’attache à décrire dans de courtes scènes le destin de personnages d’extractions diverses, militaires ou professeurs, dont la vie se confond avec celle de leur île. Plein d’émotion et de mélancolie, c’est un véritable bijou que je ne saurais trop recommander.
Voilà, c’est tout pour ce soir, j’aurais aimé en dire plus mais la littérature asiatique étant finalement peu traduite. Je tiens à m’en excuser auprès de vous. Bonne nuit en tout cas!
XVII- La lointaine Asie. Et la France dans tout ça? Les liaisons parfois dangereuses entre l’Empire du Milieu, le Soleil levant et le Royaume de France!
L’Asie et le cinéma français? Une longue histoire dont on pourrait situer le commencement dans les années 30, ou notre pays encore en possession de ses colonies était féru d’exotisme. Dans nombre de films relevant de divers genres ( drame, policier, aventures) il y avait un asiatique de service, parmi lesquels Foun Sen, de son vrai nom Cécile Nguyen Loc Tue, épouse du cinéaste Léo Joannon, elle apparut notamment dans « L’alibi » (1937) de Pierre Chenal, « Drôle de drame « (1937) de Marcel Carné ou encore « Fort du fou » (1963) de…Léo Joannon, déjà évoqué dans ces pages.
En matière d’exotisme, le cinéma en France et ailleurs se tourna ensuite vers l’Afrique avant de connaître un regain d’intérêt dans les années 60, sans doute à cause de l’espionite générée par le succès des James Bond. Notre bon Hubert Bonnisseur de La Bath alias OSS 117 lors de ses diverses incarnations se balada un peu partout sur le continent asiatique dans « Atout coeur à Tokyo » « Banco à Bangkok » etc. Paul Meurisse s’autorisa une escapade au jardin parfumé dans « Le monocle rit jaune » (1963) de Georges Lautner. Pour la petite histoire, le natif de Dunkerque partageait dans ce film l’affiche avec Barbara Steele avec laquelle il refusait de manger parce qu’elle était la reine de l’horreur italienne! Dalida de son côté ne fut pas en reste dans « L’inconnue de Hong Kong » (1963) de Jacques Poitrenaud ou elle a comme partenaire Serge Gainsbourg. Notre Bébel se permit « Les tribulations d’un chinois en Chine » (1965) de Philippe de Broca, enfin pour en revenir indirectement à OSS 117 ou plus précisément son auteur Jean Bruce il y eut également « Cinq gars pour Singapour » (1967) de Bernard Toublan-Michel, qui fut le dernier rôle du fils de l’acteur Errol Flynn, Sean Flynn, lequel mourut peu après au Vietnam ou il était correspondant de guerre. Il y a des voyages tragiques.
Et les années 70? La très jolie Sandra Julien ( Dany la ravageuse!) s’offrit une excursion au Japon dans « Caresses sous un kimono » (1972) de Norifumi Suzuki.
Un de nos trésors nationaux les Charlots eurent eux aussi leur promenade touristique asiatique dans « Bons baisers de Hong Kong » (1975) de Yvan Chiffre, le plus gros budget de leur carrière et le concours des meilleurs artisans du cinéma de l’île!
Pour les années 80, on retiendra « Les fruits de la passion » (1981) de Shuji Terayama ou apparaît Arielle Dombasle, laquelle ne se vante pas trop de sa participation à cette sombre et perverse histoire d’amour!
Enfin pour conclure, du lourd « Bruce contre attaque » (1982) de André Koob avec un des clones de Bruce Lee: Bruce Le et Harold Sakata, le Oddjob de « Goldfinger ». Aujourd’hui cataloqué comme nanar, il bénéficia d’une promotion très importante qui inclua une performance de l’acteur principal à « Champs élysées », eh oui chez Michel » tu es le plus grand » Drucker!
Bruce Le par ailleurs tourna dans une coproduction franco-camerounaise » Cameroun connection » (1985) de Alphonse Beni, grande vedette locale et familier des productions nanardesques de la firme Eurociné.
Le plus remarquable dans ce fatras c’est la prestation éclair de Paco Rabanne.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…