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LCV- Collection, collections, La Brigandine ou l’érotisme cracra.
Vous l’aurez compris à la lecture de ce titre que la collection « La Brigandine » n’est pas de mon goût, égout de l’érotisme de roman de gare, avec ses jeux de mots foireux indigne d’un auteur de l’Almanach Vermot en coma éthylique. Néanmoins, cette collection née de la disparition de la collection « Bébé noir » avec son mauvais goût pathologique appartient à l’histoire et la culture populaire de notre pays, il convient donc de la signaler.






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LCIV- Sandokan, souvenirs d’enfance…
Qui se souvient de « Sandokan », énième exemple de coproduction franco-italienne, ou Philippe Leroy revenait une fois encore en noble portugais appuyant la lutte du tigre de Malaisie Sandokan contre l’Impérialisme Britannique, Carole André la superbe starlette française familière des plateaux transalpins et atout charme du feuilleton, Adolfo Celi, le méchant du James Bond « Opération tonnerre » et le flic sympathique de « Mes chers amis » en vilain colonial. kabir Bedi, enfin, dans le rôle titre, acteur indien qui se commit par la suite dans « Ashanti » (1979) de Richard Fleischer, nanar rigolo et douloureux tant il attestait pour son réalisateur de l’adage « On ne peut être et avoir été »

Le tout fut emballé par Sergio Sollima, auteur de très bons westerns tels « Le dernier face à face » (1967) et surtout « Colorado » (1966) ou Tomas Milian rayonnait en péon mexicain, image de la résistance du Tiers-Monde, thème que l’on retrouvera dans « Sandokan », par ailleurs inspiré par les romans de Carlo Emilio Salgari, dont l’oeuvre dénonçait le colonialisme anglais. Peut-être parce que l’Italie n’avait pas été fichue (Ni désireuse) de s’installer Outre-Mer. Mais foin de la politique, repartons donc pour Monpracem (Est-ce la bonne orthographe?) et chantons en choeur le générique de Guido et Maurizio de Angelis: « Sandokaaaaaaaan!…… »

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LCII- Les Hussards, un hommage, deuxième partie.
Voici maintenant un panaché de divers livres des Hussards, choix évidemment personnel, et donc arbitraire, mais bon…c’est mon droit!
Antoine Blondin (1922-1991) entra en littérature en 1949 avec « L’Europe buissonnière », récit comique des aventures d’un prisonnier de guerre, avant d’embrayer sur oeuvre diverses au ton doux-amer et humoristique, traversée par les deux grandes passions de l’auteur (En dehors des livres, cela va sans dire) l’alcool et le sport, en particulier le cyclisme.
Le livre que j’ai choisi de présenter ici est « Ma vie entre des lignes » (1982) qui n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles mais une compilation d’articles sur divers sujets, allant du sport à la politique, en passant par la littérature. Enthousiaste dans ses sympathies ( Pour Jean Dutourd ou Dominique Fernandez) féroce avec ses ennemis ( Mauriac est à ce titre rossé d’importance) parfois un peu égaré ( Sa dithyrambe sur Mitterrand m’a laissé pantois) doué pour le détail amusant et qui fait mouche, l’auteur est passionnant de bout en bout par ses articles qui forment un portrait passionnant de la vie politique, sportive et artistique de son temps.

« Quat’saisons » (1975) relève d’une veine plus classique, le recueil de nouvelles. Blondin s’aventure au travers de ces quatre récits, quatre comme les saisons, dans divers registres allant de l’intimisme ou à la limite du fantastique ( Genre pourtant peu prisé des Hussards) Blondin y aborde également les thèmes les plus variés, la politique étrangère ( Les famuex plombiers du Watergate) ou l’avortement. Il en profite pour décrocher des piques aux existentialistes, éternels ennemis des Hussards, au travers de la figure récurrente autant que mystérieuse de « Merguez », que je n’ai jamais réussi à identifier. Si quelqu’un peut me renseigner, ce serait sympa, merci d’avance!

Kléber Haedens (1913-1976) entra en littérature avec « L’école des parents » (1937), « Adios » (1974) ne fut pas son dernier livre mais son dernier roman et en un sens son testament. Le narrateur d’Adios raconte sa jeunesse, rythmée par les premières amours, l’entrée en journalisme, et le Rugby. Difficile à résumer, le livre se ressent plus qu’il ne se raconte. C’est pour cela qu’il laisse une émotion qui dure bien après la fin de la lecture.

Roger Nimier (1925- 1962) se fit connaître en 1948 par le roman de guerre « Les épées » ou apparaissait le personnage de Sanders que l’on retrouvera dans son livre le plus célèbre « Le hussard bleu » (Tiens, tiens!) en 1950. Cette même année, Nimier publia un autre ouvrage, celui présenté ici, le recueil d’articles « Le grand d’Espagne », dédié à Georges Bernanos, et d’autres traitant de divers sujets tel l’Existentialisme ou encore les actrices, sous-titré mythe moderne, anticipant les « Mythologies » de Roland Barthes (Pas ma tasse de thé, mais bon)

Albert Vidalie (1913-1971) reste surtout connu pour ses romans tendres et drôles tels « La bonne ferte » ou encore « Chandeleur l’artiste » et particulièrement « Les bijoutiers du clair de Lune », ainsi que pour avoir signé le texte de « Les loups sont entrés dans Paris » de Serge Reggiani. « L’aimable Julie » est un recueil de nouvelles qui oscille entre divers genres et registres entre quotidien ou surgit parfois l’insolite et le fantastique dans la banalité, s’immisce là-dedans le récit maritime « L’aimable Julie… » qui donne son titre au livre.

C’est tout pour aujourd’hui!
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LCII- Les Hussards, un hommage….
Mouvement littéraire né pendant l’Après-guerre, les Hussards se distinguaient par leur appartenance revendiquée à la droite, et s’opposaient à l’Existentialisme clairement à gauche de Sartre et consorts. Outre ce positionnement politique, l’autre caractéristique de ce mouvement était son ton épique, ironique, loin du sérieux de la gauche littéraire d’alors.
Initié par André Fraigneau, il eut pour figures principales Roger Nimier, Antoine Blondin, Marcel Aymé, Albert Vidalie ou encore Kléber Haedens. Ces écrivains je dois le dire et pour de multiples raisons, sont chers à mon coeur, aussi suis-je heureux de partager leurs souvenir avec vous!
Michel Déon (1919-2016) fut le dernier des Hussards, mélangeant picaresque et mélancolie dans nombre de ses livres, il livra les plus beaux exemples de cette veine dans ces trois romans publiés au cours des années 70, « Les poneys sauvages » (1970) « Le jeune homme vert » (1975) et sa suite « Les vingt ans du jeune homme vert » (1977)
Foin de la chronologie, je commencerais par le diptyque du « Jeune homme vert » qui est l’histoire d’un enfant naturel élevé par un paysan employé par un aristocrate gentleman farmer. Le garçon grandit puis traverse la seconde guerre mondiale, oscillant entre collaboration et résistance et rencontrant une foule de personnages extravagants, parfois attachants, parfois antipathiques, jamais insignifiants. Un escroc serbe, un curé bretonnant, une actrice infidèle et insupportable (La femme infidèle et insupportable est une figure récurrente chez Déon) Riche dans son action autant que dans sa prose, un livre ( Les deux livres n’en formant qu’un, en fait!) roboratif qui comptent parmi les oeuvres marquantes de ces cinquante dernières années!


Rédigé cinq ans avant « Le jeune homme vert », « Les poneys sauvages » se situe dans un esprit assez similaires avec une plus grande mélancolie toutefois. L’histoire est celle de trois amis qui se rencontrent à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, et qui vont se croiser au fil des soubresauts de l’Histoire, leurs vies mêlant l’action, l’espionnage, les amours mouvementées, et les nouveaux mouvements sociaux ou sociétaux de la fin des années 60 (Voir à ce propos les pages sur les hippies qui sont hilarantes) Mais au-delà de cet aspect qui pourrait faire passer la chose pour un roman d’aventures, il y a un constat à la fin du livre, celle de la fin d’un monde et d’un type d’homme engendré par ce monde symbolisé par « Les poneys sauvages » du titre, un type, une race qui prenait des risques et assumait son destin.
Un livre magnifique.

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LCI- Les enragés fin de siècle, Bloy, Darien, Mirbeau…
La seconde moitié du XIXème siècle fut marquée par le Naturalisme, mouvement dont Zola fut la figure centrale et qui prônait une approche brute de la réalité en réaction au Romantisme. Cela incluait l’étude de la société et de ses diverses composantes, notamment les ouvriers qui venaient d’émerger en force suite à la révolution industrielle. Le Naturalisme a à ce propos dénoncé les conditions de vie de cette classe sociale nouvelle et pour cette raison été souvent assimilé à la gauche, ce qui est parfois vrai. Mais pas toujours. Ensuite, pour rester dans un cadre plus strictement littéraire, il a influencé directement ou indirectement des auteurs prompts à s’attaquer parfois avec violence aux travers de leurs temps. En marge des écrivains les plus connus et les plus célébrés, voici quelques exemples qui, s’ils ne comptent pas forcément parmi les plus talentueux ont pour eux d’avoir laissé une trace. Pour le meilleur. Et parfois pour le pire!
Léon Bloy (1846-1917) écrivit plusieurs romans dont les titres parlent d’eux-mêmes « La femme pauvre » « Le désespéré » et qui, je le dis au risque de me fâcher avec certains, sont assez pénibles à lire. Néanmoins, il prouve que Bloy avait pour lui de tenir ses promesses, lui qui se présentait comme un » Grand vociférateur » vociférait à qui mieux mieux, Bruce Lee de la plainte et du pleur sur le sort des plus faibles et du sien en particulier. Ceci posé, Bloy n’était pas sans talent, preuve en est ce recueil de contes sarcastiques paru en 1894: « Histoires désobligeantes ». Les contes ici présents relèvent tantôt de l’étude de caractère ( Le frôleur compatissant) , tantôt de l’absurde ( Les captifs de Longjumeau) ou encore la satire sociale. Mais qu’importe le registre, le ton reste le même: féroce! Toutefois, et c’est pour cette raison que j’ai retenu ce livre plutôt qu’un autre, c’est que Bloy montre là plus de retenue que de coutume, ce qui évite la perte d’intérêt suscitée par nombre de ses romans. Il y a dans « Histoires désobligeantes » un art du portrait, de la caricature qui touche toujours juste, fait rire et quelques fois grincer des dents. Typique de son temps et intemporel à la fois, il mérite une (re) découverte!

Passons maintenant au gros morceau de cet article: Georges Darien. Dans tous les sens du terme, Darien étant mort en bourgeois gras de la couenne, lui qui avait craché ( Et parfois à juste raison) sur cette classe sociale sa vie durant.
Trêve de plaisanterie, Darien qui avait le même travers que Bloy, vociférait à longueur de pages, cependant à la différence d u mendiant ingrat ( Ainsi que se définissait Bloy) Darien fut un témoin de son époque et à ce titre, ses livres constituent un document inestimable.
Darien entra en littérature avec « Biribi » (1890) du nom du célèbre bagne militaire situé en Tunisie ou avait séjourné l’auteur alors qu’il effectuait son service militaire. Ce châtiment était du suite à une série de fautes sans gravité mais répétées. « Birirbi » donne le ton du reste de l’oeuvre de Darien: un réquisitoire contre les institutions. Dans le cas présent: L’Armée. Il décrit dans ce roman les punitions, la cruauté que subissent les détenus pour des motifs souvent futiles et la médiocrité de ceux qui les exercent.

« Le voleur » (1897) est le livre le plus connu de Darien, celui grâce auquel il fut redécouvert en 1955, avant de connaître les honneurs d’une adaptation à l’écran en 1967 par Louis Malle avec Jean Paul Belmondo. Histoire d’un fils de famille ruiné par un oncle malhonnête qui devient voleur pour se venger, non pas tant de sa famille que de la société toute entière. S’il n’évite pas le ton de pamphlétaire souvent horripilant propre à Darien, « Le voleur » réussit le tour de force d’être une synthèse de l’oeuvre de l’auteur. Ici, tout y passe, rien ni personne n’est épargné. Pas mêmeles voleurs que Goerges Randal, le héros du livre, a rejoint et qui s’avère plus conformiste que ses victimes.

« L’épaulette » (1905) est une nouvelle charge contre l’Armée dont le pivot est un officier qui raconte ses souvenirs de jeunesse, période durant laquelle il était le témoin de l’ébullition politique des débuts de la IIIème République qui menaça de craquer à plusieurs reprises, notamment quant entra dans le jeu un certain Général Boulanger dont la grande popularité inquiétait le pouvoir en place. Cette osmose entre réalité et fiction, histoire collective et destin individuel est probablement le roman le plus réussi de son auteur qui montre plus de retenue que de coutume et fouille habilement ses personnages, au point de les rendre attachants, chose rare chez Darien.

Pour en finir avec Darien ( Il est temps de changer) »Les Pharisiens » autre charge, autre pamphlet, dirigé cette fois contre la presse antisémite et son héraut Edouard Drumont. Caricatural, lourd, outré malgré quelques bonnes pages, le livre n’a pour mérite que de brosser un portrait de son temps, comme souvent chez Darien- lequel heureusement a fait montre de plus de talent ailleurs. A noter que dans « Les Pharisiens », un autre furieux apparaît en tant que personnage du roman: Léon Bloy, sous le nom de Cain Marchenoir. A noter également que Bloy écrivit un livre en faveur des juifs, chose plus que rare alors: » Le salut par les juifs »

Passons maintenant à Octave Mirbeau, déjà évoqué dans ces pages, je passe rapidement sur » Le jardin des supplices », évocation de la cruauté et attaque suggérée du colonialisme, pour me concentrer sur « Le journal d’une femme de chambre » qui par le destin d’une employée de maison et la peinture de la condition des domestiques, trace un portrait de la bourgeoisie et de ses différentes composantes, artistique, politique ou autre. Et constat de la tristesse de la nature humaine, comme le démontre la fin du livre.


Afin de conclure ce rapide tour d’horizon, ces livres avec leurs maladresses, leur violence parfois caricaturale, leurs parti-pris, ont le mérite de refléter la violence sociale d’une époque. Si la condition des plus modestes est malgré tout moins dure qu’alors, si la nature humaine demeure plus souvent porteuse du pire que du meilleur, si la rapacité n’ guère changée depuis, il faut se dire que les choses étaient sous certains angles infiniment plus horribles. Ces livres, avec leurs défauts en témoignent et malgré leurs défauts, méritent d’être relus.




