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CXV- Disc Jockeys sous bure, hommes de l’ombre, animatrices masquées et solitaires, barbus menacés et quitte ou double! Le délires de la radio milieu de siècle des deux côtés de l’Atlantique!
Max doucet dit Zappy Max (1921-2019) légende de la radio d’Après-Guerre ou il connut son âge d’or sur Radio Luxembourg. Animateur de l’iconique émission de jeu « Quitte ou double » (ça va bouillir!) et radios crochets, représentant en shampoing Dop et zélateur de l’impôt sur l’énergie prôné par le député Eugène Schueller qui, selon lui, remplacerait tous les autres. Allez, ça va bouillir!

Comment ne pas citer dans cet article « Signé Furax » feuilleton radiophonique parodiant les récits d’espionnage d’abord de 1951 à 1952, puis de 1956 à 1960, totalisant un millier d’épisodes toujours sous l’égide de Pierre Dac et Francis Blanche, duettistes infatigables dont cette oeuvre sonore restera à jamais connue pour la mythique phrase: » Malheur aux barbus! »

Jean King « The lonesome gal with a mask » Jean King est ce qu’on peut appeler une inconnue célèbre, voix d’une station de Dayton, elle était la voix des solitaires – elle en était une elle-même et s’en plaignait- lors d’émissions nocturnes, ce qui ne l’empêcha pas de faire fortune. Elle apparaissait en public le visage couvert par un loup, accentuant l’aura de mystère qui l’entourait depuis les débuts (difficiles) de son programme en 1949.

Vous le reconnaissez? Non, on est pas dans une pub pour American Express, mais chez Orson Welles qui, si on connait le coup d’exploit avec « La guerre des mondes » ( Qui persuada l’Amérique que les martiens étaient sur le point d’envahir la Terre) mais moins l’interprétation radiophonique du « Shadow » justicier de bandes dessinées vêtu de noir qui préfigura Batman.
Le Shadow ne s’arrêta pas pour Orson Welles avec son départ de l’émission en 1938. Il endossa de nouveau la cape et le chapeau du personnage dans la série dont il était l’hôte: « Les mystères d’Orson Welles/ Orson Welles great mysteries » production anglaise datant des années 1973/74.

Dewey Phillips, oublié de l’histoire. Ce disc-jockey de Memphis contribua pourtant au succès d’un de es concitoyens les plus célèbres: Elvis Presley. Sa diction énergique et son humour parfois délirant lui conférèrent une énorme popularité avant qu’il ne disparaisse tristement, interné aux petites maisons…

Peter « Mad Daddy » Myers, contemporain de Phillips, eut plus de chance. Infatigable découvreur de disques rares dont il régalait ses auditeurs auxquels il s’adressait dans une poésie agitée (« Mello jello » « Wavy gravy » et autres formules à l’emporte-pièce) Il roulait dans une Cadillac rose, portait des baskets à ailes de chauve-ouris et posait souvent avec une cape qui lui donnait l’air d’un moine fou de film gothique à la sauce Rock’n’Roll.
Il eut une postérité grâce aux Cramps qui puisèrent leur répertoire dans les enregistrements du « Mad daddy » et lui volèrent même certains de ses trucs visuels. Un comble pour un animateur de radio…


A bientôt!
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CXV- Les excentriques du Rock’n’Roll
Doctor John, le voyageur de la nuit.
Malcolm John Rebennack dit Mack Rebennack dit Doctor John natif de la Nouvelle Orléans (1941-2019) eut une vie bien remplie. Musicien de studio dès la fin des années 50 – il laissa quelques faces Rock’n’Roll souvent instrumentales et bien senties dont l’impressionnant « Storm warning » en 1961.

Puis il changea d’allure et d’orientation musicale à la fin des années 60. Arborant barbe, cheveux longs, toque en fourrure et robe empruntées aux bonzes de Tintin au Tibet, il sortit un disque inclassable et déroutant « Gris gris » imprégné de la culture vaudou des habitants afro-américains de la ville natale du docteur. Il croule musicalement parlant sous les percussions et des choeurs presque africains, proche d’un Blues primitif, avec des pointes du psychédélisme en vogue alors ( Le disque date de 1968, en pleine période hippie) Sans doute trop étrange, « Gris gris » fut un échec commercial mais devint culte avec le temps et le docteur y gagna son surnom de « Night tripper » (Voyageur de la nuit) ainsi qu’ils se présente dans la première chanson.
Le peu de succès rencontré par cet album très expérimental incita le docteur à retourner vers une musique plus conventionnelle, tout en poursuivant ses activités de musicien de studio. Il pratiqua de nombreux genres musicaux allant du Blues à la Soul en passant par le Funk. Bien qu’il ne connut jamais les joies d’un tube, il finit par devenir une figure de la musique américaine respectée et attachante et plus particulièrement de la Nouvelle Orléans, dont il interprétait l’hymne « Iko Iko » à chaque fin de concert. Tant et si bien qu’il servit d’inspiration à un personnage du Muppet Show: Doctor Teeth!
Doctor John à ses débuts.


UNITED STATES – CIRCA 1958: 1958, Louisiana, New Orleans, Dr. John (aka Mac Rebbenack, born Malcolm John Rebbenack, Jr.). (Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images) 

Doctor Teeth, alter-ego du docteur!
A bientôt!
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CXIV- Les excentriques du Rock’n’Roll, seizième partie.
C.W Stoneking, le dandy sorcier d’Océanie.
Christopher William Stoneking né en 1974, élevé parmi les aborigènes, développa très tôt un goût pour la musique américaine des origines au point qu’il décida d’en jouer et même d’en composer. Ce fut au début des années 2000 qu’il émergea, montrant son allure de dandy des années folles et ses talents de multiinstrumentiste (Banjo, guitare, ukulélé) et d’auteur compositeur interprète avec l’album « King Hokum » Timbre étonnement grave et rocailleux pour un si jeune homme, dextérité musicale, don de la composition, et faculté à réinventer le Jazz et le Blues des années 1920 sous une forme très personnelle et moderne.

En effet, Stoneking sait nous emmener dans un bouge tropical au temps des colonies et de la Prohibition tout en y ajoutant une touche qui n’appartient qu’à lui, mêlant ironie et histoire (« The brave son of America » pique sur le général MacArthur) magie et tragédie (« The love me or die », histoire d’un amour tragique sur fond de sortilèges) et enfin « The zombie » dont le titre parle de lui-même.


Que dire de plus? Ecoutez le!
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CXII- Rien qu’une fois….quand les écrivains sortent de leur genre….
Il arrive parfois qu’un écrivain décide de s’amuser un peu en déviant de son chemin habituel. Ainsi, deux auteurs aussi éloignés que possible.A ma droite Claude Seignolle, collecteur infatigable des contes et légendes de France. A ma gauche, Romain Gary, champion des lettres françaises, invité quasi-permanent d’émissions littéraires à faire pâlir d’envie Jean D ‘Ormesson lui-même (Le Figarooooo!) et membre d’une littérature dite « respectable » (J’aime beaucoup Romain Gary, ne vous méprenez pas!)
Cependant, en dépit de ces différences, les deux hommes ont en commun d’être des écrivains. Et d’avoir expérimenté.
Commençons sans plus tarder par Claude Seignolle, avec:
« Eloge de la nymphomanie » (1962)
Familier du fantastique, Claude Seignolle s’autorisa ici un détour par l’érotisme. « Eloge de la nymphomanie » relate sous une forme assez originale les aventures sexuelles de l’auteur. Ni roman, ni recueil de nouvelles, il se présente plutôt sous l’aspect d’un livre de souvenirs plutôt désopilant. En effet, Seignolle évoque surtout les pires moments de sa vie amoureuse. Entre la gardienne de dindons et la belle soviétique dont l’appartement communautaire rend impossible toute intimité (Ah le bon temps de l’URSS) sans oublier la virée catastrophique en voilier, cette partie de son existence semble avoir été jalonnée de désastres. Seignolle est donc loin de toute vantardise ou complaisance. Il montre un sens aigu de l’auto-dérision d’une cruauté parois surprenante. Au point qu’on lui souhaite d’avoir eu tout de même de meilleurs moments dans son lit.
« Eloge de la nymphomanie » ne s’écarte toutefois pas complètement des thèmes et des ambiances coutumières à l’auteur, la paysannerie y est présente, quant au fantastique, il repointe le bout de son nez lors d’un dénouement étonnant que je vous laisse découvrir, tant je recommande cette lecture.


Edition originale de 1962, interdite par la censure de l’époque. Le livre ne sera autorisé à la vente en 1970.

Changeons maintenant d’auteur et de registre avec Romain Gary qui s’aventura sur le terrain de l’espionnage avec:
« Les têtes de Stéphanie » (1974)
Il s’agit ici du récit d’une prise d’otages dans un avion dans un pays arabe et de la résolution de cette crise par les autorités compétentes. On trouve là une galerie de personnages plutôt déjantés, entre un ambassadeur jamais aussi à l’aise que dans le pétrin, un sud-africain converti à Mahomet, un espion portugais à favoris et l’héroine du titre, Stéphanie, américaine intrépide calquée sur la femme de Gary, l’actrice Jean Seberg.
Avec ses pirates de l’air et ses embrouilles mêlant CIA et autres barbouzes, le livre est bien de son temps mais il garde malgré tout une certaine actualité en pointant du doigt le danger islamique via l’inquiétant sud-africain devenu musulman.
Gary qui adorait les pseudonymes depuis le début de sa carrière (« L’homme à la colombe » qu’il signa « Fosco Sinibaldi) et monta une de plus fameuses supercheries littéraires du siècle passé avec « La vie devant soi » qui fut présenté par un homme de paille baptisé Emile Ajar, s’amuse avec sa propre identité, sa vie et le thriller d’espionnage sans pour autant se trahir. Le monde de la diplomatie ( Qu’il connaissait parfaitement pour avoir été ambassadeur), les préoccupations masculines et l’actualité brûlante étaient déjà présentes dans nombre de ses oeuvres.

En guise de conclusion: les écrivains qui se paient des excursions hors de leur territoires d’élection n’échappent pas eux-mêmes. Ils ne se réinventent qu’en apparence. Sans rien ôter du plaisir éprouvé à la lecture de leurs livres et donc sans altérer leur talent.
A bientôt!





