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CXXIII- Les excentriques du Rock’n’Roll, dix-neuvième partie.
Screaming Lord Sutch, le lord du train fantôme qui aimait les animaux.
Screaming Lord Sutch, de son vrai nom David Sutch (1940-1999) mérite peut-être plus que d’autres le titre d’excentrique, en tous cas plus que celui de Lord qu’il s’arrogea pour rire. Avec sa cape et son haut de forme, il évoquait davantage un « Garroter » de « L’impasse aux violences », un de ces criminels de l’époque victorienne. Pour rire, encore une fois.
Screaminf Jay Hawkins était grand, Screaming Lord Sutch était son prophète en Angleterre, ainsi que son nom de scène le suggérait. Cercueils, serpents, hache de bourreau et autres amusettes étaient son ordinaire et ravissaient son public qui lui pardonnait son chant parfois approximatif et ses orchestrations rugueuses. Toutefois, il ne faudrait pas croire que le Lord manquait de talent. Il livra quelques classiques à notre musique préférée et parmi ses premier titres originax au Rock anglais. » Jack the ripper » « All black and hairy » et surtout « Till’ the following night » balancent et bien! Ils préfigurent même le Psychobilly insulaire des années 80.
Outre cette contribution directe, il passa dans son groupe d’accompagnement de nombreuses pointures du Rock d’Outre-Manche, Ritchie Blackmore, Jimmy Page et d’autres se firent la six-cordes dans son ombre. Ils lui renvoyèrent d’ailleurs l’ascenseur en participant au disque « Screaming Lord Sutch », son effort le plus connu, ou figuraient Jimmy Page, Jeff Baeck et d’autres.
Il fit par ailleurs de la publicité pour Rolls-Royce, rencontra Cynthia Payne( Histoire de faire le lien avec le post précédent) et surtout fut un grand défenseur des animaux et alla jusqu’à fonder un parti politique plus sérieux qu’il n’y paraissait en dépit de son invraisemblable nom à rallonge: The monster ravening loony party » qui présenta de nombreux candidats à diverses élections.
Il nous quitta en 1999, se donnant la mort par pendaison. Pourquoi?




Rencontre au sommet: Cynthia Payne et Screaming Lord Sutch!

Membre du groupe « Screaming Lord Sutch tribute » qui rend hommage à l’artiste.

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Male & Female, Double Act, Moor St, Soho, Westminster, 1990 -
CXXII- Ode à Cynthia Payne, British Madam et inspiratrice du cinéma!
Le nom de Cynthia Payne n’évoque sans doute rien à une grande part d’entre vous. Au Royaume uni par contre, elle fut une célébrité sulfureuse et pourtant adorée. Issue d’un milieu modeste, elle découvrit très tôt le parti qu’elle pouvait tirer de ses charmes et embrassa en conséquence la plus vieille profession du monde. Prostituée, autrement dit.
Elle serait probablement restée une parfaite inconnue si un beau jour de 1978, la Police britonne n’était venue faire une descente dans la maison qui lui servait de lieu de rendez-vous.
S’ensuivit procès, relaxe et surtout une célébrité qui lui permit de faire son beurre avec des livres de conseils olé olé et devint même le sujet de deux films, « Wish you were here » (1986) de David Leland et « Personal services » (1987) de Terry Jones (Ancien Monty Python, soit dit au passage) N’ayant pas vu le second, je me contenterais de parler du premier qui retint une certaine attention au festival de Cannes en 1987.



Ci-dessous, images des funérailles de Cynthia Payne, lesquelles se déroulèrent selon les dernières volontés de la défunte. Notez la couronne de fleur sur le corbillard!



« Too much/ Wish you were here » (1986) suit le parcours de Linda, une adolescente orpheline de mère qui vit tant bien que mal dans une petite ville côtière anglaise durant l’Après-guerre. Entre petits boulots et découverte de la sexualité, la jeune fille cherche son chemin, elle masque ses fêlures par une attitude provocante.
Le film ne manque pas de qualités, plastiquement magnifique, et surtout servi par d’excellents interprètes, Emily Lloyd en tête dans le rôle titre. Elle fut la révélation du festival de Cannes de 1987. Elle ne tint malheureusement pas ses promesses, confirmant l’impression de malédiction qui planait sur les jeunes espoirs du cinéma dans les années 80.
« Wish you were here » est aussi une évocation de l’Angleterre provinciale du début des années 50, marquée par un retour à l’ordre moral après la relative liberté des années de guerre et la révolte que cet état de choses a suscité chez certains, en particulier les jeunes, comme l’héroine du film. A ce propos, la perte de la mère de cette dernière est l’une des causes de son malaise ( Et marque un paradoxe des conflits armés qui sont la pire des choses et libèrent parfois les individus, aussi horrible que cela paraisse) ainsi que le suggère la première image du film qui montre Linda le visage recouvert d’un masque à gaz. Un souvenir de guerre. Du temps ou sa mère était toujours du monde des vivants.
Une telle finesse est rare au cinéma.



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CXXI- Ode à J.A Barbey D’Aurevilly, quatrième partie, le dandysme.
Le dandysme, évoqué par Barbey dans son essai « Du Dandysme et de George Brummel » et par bien d’autres, il est vrai que beaucoup d’auteurs de tout poil ont ont abordé ce sujet qui fascine: le culte de l’élégance teintée d’insolence, qui mène parfois à la déchéance, suivant celui qui fut le prototype du Dandy: George Bryan Brummel. Prototype, vraiment? Le concept d’une élégance qui utilise les codes de la haute société tout en se jouant de ceux-ci semble à en croire certains une création britannique apparue au début du XIXe siècle. C’est à la fois vrai et faux. Si le nom est bien anglais et date de ce que les anglais appellent l’époque Regency (Grosso modo la Restauration pour nous), le concept remonte en fait à la Renaissance en Italie, théorisé par Baldessar Castiglione dans son livre « Il libro del cortegiano/ Le livre du courtisan », sorte de guide des bonnes manières à l’usage du courtisan dont le but n’est pas seulement de se bien conduire en société mais de préserver sa liberté sans avoir l’air d’enfreindre les usages. Il n’y pas plus Dandy. Ses conseils portent également, évidemment, sur l’habillement. L’idée ici est celle de la « Sprezzatura », c’est à dire l’élégance qui ne se remarque pas, la décontraction sans affectation. Un concept qui a largement survécu à son auteur, et même à Brummel, puisque des figures de la fin du XXè siècle en furent des incarnations, tel l’industriel Giovanni Agneli.



Portrait de George IV, roi d’Angleterre de Galles, d’Irlande et d’Ecosse, ami et protecteur de George Brummel avant que celui-ci ne le trahisse.

Portrait de Brummel.
George Bryan Brummel (1778-1840) fut l’arbitre des élégances, de ses bottes à revers à ses cravates, de ses chapeaux à ses tabatières, l’homme était obsédé par son apparence. Ainsi que par la méchanceté, mais, contrairement à d’autres dont le fiel fut le lubrifiant du succès, sa mauvaise langue causa sa perte. Protégé du futur George IV d’Angleterre qu’il conseillait, il perdit l’amitié de ce dernier quant Georgie prit du poids. Cet imbécile ne trouva en effet rien de mieux à faire que de le surnommer « Big Ben » Cela lui valut de finir, seul, misérable, chauve et édenté.
Oui, vous avez bien lu: j’ai bien écrit « imbécile ». Brummel était creux comme une auge, vide comme la tête d’un électeur de Mélenchon, d’une bêtise tellement cosmique qu’elle découragerait le plus vaillant des astronomes. Pourquoi alors en parler? Parce que, le concept qu’il lança -un peu malgré lui- appartenait à une Europe qui portait les stigmates de la Révolution française, un temps ou l’Aristocratie et la transcendance étaient mises à mal par l’égalité et le déclin de la Noblesse. Devant cette déconfiture, il vint certains l’idée de fabriquer une noblesse qui n’était plus celle des armes ou du sang mais du tissu et de l’apparence. Ce fut en gros lors de ce temps que le terme « snob » fut inventé, dérivé du latin « Sine Nobile » (Qu’on hésite pas à me corriger, mon latin n’est pas très au point) c’est à dire sans noblesse. Autrement dit, les snobs n’étaient autres ( Ne sont autres) que ceux qui s’approprient les apparences de la noblesse sans en avoir l’origine, quitte à la parodier grossièrement. En un mot, le portrait craché de Brummel, simple bourgeois qui parvint à s’introduire – brièvement- au sommet dans un pays ou l’origine sociale compte pus que tout. Le matérialisme croissant du XIXè siècle (Qui atteignit son apogée avec la révolution industrielle initiée en…Angleterre) ne fut pas toutefois la seule raison de cet engouement, il y eut précisément en Angleterre comme précurseur un curieux mouvement à la fin du XVIIIè siècle: les Macaronis », jeunes gens efféminés aux extravagants chapeaux. Pour la petite histoire, le nom eut une postérité grâce à la chanson « Yankee doodle » qui se moquait des américains tentant de singer l’élégance britannique. Ironiquement, cette chanson devint….un classique de la chanson populaire américaine!

Stewart Granger en « Beau Brummel » (1954) de Curtis Bernahrdt, ici aux côtés de Elizabeth Taylor et de Peter Ustinov dans le rôle de George IV, à noter que ce dernier ressemble vraiment à l’original. Le fait est assez rare pour être signalé!

Toujours est-il que le Dandysme a survécu à son initiateur, utilisé, usé, il ne veut plus rien dire. Surtout en un temps ou les gens ne s’habillent plus mais se couvrent (Hugo Jacomet, au secours!) Néanmoins, en dépit de la vacuité de Brummel, il est permis de regretter le souci de l’élégance, nécessaire même s’il ne saurait se limiter à l’apparence.
S’il y a une leçon à en tirer, c’est celle-là. Le Dandysme au fil du temps ne se limita plus au simple domaine vestimentaire pour gagner le domaine intellectuel. On peut dire à ce propos que Barbey fut un pionnier en la matière, anticipant sur Oscar Wilde et bien d’autres.
En guise de conclusion, cette image du couturier Christian Dior, déguisé en Barbey lors d’une de ses réceptions.


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CXXI- Ode à J.A Barbey D’Aurevilly! Troisième partie, les adaptations.



















