DCLI- Littérature militaire.
Aujourd’hui, doublé pour Pierre Mac Orlan: policiers, espions et soldats. Les secrets au sein de l’Armée. « La Bandera » et « Le camp Domineau »
Là, je parle d’un auteur qui m’est cher, Pierre Mac Orlan, de son vrai nom Pierre Dumarchey (1882-1970), sorte de « Roi de Montmartre » qui exerça de nombreux métiers avant de se consacrer à la littérature, d’abord via des romans coquins de flagellation publiés sous le manteau, puis par des textes plus respectables. L’oeuvre que constitua Mac Orlan fut dédiée aux aventuriers, soldats, espions, prostituées, artistes ou marginaux. Ses personnages s’ébattaient dans des univers troubles, souvent exotiques, et parfois aux limites de la caricature et du fantastique.
Ses livres portent la marque de son époque, avec ses colonies, les destins forcément tragiques de ses héros , ses filles publiques victimes ou fortes mais jamais veules. A ce propos, j’ai lu récemment sur un site que je ne nommerais pas, que les écrit de Mac Orlan étaient datés et mineurs. Autrement dit démodés. Cher internaute que je ne connais pas, sachez que les livres reflètent leur époque, or, si on suit votre raisonnement, TOUS les livres devraient être démodés. D’une part. D’autre part, les sujets abordés par l’écrivain avaient et ont toujours un intérêt. Que dira-t-on des « oeuvres » de Annie Ernaux? Ou de David Foenkinos?
Bon j’arrête là avec mon coup de gueule, mais il fallait que ça sorte. Revenons en au thème de cet article: deux des (nombreux) romans militaires de Pierre Mac Orlan, à la fois semblables et différents : »La Bandera » et « Le camp Domineau »
« La Bandera » (1931)
Des deux romans chroniqués ici, « La Bandera » et le plus célèbre, de par son titre qui désigne la Légion étrangère espagnole et bien sûr le film qui en fut tiré mettant en vedette Jean Gabin.
Mais qu’en est-il du livre? Celui-ci narre l’histoire tragique de Pierre Gilieth, assassin à Rouen qui trouve refuge dans la Légion espagnole cependant qu’un policier le traque. Ce dernier, pour bien faire les choses, s’engage dan la même unité que lui, laquelle part pour le Maroc afin de mater les rebelles locaux. Alors se noue une relation inattendue entre les deux hommes, l’agent en est d’ailleurs le plus affecté, éprouvant une admiration croissante pour celui qu’il est venu arrêté et une intégration réelle dans ce corps d’armée qu’il n’a au départ rejoint que par nécessité.
Récit de guerre et d’aventures en même temps que celui d’une transformation, évocation des moeurs coloniales avec sa romance impossible et ses bordels qui gardent des airs de harem, « La Bandera » est un témoignage poétique qui ne se contente pas d’appliquer les codes de son temps mais les dépasse en offrant au lecteur un dénouement inattendu, dont je vous laisse la surprise!

« Le camp Domineau » (1937)
Un espion s’engage pour le compte de l’Italie dans une unité d’élite de l’Armée de terre « Les Joyeux » stationnée au Maroc. Il vivra une romance avec la fille d’un caid du coin, disputera un combat de boxe homérique contre un camarade de son régiment avant d’accomplir sa mission. Hélas pour les « Joyeux »
D’accord, cela rappelle beaucoup « La Bandera », l’homme qui adopte la vie militaire pur servir ses intérêts propres, la beauté orientale (Et fatale, vous le saurez si vous lisez le bouquin) le vrai et le faux, la sincérité qui intervient en fin de livre – accompagnée cette fois de regrets pour le héros. Cependant, l’agent secret du « Camp… » est plus fouillé et, malgré tout plus attachant que celui de « La Bandera ». Résultat, un livre terrible dont l’émotion contenue éclate splendidement lors des dernières pages. On peut ajouter le talent du romancier à faire des variations sur des thèmes communs sans se répéter. Un travail de pianiste, et c’est un compliment.




































