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DCC- Une femme, un manteau, une arme: une figure du polar des années 70.
Le maxi manteau, le mini-imper, avec capeline en option et parfois les lunettes noires, ces articles iconiques des 70s qui en fascinent certains et en font ricaner d’autres (Petits cons!) appartiennent à la panoplie des héroines des polars de cette époque, servant autant à définir qu’à mettre en scène ces dames qui roulaient parfois dans des autos, portaient à l’occasion des lunettes et étaient toujours armées, d’un fusil ou de tout autre accessoire conçu pour envoyer son prochain dans un monde réputé meilleur.
Les familiers des films et des romans criminels auront reconnu la référence dans le paragraphe précédent au célèbre roman de Sébastien Japrisot « La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil » porté à l’écran par Anatole Litvak en 1970 avec dans le rôle titre Samantha Eggar. Le livre fit d’ailleurs l’objet d’une nouvelle adaptation en 2015 mais, ne l’ayant pas vue, je m’abstiendrais de tout commentaire. C’est donc sous le patronage de ce livre et de ce film que je rédigerais cet article. Un mot de l’opus précité, histoire typique de son auteur d’une femme à la vie rangée qui se découvre une force intérieure qu’elle ne se connaissait pas face à une situation dangereuse qui, évidemment, la dépasse d’abord. Elle est en cela assez semblable à une autre héroine de Japrisot ayant eu les honneurs du cinéma, celui interprété par Marlène Jobert dans le mythique « Passager de la pluie » antérieur d’un an à « La dame… »
Tout cela en guise d’introduction pour ce billet à la gloire des silhouettes symboles de séduction et de danger, de mort et de survie, de vengeance, quelque fois.


S’il est un personnage caractéristique du thème abordé ici, c’est bien Jusho Satori, issue du manga, la prisonnière 501 qui eut les traits de la sublime Meiko Kaji dans la série de films réalisée entre 1972 et 1973 par Shunya Ito et Yasuharu Hasebe. « La femme scorpion » , « Elle s’appelait scorpion » « La tanière de la bête » et « Mélodie de la vengeance ». Trahie par son amant, jetée en prison, Jusho passe son temps entre évasions et règlements de compte jusqu’à trouver la paix intérieure dan le troisième film. D’ou l’inutilité du quatrième que je vous déconseille (Bon après, vous faites ce que vous voulez!)
Vengeance, cruauté et mélancolie, voila le cocktail proposé que la tenue élégante autant que mortuaire de son personnage principal annonce sur la très belle affiche ci-dessous!

Autre pays, autre continent, mais (presque) le même manteau, de cuir cette fois, et surtout une histoire de vengeance plus cruelle encore que celle de « La femme scorpion ». On est en Suède pays dont la légendaire tolérance molle et la monarchie à bicyclette non moins renommée (Qu’est-ce que Bernadotte est allé f….. là-bas? Je vous le demande!) n’empêchent ni le viol, ni la prostitution, ni l’éborgnement d’une jeune fille qui trouvera cependant la force de se venger et plutôt deux fois qu’une! Avec son cache-oeil et son imper de cuir noir usant de ses poings, d’un fusil voire d’explosifs, l’héroine de « Thriller; ein grym film » (1973) (Intitulé également « They call her one eye » pour la distribution internationale) apparu comme un moderne ange exterminateur et contribua à lancer le sous-genre du « Rape and revenge » (Viol et vengeance) qui fit florès au cours de la décennie 70 dont il reflétait les préoccupations relatives au féminisme et à la violence urbaine. Bo Arne Vibenius, le réalisateur, compensa par ce pavé dans la mare sa maigre carrière et l’actrice Christina Lindberg demeura à jamais inscrite dans la mémoire des spectateurs.
Notons enfin que « La femme scorpion » autant que « Thriller » furent des inspirations pour Quentin Tarantino pour son diptyque « Kill Bill », reprenant le thème musical du premier et le cache-oeil du second fièrement porté par Daryl Hannah!

Cet article ayant commencé par la France, j’ai trouvé logique de le fermer par notre pays. La littérature autant que le cinéma hexagonal se sont aussi intéressé aux thématiques évoquées plus haut. Au cinéma il y eut « La traque » (1977) de Serge Leroy, récit haletant d’une jeune femme poursuivie par ses violeurs lors d’une partie de chasse ou encore en littérature avec « Une moto pour Barbara » (1972) de Saint Loup, curieuse histoire ou la vengeance d’une femme violée ouvre des portes improbables vers les mythes nordiques (Il est vrai que Saint Loup avait plus que des affinités avec le Nord de l’Europe et de l’Allemagne en particulier comme le prouve son engagement dans la SS, mais passons) Mais pour rester dans les clous de ce billet, il est un livre qui s’inscrit en plein dans le sujet qui nous intéresse: « Fatale » (1977) de Jean Patrick Manchette, ou une femme au passé trouble vient faire le ménage dans une ville bourgeoise corrompue répondant au nom évocateur de « Bléville ». Inspiré lointainement du classique du roman noir américain « La moisson rouge » de Dashiell Hammett (Qui aura décidément inspiré beaucoup de monde de Kurasawa et son « Yojimbo » à Sergio Leone et son « Pour une poignée de dollars ») « Fatale » constitue une parenthèse dans l’oeuvre de son auteur, chef de file du Néo-polar, politique et sarcastique, en cela qu’il est moins réaliste, aux limites du fantastique tant son héroine semble planer au dessus de tout. En fait c’est un conte de fées, une comptine anglaise agrémentée d’une sauce violente et saupoudrée de critique sociale.
On n’oubliera pas la couverture qui rattache cet exceptionnel roman au thème du jour. Chapeau à Jacques Tardi qui en est l’illustrateur!

A bientôt!
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DCXXLVIII- Littérature noire.
Aujourd’hui: Jean Vautrin « Bloody Mary » (1979)
Jean Vautrin (1933-) ou le type de l’artiste multi-cartes. Scénariste (« Urgence » de Gilles Béhat, 1985) réalisateur ( « Adieu l’ami », 1969) ayant exercé divers métiers dont celui de lecteur de scripts à Bombay (!) et surtout romancier oeuvrant principalement dans la série noire et autres genres assimilés. Il fit son entrée dans ce domaine en 1973 avec « A bulletins rouges » qui pose les bases de son univers ( Tout l’univers!) ou se croisent politiciens, petits loubards, filles paumées, le tout sur fond de HLM.

Paru en 1979, « Bloody Mary » s’inscrit dans cette ligne, suivant une structure qui pourrait être qualifiée de narration en « étoile ». En effet, l’auteur suit tour à tour divers personnages, qui n’ont en commun que d’habiter au même endroit (En l’occurrence une cité HLM, décor cher à Vautrin) et de traîner diverses frustrations qui les mènent au bord de la démence. Voire du meurtre. Entre Schneider, le policier traumatisé par son éducation protestante, le jeune voyou Grandvallet fraîchement sorti du service militaire, le balayeur immigré africain prêt à se teindre en blond pour plaire à l’épouse du policier susmentionné, femme-enfant pour le moins perverse.
Ceux-là ,plus quelques autres spécimens d’individus perturbés, constituent un cocktail qui débouchera sur un drame. Heureusement, l’humour est là, une langue riche, inventive et un rythme qui ne faiblit jamais. Satire inquiète d’une France à la dérive en pleine mutation qui pose des questions auxquelles chacun pourra apporter sa réponse.
A découvrir. Ou à redécouvrir!
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DCLXVI- Yves Chaland, Spirou, Bob Fish et surtout, surtout, le jeune Albert!
J’aimais beaucoup les dessins de Yves Chaland, découvert dans les pages de Métal Hurlant en 1982. Il s’agissait plus précisément d’une planche du « Jeune Albert » Jeune garçon insupportable, menteur, prétentieux, cruel, égoiste, qui traverse les catastrophes avec une arrogance aux limites de l’inconscience. Albert est tout cela et n’en n’est que plus drôle! Le tout est dessiné dans le style de la « Nouvelle ligne claire » ce qui ajoute au comique de la chose, un dessin propre pour des histoires (un peu) sales!
Mais Chaland, c’était aussi Bob Fish, hommage aux aventuriers d’autrefois ou apparaissait déjà le jeune Albert avant que ce dernier n’ait droit à son propre titre. Chaland, c’était aussi une version fabuleuse de Spirou, bien supérieur à celle des repreneurs de Franquin et Rob’Vel. Chaland laissa une oeuvre abondante, comme s’il avait pressenti sa fin prématurée en 1990, à l’âge de 33 ans.










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DCLXXII- Les excentriques du Rock’n’Roll
Aujourd’hui Johnny Carroll.
Le texan, Johnny Carroll fit un bref passage chez Su Records mais il appartint aux obscurs (Souvent doués!) et non au cercle des élus, ceux du Million Dollar Quartet. Toutefois, à défaut devenir une célébrité véritable, il laissa quelques titres notables et s’accrocha à Gene Vincent, auquel il vouait une authentique dévotion jusqu’à fatiguer son idole. Pas rancunier, il lui dédia la chanson « The black leather rebel » afin de lui rendre hommage. Foin des discours, réécoutons « Wild wild women », témoignage de la fureur d’un habitant de la cambrousse de l’Ouest américain!








