Pain de viande, ou Beefcake, non pas sanguinolent mais suant, sorti tout de droit de la salle de gym, parfois tatoué, parfois paré des attributs de la virilité, toujours flamboyant.
Le Beefcake, c’était quoi? Le nu masculin, en complément du Cheesecake, nu féminin. Glorifié après-guerre par le dessin et la photographie, par George Quaintance, Bob Mizer, ou Chuck Renslow. Destiné avant tout à un public homosexuel, ce genre d’images paraissait légalement dans les pages de magazine « Physique » autrement dit consacrés au culturisme. La perspective de quelques billets vite gagnés attira de nombreux modèles qui y voyaient un moyen de promouvoir. Hélas pour eux, leur gloire se limita aux couvertures de ces magazines, Parthénon de l’âge atomique. Il y eut certes des exceptions parmi ces aspirants à la gloire mi-acteurs, mi-sportifs, mi-modèles, notamment celle du futur James West, Robert Conrad. Ou encore Joe Dallessandro, star des films d’Andy Wharol. Mais pour la plupart, ils sombrèrent dans l’oubli.
On se souvient en revanche beaucoup mieux de leurs employeurs susmentionnés, pionniers courageux dans la réinvention d’un art millénaire sous une forme commerciale et kitsch mais tellement jouissive!
Alors bienvenue dans un monde de motards, de cow-boys, de chefs indiens et de centurions romains, toute une imagerie qui connaîtrait une décadence à l’époque du Disco et des Village People! Pour vous messieurs, pour vous mesdames!
Samuel Steward, alias Phil Andros, tatoueur, professeur d’université, poète, auteur de romans pornographiques et témoin pour le compte de l’horrible docteur Kinsey ( Cet énergumène qui ne trouva rien de mieux à faire pour établir son étude de la sexualité des américains en pêchant pour l’essentiel ses renseignements dans les prisons et chez les fous!), cet homme est une légende!
Chuck Renslow, pionnier de l’art homoérotique à Chicago, homme d’affaires, et surtout chieur professionnel, autrement dit militant.
Photo prise par Bob Mizer, grnad amateur d’art gréco-romain.
Toile de George Quaintance, peintre, photographe et coiffeur qui n’avait jamais touché un cheveu, encore une légende!
Ci-dessus, Joe Weider, culturiste qui fit fortune dans le produits sportifs et les magazines physiques.
Soldats, gendarmes, voleurs, pitreries et psychiatres, les folles aventures de E.C comics (suite)
Il y a eu un avant et un après dans l’histoire d’E.C comics. Les bandes psychanalytiques des années 40 qui peuvent surprendre mais qui étaient dans l’air de leur temps, après tout, les films noirs qui leur étaient contemporains se référaient fréquemment aux théories de tonton Sigmund. » Le mur des ténèbres », « L’Enfer est à lui » ou encore « La maison du docteur Edwardes » du grand Hitchcock y allaient de leurs névrosés, amnésiques, traumatisés (L’option ancien combattant était fort prisée en ces temps d’Après-Guerre) qui fournissaient d’excellents sujets. Ce lien avec le film noir allait d’ailleurs beaucoup plus loin, en témoignent les magazines »Impact », ou « War against crime » . Lesquels préparèrent le terrain aux magazines d’horreur de la firme qui furent à la fois sa fortune et sa ruine. Evidemment, la guerre mondiale terminée et celle que menait l’Amérique en Corée favorisaient un intérêt pour ce thème, comme le prouvent les titres « Frontline combat » et « Two-fisted tales » dirigée par Harvey Kurtzmann, lequel initia chez E.C deux parutions humoristiques, dont l’une devait connaitre un immense et durable succès « Mad magazine ». Ce fut donc par ce mensuel satirique que s’acheva l’âge d’or de la firme, laquelle contribua à lancer par ailleurs de grands noms de la bande dessinée et de l’illustration aux USA. Wallace Wood, Frank Frazetta, Al Williamson, Joe Kubert, George Evans, Joe Orlando, Bernie Kriegstein, Jack Davis, Johnny Craig et bien d’autres, qui feront l’objet d’études dans ce blog! Sur ce, bonne soirée à vous tous amis lecteurs!
Une des premières apparitions de la mascotte de « Mad magazine » Alfred E. Neumann.
Poésie, bandes dessinées , muscles et fétichisme, les visages cachés de l’Amérique d’Eisenhower!
Les goules de l’Age atomique: les E.C comics, chaudron de talents et nourriture des dieux!
D’abord spécialisée dans la bande dessinée biblique et expérimentale ( Sur la psychanalyse entre autres), la firme E.C ( Entertaining comics) sous la direction de William C. Gaines et Al Feldstein, lança au début des années 50 une nouvelle ligne axée sur divers genres, guerre, policier, science fiction et horreur. Malgré ou à cause de leurs succès, les illustrés en question attirèrent l’attention d’une des nombreuses campagnes de censure générées par le MacCarthysme. Bon, vous me connaissez, j’ai peu de goût pour le soviétisme mais là trop c’était trop. Dans ces temps de Guerre froide débutante, la suspicion des anticommunistes allait se nicher dans les coins les plus improbables, en particulier le divertissement. Ainsi, les pin ups de Irving Klaw et les bandes dessinées E.C. Certes, ces dernières étaient progressistes ( Au sens raisonnable du terme) en dénonçant le racisme mas ne remettaient nullement en question les fondements de la société américaine. Quoiqu’il en soit, leur héritage survécut à leur disparition provoquée par le psychiatre Fredric Wertham, ( Auteur de « The seduction of the innocents » dénonçant la violence des bandes dessinées comme nocive, car donnant une idée fausse des choses aux enfants.) influençant de nombreux artistes dans des domaines très variés. Stephen King, Frank Zappa ou George Romero (Qui leur rendit hommage dans son film « Creepshow’ sur un scénario de..Stephen King! Comme par hasard.)
Bill Gaines ett Al Feldstein, directeurs de publication de E.C.
L’héritage des EC comics dépassa, ainsi qu’évoqué plus haut, le strict domaine de la bande dessinée. Outre la littérature et le cinéma mais aussi le monde du Rock. La maquette si caractéristique des couvertures inspira – ce qui n’est pas si étonnant- des pochettes qui croisèrent l’univers de Frank Zappa, contemporain de la publication des fameuses B.D, même si en l’espèce il s’agissait d’un disque pirate, tout comme celui des Who. Quoiqu’il en soit, cela prouve le rayonnement par delà le temps de ce qu’il faut bien appeler une oeuvre!
« Dien Bien Phu n’est pas une défaite, c’est un jugement…. »
Lucien Bodard, « La guerre d’Indochine »
2024….une nouvelle année qui commence, que je souhaite bonne et heureuse à chacun d’entre vous. 2024…d’ici quelques mois on commémorera la chute de Dien Bien Phu, défaite traumatisante qui marqua la fin de la présence française en Indochine. Cela fera d’ici quelques mois soixante-dix ans que notre armée s’effondra dans une cuvette transformée en champ de bataille.
Cette guerre ne suscita d’abord qu’indifférence chez les français. Et c’était bien normal, avec les blessures de « l’autre guerre », la Mondiale, l’occupation, un pays à reconstruire, les aventures militaires exotiques ne passionnaient pas la population. Et ce d’autant moins que ce conflit en plus d’être lointain concernait peu le contingent et assez largement des professionnels et des volontaires, que les dirigeants d’alors s’en souciaient peu et n’y comprenaient rien, parlant de « Guerre heureuse » et persuadés de l’efficacité de la RC4 (Route coloniale numéro 4) dispositif aussi désastreux que la Ligne Maginot quelques temps plus tôt. La catastrophe de Cao Bang mit fin à cette mortelle illusion et fit entrer le conflit dans une phase nouvelle jusqu’à l’issue qu’on connait. Laquelle sidéra le public, enfin conscient de ce qui se déroulait outre-mer.
De nombreux ouvrages ayant été consacrés à ce sujet, je n’aurais donc pas la prétention de faire mieux, surtout pas dans le cadre de ce modeste blog (Bon, j’arrête de faire mon Don Camillo!) mais j’aborderais ce thème sous l’angle de cet espace: celui des marges, de l’étonnant voire de l’incongru. On peut être excentrique et respectueux. Excentrique car, il sera ici question des aspects parfois méconnus de cet épisode tragique mais essentiel de notre histoire. Le tout sous le patronage de Geneviève de Gallard, célèbre infirmière militaire surnommée « L’ange de Dien Bien Phu »!
Le général De Gaulle inspectant le Corps des volontaires françaises, dont certaines rejoignirent les AFATS.
Quelques AFATS ( Auxiliaires féminines de l’Armée de Terre) Femmes à tout faire de l’Armée qui traînaient une réputation de moeurs légères. Preuve en est le regard peu amène de ma grand-mère sur une voisine qui avait appartenu à ce « corps » (Sans mauvais jeu de mots!) « Monette » épouse du général De Lattre dans sa grande piété tenta de ramener dans le droit chemin ces brebis égarées. Avec plus ou moins de succès. A noter pour l’anecdote le défilé des AFATS ordonné par De Lattre à l’officier de la Légion qui les chaperonnait. Las! Les pauvrettes ne savaient pas défiler et n’avaient seulement pas d’uniformes à leur taille! Au moins cette « cérémonie » procura-t-elle quelques sourires à un public qui en avait bien besoin !
VIETNAM – JANUARY 10: Female Renforcements Of The Land Army (Afat) Landing On Indochina During The Escalade Of The Conflict Between The French Government And The Vietminh. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
Les femmes en Indochine, c’étaient comme dans toutes les guerres, les prostituées. Celles, officielles, présentes dans les BMC ( Bordels militaires de campagnes) et en principe saines, ou les autres douteuses des quartiers réservés. Mais à côté de ces amours vénales, des idylles se nouèrent entre femmes indigènes et soldats français. Parfois romantiques, donnant lieu dans certains cas à des naissances. Il y avait aussi un danger potentiel chez ces femmes parfois utilisées par le Vietminh à des fins d’espionnage…ou de meurtres. Le danger était d’autant plus grand que ces « travailleuses du sexe » n’étaient que rarement affiliées aux rouges, ne travaillant pour eux que par appât du gain.
Prostituées indochinoises.
Camille Mandray, membre du Commando Marine Jaubert, en galante compagnie….
La Guerre d’Indochine fut pour une bonne part celle de la Légion. Il circule à ce propos de nombreuses histoires sur « La Légion refuge d’anciens nazis, de SS à la conscience noire » lesquelles reposent sur un fond de vérité. Allemands retraités de Babi Yar, belges authentiques de chez Léon Degrelle, faux belges et vrais français échappés de la division Charlemagne ou encore hongrois amateurs de bleuets. Toutefois, au milieu de ces hommes criminels – tortionnaires ou simples traîtres à leurs pays- se trouvaient aussi des soldats tout simplement perdus qui n’avaient nulle part ou aller à la fin du second conflit mondial. Ce fut le cas de Johann Wallisch, fils de maréchal-ferrant enrôlé dans la Wehrmacht suite à une échauffourée dans une brasserie. A l’âge de seulement dix sept ans en 1944. Prisonnier de guerre comme tout le monde, le jeune Johann s’engagea sous l’étendard apatride la Légion au sein de laquelle il combattit en Indochine puis en Algérie.
On va enfin parler des supplétifs, pris entre deux feux, souvent punis de leur refus de la tyrannie communiste et reconnus tardivement par le gouvernement français.
Ce fut le cas de Siang Tou( assis sur la photo ci-dessous, entourant avec ses frères d’armes le capitaine Taitot) qui n’eut droit à la reconnaissance de l’état que soixante huit ans après la fin de la guerre.
Carlo Mollino, architecte et designer italien (1905-1973) fut ussi un photographe adepte du polaroid pour modèles féminins plus ou moins déshabillés. Longtemps restés secrets, ces clichés furent finalement rendus accessibles au public. J’ai déjà publié quelques uns d’entre eux sur ce blog, en voici d’autres afin de boucler l’année en beauté!
Fernande Grudet (1923-2015) plus connue sous le pseudonyme (Raison sociale?) de Madame Claude, proxénète, fraudeuse du FISC, immigrée illégale aux USA malgré tout ses efforts pour devenir citoyenne régulière (Elle avait épousé un barman homosexuel, quand même!) Détestant les hommes autant que les femmes, qualifiée de « prétentieuse et de femme terrifiante » par Françoise Fabian qui joua son rôle dans le nanar éponyme de Just Jaeckin en 1977, vaguement prostituée, proche du banditisme dans sa jeunesse, elle devint la mère maquerelle française numéro 1 en recrutant ses pouliches dans le gratin ( Crazy Horse, etc) et en destiant ces dernières à des hommes qui avaient les moyens (Politiques, hauts fonctionnaires, artistes etc)
La mère Claude (Autant être franc, je méprise cette personne!) jouit de la mansuétude du pouvoir sous Pompidou grâce à ses accointances avec le SDECE et la Mondaine pour lesquels elle fut une informatrice très efficace. Hélas pour Fernande ( Quand je pense à Fernande, comme chantait Brassens)les vaches grasses prirent fin avec l’arrivée de Giscard au pouvoir. Ce fut la in d’un beau rêve, et le début d’un cauchemar ou elle alterna tentatives ratées de reprendre son activité, faillites, fuites à l’étranger, et séjours en prison. Tout cela s’acheva dans la solitude d’un appartement dans le sud de la France.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…