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Ode à René Dary.
Né Anatole Debus en 1905, fils adoptif d’Abélard artiste de Café-concert, René Dary, comédien aujourd’hui bien oublié, connut plusieurs vies d’acteurs, et ce très précocement. L’homme débuta en effet dès l’âge de….trois ans! Il fit donc dans tous les sens du terme ses premiers pas à l’écran dans la bien nommée série des « Bébé » ou il incarnait un gosse intrépide, charmant et rigolo, préfigurant par certains égards « Maman j’ai raté l’avion »
« Touchez pas au grisbi » (1953) de Jacques Becker. René Dary, premier à partir de la droite, côtoyant Paul Frankeur et surtout, Jean Gabin.


Contrairement à d’autres enfants acteurs, René Dary poursuivit une carrière à l’âge adulte. Beau gosse des années 30, premier interprète de Nestor Burma dans « 120, rue de la gare » (1946) de Jacques Daniel Norman, il marqua le pas à l’aube dès années 50, ainsi qu’en témoigne « Touchez pas au grisbi » (1953) de Jacques Becker ou en copain de Gabin il est écrasé par ce dernier et Jeanne Moreau qui était alors une étoile montante.

» Il se prend pour un caid sous prétexte qu’il est courageux mais bon sang ce qu’il est bête! Quel con! »








Toutefois, l’acteur trouva un nouveau souffle dans les années 60 en tant que second rôle à la télévision, notamment dans l’excellent feuilleton fantastique « Les compagnons de Baal », mais ça c’est une autre histoire!
A bientôt!
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« Ascenseur pour l’échafaud », ou l’escalier du Ciel de Louis Malle.
Un mythe de notre cinéma. Moreau qui s’affirmait. Ronet qui imposait son personnage d’homme blessé mais si bouleversant (« L’homme que les femmes aimaient ») Miles Davis qui improvisait la musique du film, Georges Poujouly qui jouait à d’autres jeux interdits avec une petite fleuriste. Et Roger Nimier dialoguait tout ça.
Rarement telle maîtrise aura été déployée sur l’écran que dans cette histoire d’un homme et d’une femme qui trament l’assassinat du patron de l’un et de l’époux de l’autre. Si l’affaire réussit, elle tourne au vinaigre sitôt faite quand l’homme se retrouve coincé dans l’ascenseur de l’entreprise.
Et pendant ce temps, Jeanne Moreau angoisse, Poujouly s’empare de la voiture et de l’identité de Ronet avec sa fleuriste de petite amie. Et dans tout ça, le spectre des guerres coloniales, l’Indochine achevée et l’Algérie qui se poursuivait sans être nommée. Il n’y avait pas de guerre en Algérie. Seulement des événements. Aussi « Ascenseur pour l’échafaud » est-il l’histoire de deux jeunesses paumées perdues entre deux conflits forcément trop grands pour eux. Et que la violence poursuit jusque dans le vie civile.
Allez, j’en ai assez dit, aussi je vous laisse avec ces quelques images pour le plaisir des yeux!


« Et puis Tavernier, je ne vous crois pas courageux. Pour la guerre…mais pas pour les choses importantes! »
« La guerre, vous la respectez, ce sont vos propriétés de famille »
Dernier échange entre Maurice Ronet et son patron avant le coup de feu fatal. Qui n’a jamais rêvé de tuer son gros con de boss?



Lino Ventura en flic de service.

Secondé par Charles Denner.

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« Les yeux sans visage » source et descendance. Suite.
Il serait trop long et fastidieux d’énumérer les imitations et pastiches du film de Franju dans le cadre de ce qui n’est qu’une évocation. Aussi cette troisième partie sera-t-elle la dernière. Assez ironiquement, il est possible de considérer qu’une boucle fut bouclée en 1987 avec la sortie des « Prédateurs de la nuit » de Jess Franco, le même cinéaste qui s’inspira en début de carrière des « Yeux… » pour son horrible « Horrible docteur Orloff » et qui lui rendit par ce film une manière d’hommage. Pourvu d’une distribution internationale et, il faut le dire, hétéroclite (Helmut Berger, Stéphane Audran, Telly Savalas, Brigitte Lahaie et une étoile montante trop vite retirée du jeu Florence Guérin) et mélangeant Gore outrancier et esthétique publicitaire, « Les prédateurs… » reçurent un accueil plus que mitigé à la fois pour de bonnes et de mauvaises raisons.

Certes, le film est de mauvais goût, parfois maladroit et il manque clairement de poésie. Toutefois, il a un certain charme propre au Cinéma Bis alors finissant avec des moyens supérieurs à la moyenne cependant. Que faut-il en conclure? Un match nul, un partout la balle au centre, en somme. Mais ce n’est pas tout. J’ai dit plus haut que « Les prédateurs…. » représente le fin d’une ère. Celle des salles de quartiers, effacées peu à peu par la vidéo et les chaînes à péages, des genres qui disparaissent ou finissent avalés par les grandes firmes qui prennent soin de les passer à l’eau de Javel histoire de les rendre plus acceptables. Aussi, dans ce contexte, avec leurs excès de Série Z et leur budget de luxe, « Les prédateurs de la nuit » sont-ils un baroud d’honneur devant cet affadissement général. Soit, ils ont encore une fois leurs défauts, soit ils représentent également le pire d’une certaine production et par là-même la décadence de celle-ci. Mais…


…tout espoir n’est pas perdu. Au sein même des studios dont je parlais si mal plus haut (Bon, d’accord, vous allez me dire que celui-là il ne sait pas ce qu’il veut!) une pointe de cette inspiration a transparu. A travers la personne de Nicholas Cage. L’acteur en effet semble fasciné par le thème de la défiguration. Incarnant un soldat au visage ravagé par la guerre du Vietnam dans « Birdy » (1985) de Alan Parker ou, beaucoup plus tard, dans « Volte/Face/ Face off » de John Woo (1997) un truand qui échange son identité avec celle de policier qui le traque, ce qui lui vaut d’apparaître la face écorchée, ce qui permet à John Woo (Pourtant peu amateur de fantastique) de faire un clin d’oeil à Franju l’espace d’un plan.


Voilà, c’en est fini de mes divagations sur les femmes défigurées et les scientifiques sculpteurs de chair humaine, en espérant qu’elles vous auront plu. Ah, en guise de pousse-café, cette photo couleur de Edith Scob!

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« Les yeux sans visage », source et descendance.
En 1956, le cinéaste italien Riccardo Freda réalisa à Paris « I vampiri/ Les vampires » coproduction franco-italienne qui précéda de quatre ans le chef d’oeuvre de Franju. Le rapport? Si la défiguration n’est pas au centre du film du transalpin, il y a dans les deux cas des femmes enlevées à des fins « scientifiques »( La réparation d’un visage chez Franju, la préservation de la jeunesse chez Freda) et dans les deux cas, un savant d’âge mûr préside aux cérémonies.

S’il est une source aux « Yeux sans visage » c’est bien là qu’il faut la chercher, je tiens à ce propos à remercier Gérard Mangin, cinéphile averti (regardez l’entretien qu’il a donné u sujet du Grand Guignol sur YouTube) de m’avoir mi sur cette piste. Il y eut donc un avant « Yeux sans visage » mais aussi un après. Très vite (Influence ou coincidence? Cela reste à voir.) l’Italie va livrer un opus très proche des malheurs d’Edith Scob et Pierre Brasseur avec « Le monstre au masque/ Seddok l’erede di Satana » de Anton Giulio Majano. Ce dernier part d’une trame similaire mais sans la beauté empreinte de rigueur de son modèle. L’Espagne fera mieux l’année suivante avec »L’horrible docteur Orloff/ Gritos en la noche » de Jesus Franco, qui naissait véritablement en tant qu’artiste avec ce film qui s’inspirait de Franju sans jamais le copier. Ajoutant dans l’histoire un serviteur dévoué « Morpho » et une touche d’érotisme, filon que l’ibérique creusera largement au cours de sa carrière, mais c’est un autre sujet.











Les anglais s’y mettront à leur tour et de manière plus tardive avec « Corruption » (1968) de Robert Hartford Davies. Cette fois le savant brillant et d’âge mûr ne cherche pas à sauver le visage de sa fille mais de sa femme. Les autres différences résident dans la couleur qui remplace le noir et blanc et surtout, la violence qui y est beaucoup plus crue. Par ailleurs, le film de Hartford-Davies subit l’influence de la mode de son époque, portant l’empreinte des Swinging sixties avec ces victimes qui sot toutes des mannequin ou assimilées. Pour l’anecdote, Peter Cushing, l’interprète principal dira avoir honte du film en raison de sa brutalité et de son caractère sordide…







A suivre….





