Aujourd’hui: Alexandre Vialatte: « Badonce et les créatures » (1937)
Alexandre Vialatte, fut romancier, surtout connu pour son roman « Battling le ténébreux », chroniqueur ( « C’est ainsi qu’Allah est grand », un titre qui passerait mal de nos jours!) et aussi un nouvelliste certes peu prolifique mais de grand talent. Il excellait d’ailleurs dans tout les registres précités, mais il sera question aujourd’hui d’histoires courtes réunies dans le recueil « Badonce et les créatures »
Le recueil, donc, réunit dix sept nouvelles, brèves pour la plupart à l’exception de celle qui donne son titre à l’ouvrage « Badonce… » Cette dernière donne aussi son ton à l’ensemble, à travers l’histoire de Badonce, adolescent en pension chez les bons pères qui choisit la fille qui sera son épouse. Drôle, léger, tendre, rempli de fantaisie sans négliger une certaine gravité (Le récit se situe aux alentours de la Première guerre mondiale.)
Le reste est à l’avenant, évoquant avec vivacité un monde disparu. Celui des campagnes et de ses petits commerces ( » Une forte tête ») des derniers aristocrates (« L’ amour perdu ») des campements d’immigrés hétéroclites et loin des migrants actuels ( » Le concerto européen » et son chien qui parle!) ou du service militaire et de ses incidents tragicomiques (« Prestige ») ou du bachot et de ses récompenses.
En bref, un livre charmeur, attachant. Vivement recommandé!
Frank Zappa, Ruben Sano et le retour du Rock’n’Roll en pleine ère psychédélique.
Suite à l’article sur « The world’s greatest sinner » qui évoquait les racines Rock’n’Roll de Frank Zappa, j’ai trouvé opportun d’approfondir ce sujet. Pour ce faire, j’ai décidé de prendre comme point de départ l’album « Cruisin’ with Ruben and the jets » Le musicien rend ici hommage à la bande son de son adolescence, en l’espèce le Doo Wop, cette forme de Rhythm and Blues basée sur les harmonies vocales, tantôt frénétique, tantôt romantique.
« Cruisin’… » parait en 1968, ce qui est très intéressant dans la mesure ou cette année est aussi celle du retour d’Elvis et celle ou les grands groupes se détournent du psychédélisme. Les Beatles, un an après « Sergent Pepper’s… » retournent à leurs racines, Little Richard et Chuck Berry sur le double blanc, les Rolling Stones reviennent au Blues dont l’influence est plus qu’évidente sur « Beggar’s banquet ». Les Who apparaissent vêtus en Rockers (Cuir noir et casquette à la Brando en prime.) à la télévision lorsqu’ils sortent « Call me lightning » Quant au groupe de British Blues Ainsey Dunbar retaliation, ses membres posent en Teddy Boys sur la pochette de « To mum from Ainsley and the boys »
Dans ce contexte, le disque de Zappa s’inscrit dans un certain air du temps. Mais là ou les artistes précédemment cités se limitaient à des clins d’oeil (Plus ou moins appuyés mais des clins d’oeil quand même) Zappa recrée fidèlement par des compositions originales l’écriture et la sonorité de l’époque. Pas de pédale wah-wah de fuzz ou de distorsion ici, donc, loin des critères de la fin des années 60.
Faut-il parler de copié/collé. Pas vraiment, plutôt d’une évocation. De parodie? On serait tenté de le croire connaissant la forte tendance à l’ironie de Frank Zappa. Bien sûr, on sent que ces histoires d’amour adolescentes dont regorge ces chansons écrites de la plume de Zappa lui-même font sourire ce dernier. Sourire mais pas rire. Lors d’articles et d’entretiens, Zappa a clamé son amour pour cette musique, dont il regrettait l’innocence. En effet, alors que nombre de groupes se référaient à la drogue, le Doo Wop et la musique destinée aux adolescents des fifties baignait dans les sentiments et les émotions. D’une manière candide – d’aucuns diront simplistes- certes mais sincère. Alors, pas la peine d’en dire plus, replongeons nous via Zappa dans les historiettes de lycée et prenons du bon temps!
John Waters, pape du Kitsch, du Camp, du mauvais goût assumé. Chantre des travestis, des obèses et des marginaux, porté sur le pipi caca et les acteurs en reconversion (Tab Hunter, ex jeune premier des années 50, Traci Lords, ex star du porno, Joe Dallessandro, ex égérie d’Andy Warhol) Come beaucoup de choses ont déjà été écrites et dites sur son oeuvre, je n’ai guère besoin d’en rajouter. Plutôt que de m’épuiser, je me contenterais de faire en image un tour d’horizon de l’esthétique des films du natif de Baltimore, laquelle vaut son pesant de moutarde.
David Lochary et Divine, égérie de Waters, travesti très jeune qui commença en tant que sosie d’Elizabeth Taylor.
Eh oui les amis, mon blog a atteint la barre des 2000 visiteurs! Cela se fête et bien sûr oncle Alex vous a préparé de belles images, comme vous en voyez souvent vous qui visitez cet espace!
Allez les filles, un petit sourire, c’est les 2000 visiteurs!
Mercenaires, Liban, Comores, Birmanie, Punk Rock et chrétiens d’Asie.
A Thierry « Titi » Tcheng. In memoriam.
Les mercenaires sont, ou du moins ont été, la source de nombreux fantasmes, de réprobations parfois voire de mépris, de fascination souvent. Ceux que d’aucuns surnomment « Les affreux » trônent par ailleurs en bonne place dans l’imaginaire collectif grâce à la littérature et peut-être plus encore au cinéma. Aujourd’hui toutefois, il ne sera pas question d’analyser l’image des soldats de fortune renvoyée par le grand écran mais de s’intéresser à certaines figures de ce monde très particulier, trouble et mal compris. Il est vrai que les motivations des uns et des autres, nombreuses autant que contradictoires, n’aident pas à en avoir une claire perception. Entre ambitions personnelles, appât du gain, idéalisme et raisons plus obscures, le mercenariat forme ce qu’il faut bien appeler une nébuleuse. Aussi ne s’agira-t-il pas d’en dresser un tableau exhaustif (Ce qui serait de toutes façons impossible) mais d’en soulever un voile au travers de deux figures emblématiques, Bob Denard, déjà évoqué dans ce blog, et l’un de ses lieutenants les plus connus: Thierry Cheng.
Outre les liens entre ces deux hommes, la raison de les placer au centre de cet article est que chacun d’eux révèle des aspects de cet univers sinon importants en tous cas intéressants. Si on suit les itinéraires respectifs de Denard et de son lieutenant, qui tantôt se croisent, tantôt se séparent, il apparaît qu’ils disent des choses de l’évolution de la géopolitique internationale. Peu importe la distance entre les lieux ou ont opéré Denard et Tchang. Dans ce monde mondialisé, tout est lié depuis longtemps.
Au milieu des années 70 et ce jusqu’en 1995, Bob Denard se prit de passion pour l’archipel des Comores. Appuyant chaque renversement de gouvernement jusqu’à tenter d’en devenir le sultan (Sous le nom de Mustapha. A cet égard, Denard fut sans doute l’un des derniers émules de « L’homme qui voulut être roi » de Kipling, symbole des aventures que permettait le colonialisme. Cependant, et c’est l’un des paradoxe de cet état de fait, même du temps ou la France et l’Angleterre se partageaient le gros du gâteau colonial, il n’était pas forcément bien vu de se tailler un royaume sous les tropiques, ainsi que le prouva le cas de Joseph Marie de Mayréna (Que j’ai évoqué lors d’un précédent article.) d’une part. Et d’autre part, la décolonisation n’empêcha pas ce genre d’aventures. Comme celle de Bob Denard. Certains désignèrent cette attitude sous le mot fourre-tout de néo-colonialisme. Ce concept engloba en effet dans un même ensemble les initiatives individuelles et le contrôle exercé secrètement par les anciennes puissances coloniales sur leurs colonisés fraîchement libérés. L’exemple qui illustre le mieux à un niveau étatique ce cas de figure est la « Françafrique » dont les mercenaires furent parfois les bras armés.
A ce titre, 1995, année de l’éviction des Comores de Bob Denard, marqua symboliquement la fin de ces résurgences d’une époque révolue, en même temps que la mort de Jacques Foccart, le monsieur Afrique nommé par De Gaulle qui survint à peu près en même temps. Mais pas celle des envies de main basse sur d’anciennes colonies occidentales. La Chine et plus récemment la Russie ont posé plus qu’un pied en Afrique, profitant du rejet massif de nombre de pays de ce continent à notre égard, fut-ce par le biais de soldats réguliers.
Ci-dessus, images des phalanges chrétiennes du Liban.
Mais la soif de puissance, le goût de l’aventure ou de la violence ou l’argent ne sont pas les seules motivations dans l’affaire. L’idéalisme y a eu aussi sa part. Du moins est-il possible de le supposer dans le cas de Thierry Cheng qui, entre autres combats, partagea celui de la rébellion anticommuniste qui se forma en Birmanie en 1978. Il se rapprocha à cette occasion particulièrement des Karens, minorité chrétienne persécutée.
Ali Sohili, auteur du coup d’état de 1975, renversé par Bob Denard en 1978. Ici, lors de son arrestation.
Bob Denard à la sortie de la mosquée lors des funérailles d’Ahmed Abdallah.
Bob Denard en « Sultan blanc des Comores » peu avant sa déconfiture en 1995.
Johnny et Luther Htoo, jumeaux et chefs de guerre à douze ans, héros de la rébellion Karen.
Bien après le départ de Titi, comme l’appelaient affectueusement ses camarades, cette rébellion persista, se trouvant à la fin des années 90 les chefs les plus improbables qui soient: les jumeaux Htoo (Voir photo ci-dessus) alors âgés de douze ans. Suite à la défaite de ces derniers qui les contraignit à l’exil, de nouveaux combattants venus d’Occident et notamment de France reprirent le flambeau. Ces derniers cumulaient deux tares aux yeux de la gauche radicale. La première était d’être affilié à la vilaine extrême droite (Ou supposée telle!), La seconde était de défendre des chrétiens. Depuis longtemps en France le Christianisme, et plus largement ce qui fonde l’identité de notre pays ( Et de l’Occident, auquel nous appartenons.) , est combattu par une intelligentsia qui se cache derrière la tolérance, la diversité et les »Vous n’aurez pas ma haine » (Je passe sur les bougies et les nounours.) Il est donc logique que la défense des chrétiens, fut-ce outre-mer, soit un crime pour ces gens. C’est au nom de cette même haine que Tai Luc fut « cancel » en raison du concert qu’il donna en 2015 à Fréjus parce que celui-ci était organisé par la sempiternelle et toujours vilaine extrême-droite. Liée aux mercenaires précédemment cités.
Le concert de LSD par lequel le scandale est arrivé.
Mercenaires français en Birmanie.
Résistants Karens arborant le drapeau de Casa pound. Scandale, là aussi?
En guise de conclusion, le monde du mercenariat est protéiforme et en constante évolution. Vu de France, il est en un certain sens passé de l’intérêt purement personnel à une forme d’idéalisme qui lie ce qui rapproche certains peuples de nos propres traditions. Au grand déplaisir de certains qui ne comprennent pas d’ou vient la vraie menace…
De Frank Zappa, Tim Carey, des musiques de films et des prédicateurs.
Frank Zappa, idole des amateurs de psychédélisme et de progressif avait ce que d’aucuns de ces chevelus prétentieux auraient vu comme une tare. En bon enfant des fifties, l’italo-grec un peu français sur les bords tirait une partie de ses racines musicales dans le Rock originel. Il lui rendit d’ailleurs hommage le temps d’un 33 tours « Cruisin’ with Ruben and the jets » en 1968.
Mais avant cela, Zappa pratiqua le binaire alors qu’il était encore un parfait inconnu et, curieusement, dans le cadre de la musique de films. Deux films exactement eurent droit aux honneurs de ses partitions. Le plus notable, celui dont il va être question dans cette colonne, s’intitule « The world’s greatest sinner », réalisé en 1962 par Timothy Carey, autre italo-américain, second rôle apparu entre autre chez Stanley Kubrick (« L’ultime razzia » et « Les sentiers de la gloire ») John Flynn (« Echec à l’organisation ») ou John Cassavetes (« Meurtre d’un bookmaker chinois ») ainsi que de nombreuses séries télévisées dont un épisode de « Columbo » Carey ut également cinéaste à ses heures, livrant, outre « The world’s… », quelques films destinés à la télévision et à la vidéo. Concernant le petit écran, Carey ne sembla guère avoir de chance en tant que réalisateur, puisque ses deux efforts dans ce domaine qui auraient du donner lieu à des séries ne passèrent pas le stade du pilote. On peut citer « Fiore » (1978) ou un laveur de voitures s’improvise détective privé dans une affaire de nécrophilie, et « Tweet’s ladies of Pasadena » (1979) qui narre les aventures d’un club de femmes âgées consacré au tricot et au patin à roulette.
Soit. Mais quid du film lui-même? Celui-ci suit l’itinéraire d’un agent d’assurance qui, las de son métier, décide de tout laisser tomber pour mener une carrière de chanteur, ce qui le conduit à exercer la tâche de prédicateur puis enfin l’amène à se prendre….pour Dieu! Rien que ça.
Fauché, maladroit mais surtout très personnel « The world’s greatest sinner » reflète une personnalité d’auteur marquée par un goût pour les marginaux et les êtres qui refusent le destin qui leur a été assigné .Ce qui n’a rien d’étonnant en regard du parcours de Carey familier en tant qu’acteur de ce genre de personnages, notamment dans « Get to know your rabbit »,( ou il partage l’affiche avec Orson Welles) et lors de ses essais infructueux à la télévision derrière la caméra. Frank Zappa surnomma son histoire de prêcheur « Le pire film du monde » ce qui est excessif car en dépit de ses nombreux défauts, il s’en dégage un certain et des promesses. Hélas non tenues.
« The world’s… » ne connut évidemment guère de succès (Même s’il gagna un statut « culte » avec les années.) mais au moins permit-il à Frank Zappa de manger et de composer une oeuvre pas inintéressante pour l’occasion. La musique fut enregistrée au studio Z crée par l’artiste à ses débuts lequel fit l’objet d’une descente de police. Dieu sait pourquoi…L’entreprise aurait-elle porté malheur?….
Une photo restée célèbre d’un événement mémorable: les débuts de Zappa à la T.V. Au Steve Allen Show, ou le grand homme joua sa symphonie pour roues de vélo. Le présentateur ne prit pas la plaisanterie.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…