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Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: Les aventures de Jerry Lee Lewis bien après le coucher du soleil.
Pour le « Killer », les années 60 furent très difficiles pour avoir négligé la date de naissance de sa cousine avant de l’épouser. Quoiqu’il en soit, cette période cessa quand Jerry Lee revint à ses racines, la musique Country en 1968. Si beaucoup retiennent des années 60 du natif de Ferriday l’album en public enregistré au Starclub, ils oublient ou ignorent souvent le reste de sa production en studio. Parmi, il y a cependant quelques perles tel ce « Soul my way » sorti en 1967.
Jerry Lee qui fait de la Soul? Et pourquoi pas. Cette musique a poussé dans le même terreau que le Blues, la Country ou le Rockabilly. Preuve en est la présence de deux labels mythiques de la musique populaire américaine: Sun records et Stax, l’un représentant le Rock’n’Roll, l’autre la Soul. Elvis enregistra d’ailleurs dans ce temple de la Soul en 1973. Par ailleurs, au moment ou Jerry Lee s’essaie au genre, c’est le début de l’heure de gloire d’un croisement un peu oublié de nos jours: le Country Soul, dont Bobbie Gentry fut une des figures les plus connues ainsi que la pire de compositeurs/producteurs Chips Moman et Dan Penn, patrons d’American Studio.
Donc, Jerry Lee est en fait dans l’air du temps ne se tournant vers la Soul – ce qui ne lui apportera pas le succès. Mais quid du disque lui-même? Une sélection de morceaux qui balancent forcément entre les deux styles, induisant de larges rasades de cuivres et d’orgue, incluant comme premier titre le standard « Turn on your lovelight ». Rien que du classique en somme. A une surprise près: la reprise de « Just dropped in » récit de la journée d’un défoncé crée par le groupe (plus ou moins) hippie The First Edition qui comptait dans ses rangs Kenny Rogers futur vedette de la Country. Et que donne par Jerry Lee ce titre qui illustra de surcroît le film des frères Cohen » The big Lebowsky » ? Un résultat intéressant, dépouillé des effets de la version originale, et dont la sobriété met en valeur les qualités de pianiste mais aussi de chanteur du musicien dont les talents vocaux n’ont peut-être pas été assez reconnus.

Au final, un album réussi mais qui manque un peu d’audace dans le choix des chansons. Toutefois, il présente l’intérêt de sortir de la routine dans laquelle était enfermé son interprète et annonce le renouveau de celui-ci.
A bientôt!
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Le retour de la page de publicité, une édition spéciale aujourd’hui. Lames, chaussures de travail et briquets!








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Littérature.
Aujourd’hui: « Le goût du sang » de André Héléna et « Nous avons les mains rouges » de Jean Meckert. La résistance et les carnages mal digérés de la guerre.
Héléna, Meckert. Deux auteurs d’Après-guerre, deux auteurs qui ont chacun touché au Noir, deux auteurs qui ont chacun abordé des thèmes semblables. Mais de manières bien différentes. Preuve en sont les deux ouvrages abordés ici.
« Le goût du sang » suit le cheminement de Jacques Vallon, fils de magistrat que les hasards de la guerre et de la résistance amène à se faire tueur à gages. Pour ce garçon complexé, la possession d’une arme à feu et la liberté de s’en servir procurent une sentiment de toute puissance que la fin du conflit ne parviendra pas à éteindre. Il va sans dire, et sans divulgâcher nullement, que tout cela finira mal.
» Nous avons les mains rouges » de Jean Meckert raconte quant à lui le destin d’un certain Laurent qui sera sinon le héros, du moins le pivot de l’histoire. Le livre s’ouvre sur la sortie de prison de ce dernier pour homicide involontaire. Personne n’attend Laurent en principe mais, le hasard et accessoirement le romanesque mettent sur son chemin un vieillard, monsieur D’Essartaud, lequel l’invite à séjourner chez lui en échange de journées de travail dans scierie. Le vieil homme vit entouré d’un colosse et de ses deux filles et entretient par ailleurs des relations assez étroites avec un pasteur des environs.
Si Laurent apprécie évidemment cette hospitalité en dépit ou à cause de l’étrangeté de ces gens, dont le chef monsieur D’Essartaud n’est pas le plus singulier, il comprend vite que ce petit monde a appartenu à la résistance et qu’il considère devoir poursuivre sa tâche . Aussi se livre-t-il à de ponctuelles expéditions punitives. Et sanglantes.


Dans le roman d’Héléna, le récit se centre sur son héros, les autres personnages ne servant que de satellites, lequel compense ses insuffisances par le meurtre y compris quand celui-ci n’est plus autorisé. Il diffère en cela radicalement des personnages du récit de Meckert sont quant à eux des idéalistes altruistes, jamais rassasiés, s’estimant trahis par la Libération, cette dernière ayant pour eux commis le crime de ne pas punir les profiteurs de guerre. En particulier les paysans. A ce propos, rarement une classe sociale n’aura à ce point été attaquée en littérature, subissant les assauts d’adjectifs particulièrement infamants. La trame du « Goût du sang » du fait de son héros unique reste simple, celle de « Nous avons les mains rouges », quoique linéaire, se révèle plus complexe. Au travers du regard de Laurent, l’auteur montre évoluer divers êtres (Une jeune fille sourde, un pasteur, etc) ayant chacun des motivations qui leur appartiennent et les assument suivant leur caractère.
Là ou cependant les auteurs se rejoignent, c’est dans un même constat: les effets de la guerre qui se prolongent bien après que les fusils se soient tus. Outre les traumas inhérents à cette tragédie, il y a la sensation d’inachevé. Voire de vide. C’est cette frustration qui pousse à une fuite en avant les héros de Héléna comme ceux de Meckert et ce en dépit de leurs profondes divergences. Complexes physiques et frustration sexuelle de Jacques Vallon dans « Le goût du sang » Idéalisme, soif d’absolu et de justice pour la famille meurtrière de « Nous avons les mains rouges »
Mais qu’importe. Les uns comme les autres ont un autre point commun, et c’est sans doute le plus important. Ils sont des victimes. De la violence qui les entoure (Et qu’ils ne se privent pas de reproduire) mais également de leurs passions au sens classique du terme: une source de souffrance. Le dégoût de soi, ou le désir d’un monde juste. En cas pareil, la guerre et ses conséquences ne servent que de détonateurs à la frénésie de ces nouveaux martyrs, sacrifiés pour ceux paysans ou collabos opportunistes qui prudemment ont tiré parti du désordre ambiant.

Version 1.0.0 

A bientôt!
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Les plus âgés d’entre vous se souviennent peut-être de celui que d’aucuns surnommèrent le « Russe Folies Bergères » autrement dit Ivan Rebrov. Il était à l’origine chanteur d’Opéra, allemand et né Hans Rolf Rippert en 1931. Célèbre pour avoir chanté le répertoire traditionnel russe en plaine guerre froide ainsi que de nombreux thèmes populaires issus de la variété ou de la comédie musicale, le plus célèbre étant « Ah si j’étais riche/ If I were a rich man » extrait du célèbre « Un violon sur le toit/A fiddler on the roof » (Après Zero Mostel, Chaim Topol et avant Paul Michael Glaser, eh oui, Starsky en personne!)
Ce géant débonnaire (Il mesurait 1,96m et les géants sont toujours débonnaires.) avait quatre octaves, parlait assez de langues pour ne pas se perdre dans la Tour de Babel (Et pas de Babybel!) et gagna une popularité planétaire (Et sans doute galactique, même les martiens devaient l’aimer) et notamment chez nous, ou il devint un familier des émissions de variétés, en particulier à Noel ou il offrait un très agréable complément au sapin au moment des paillettes de Maritie et Gilbert et Carpentier. Il fit même un peu de cinéma dans un film d’aventures devenu assez rare semble-t-il: « L’homme qui vient de la nuit » de Jean Claude Dague (1971), Dague dont le titre de gloire fut « Poussez pas pépé dans les cactus » réalisé trois ans plus tôt avec un Francis Blanche en pleine perdition. Dague gagna par ailleurs une célébrité douteuse en braquant sa propre banque, ce qui lui valut un séjour à l’ombre douloureux dont il tira un livre puis un film « Le dénommé » mais c’est une autre histoire. Ivan se limita à cette participation sur le grand écran, réservant ses apparitions en tant qu’acteur à la télévision.





Voilà, tout cela et bel et beau mais si ce n’est pas rien, ce n’est pas tout! Oui, car notre ami Ivan avait un frère, pilote de la Luftwaffe, Horst Rippert dont personne ne se serait soucié si l’intéressé n’avait confessé un grand péché et, par là même, sans doute levé le voile sur un des plus célèbres mystère de la Seconde guerre mondiale: la mort de Guillaume de Saint Exupéry. Horst aurait été selon ses dires responsable de la mort de l’aviateur écrivain. Horst aurait eu le mauvais goût de lui envoyer une rafale depuis son Messerschmitt. Cela dit, bien que probable, cette affirmation reste à vérifier.


A gauche: Horst Rippert. A droite: Saint Exupéry.
Afin de conclure, Ivan connut une triste fin. Les dernières années de sa vie furent obscurcies par l’aide envahissante de ses deux domestiques dont il était dépendant. Heureusement, il trouvait un peu de réconfort sur une île grecque ou il jouissait de la sympathie de la population locle et en particuier de celle du limonadier du coin qui le rinçait gratis tandis qu’il doublait le prix des consommations pour le reste de la clientèle, laquelle affluait dès que le chanteur apparaissait.

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Frédéric Dard et le théâtre.
S’il n’est plus besoin depuis longtemps de présenter le créateur de San Antonio, il existe un aspect de son oeuvre qui demeure peu exploré: le théâtre. La scène a pourtant fait très tôt partie intégrante du travail de l’auteur. Depuis ses débuts avec le Grand Guignol jusqu’à ses collaborations avec son ami Robert Hossein (« Dans la nuit, la liberté ») en passant par les adaptations scéniques de ses propres livres (‘Les salauds vont en Enfer ») ou de ceux des autres (« Pas d’orchidées pour Miss Blandish » d’après James Hadley Chase.) Dard fut un auteur complet.
Florilège des plus belles affiches!






Recueil de quatre des pièces de Frédéric Dard.

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Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: John Entwistle.
D’accord, me direz vous, John Entwistle appartient au monde de la Pop et se tient bien éloigné de ‘univers du Rockabilly qui semble être le mien (Et aussi le vôtre, du moins pour certains d’entre vous.) Néanmoins, le bassiste des Who était un authentique passionné du genre. Au point qu’il éprouva quelque réticence à s’habiller en Mod suivant les conseils du manager du groupe. Quoiqu’il en soit, en 1974, Entwistle décida de donner une tonalité ouvertement fifties à ce qui allait être son troisième album solo « Rigor mortis sets in. » Il était en un sens dans l’air du temps, les fifties refusant de mourir en ce milieu d’années 70. Leur influence se ressent dans les studios d’enregistrement, les bacs des disquaires, le cinéma et même la mode. Via les hommages que certains artistes rendent aux héros de leur adolescence (Cf: John Lennon qui enregistre à ce moment là « Rock’n’Roll ») et l’intérêt de nouveaux venus tel « Flash Cadillac » qui balance un album entier de reprises de classiques en 1972, attirant l’attention de George Lucas qui les choisira pour incarner l’orchestre de la fête de « American graffiti » En Californie, Ronny Weiser fondele label Rollin’ Rock qui relance des musiciens oubliés et des débutants, créant ainsi de nouveaux adeptes.

Pour en revenir au disque de notre ami, il annonce la couleur dès le premier titre « Gimme that Rock’n’Roll », composition originale comme la majorité des chansons présentes sur cette galette. Entwistle y convoque autant le Rock’n’Roll classique et Doo Wop et, outre les propres morceaux de l’auteur, il contient deux reprises de choix: « Hound dogg » et « Lucille ».

Par ailleurs, il est intéressant que le disque ne joue guère a carte de la nostalgie, ainsi qu’en témoigne la pochette au dos de laquelle figure une pierre tombale qui déclare que le Rock’n’Roll n’est pas vraiment mort. Un trait d’humour typique d’une personnalité discrète et attachante qui mériterait plus d’attention.

A bientôt!



