Serpico et ses doubles.
Policier italo-américain, ancien combattant de la guerre de Corée, amateur de ballet et de la langue de Cervantès adversaire infatigable de la corruption endémique qui régnait dans la police de New York, et dont les tenues improbables ajoutaient à la réputation déjà dûment établie d’anticonformisme.

Qui suis-je? Allez, on est pas à « Questions pour un champion », le portrait ci-dessus est évidemment celui du flic hippie le plus connu de l’univers: Frank Serpico.

Son histoire, il est vrai exceptionnelle, engendra de nombreux avatars suite à sa déposition face à une commission d’enquête qui ne tint guère compte de la gravité de la situation exposée par le policier. Le journaliste Peter Maas en tira un livre qui donna lui-même lieu à au célèbre film avec Al Pacino, lequel donna lieu à une série télévisée avec David Birney dans le rôle principal.


Cette série s’éloignait du ton sérieux et tragique du film pour s’orienter vers un registre plus léger. Les choses auraient pu en rester là mais l’influence du personnage récupéré par la culture pop s’étendit davantage.

Charles Dierkop, le hippie de service de « Sergent Anderson », notez le magnifique t-shirt tye dye.
Pour preuve, les flics d’apparence décontractée comme la paire de « Starsky et Hutch » (Dont l’un, Hutch en l’occurrence, a clairement subi l’influence du mouvement hippie) ou du hippie de service de l’équipe du « Sergent Anderson/ Policewoman » et les choses n’en restèrent pas là, le flic hippie s’exporta en Europe sous les traits de Tomas Milian incarnant Nico Giraldi dont l’allure devait beaucoup au barbu d’Outre-Atlantique. Toutefois, la ressemblance s’arrêtait là. Grossier, vulgaire, brutal et crasseux, Giraldi se situe bien loin de l’idéal de justice de Serpico.

Et la France dans tout ça? Soyons francs, les représentants de l’ordre existent aussi dans notre cinéma. Mais ils sont rares. Aussi faut-il noter la notable exception de Campana (Félix Marten), inspecteur du commissaire Le Guen (Jean Gabin) dans « Le tueur » de Denys de La Patellière (1972) auquel le supérieur de Gabin (Bernard Blier) reproche ses cheveux longs et son aspect de truand flamboyant. A quoi Le Guen rétorque que c’est précisément pour cela qu’il gagne la confiance de ceux qu’il doit surveiller. Et là on touche du doigt un sujet très en vogue dans la Police d’alors: la porosité (D’ailleurs évoquée dans « Serpico ») Se fondre dans le Milieu afin d’obtenir des résultats. Il est donc moins question de goût personnel ou de décontraction que de méthode. Avant d’aller plus loin, il faut reconnaître à Félix Marten qu’il fut un des flics les plus stylés du cinéma français.

Certes, Serpico alliait les deux et, ce faisant, annonçait l’arrivée d’une nouvelle manière de maintenir l’ordre. Du moins dans ue certaine mesure. La longueur du poil ne fait pas le libertaire, ainsi que le prouve le crasseux expéditif joué par Tomas Milian dans « Flics en jeans ». Un personnage cependant se chargea de la synthèse look hippie et service, mais en littérature et non au cinéma: Eduard Magne dit Doudou, dit Géronimo, inspecteur à long crin, ficelle et sanalettes crée par Jean Amila (Jean Meckert, de son vrai nom, cité précédemment dans ces colonnes) qui agit, selon ses propres termes, pour les victimes et pas pour le système. Il sera le héros de la « Nef des dingues », « Contest-flic » et « Terminus Iéna ». Il y a du Serpico dans cet homme et cela est d’autant plus intéressant que les livres susmentionnés qui le mettent en scène sont tous parus entre 1972 et 1973. Soit peu avant la sortie du film avec Pacino, sans lequel le croisé anti-corruption était un parfait inconnu chez nous. Amila en avait-il entendu parler, ou profitait-il de l’air du temps?
Mystère!


A bientôt!




































