L’univers des pochettes de disques étranges.Rigolotes, surprenantes, laides, parfois empreintes d’une beauté inattendue.Et qui présentent parfois l’avantage de donner des ulcères à Sandrine Rousseau!
Alors prêts pour ce voyage esthétique? Comme je suis bon prince, je vous laisse en compagnie de Pierre et Léo qui vous introduiront au pays des merveilles!
Eugène Sue et ses mystères: histoire d’un titre devenu formule, de Emile Zola à Frédéric Dard.
Certains titres de roman de par leur simplicité se gravent dans l’inconscient collectif au point qu’ils serviront de modèle par-delà le temps, tel un patron de couturière pour une pièce de vêtements. Il en fut ainsi pour « Les mystères de Paris » de Eugène Sue. En voici l’histoire.
Mais avant tout, il convient de présenter le livre en question, et surtout ses personnages aux noms de baroques qui servent de carte d’identité. Fleur de Marie, le prince Rodolphe, la Chouette, le Maître d’école et le Chourineur. Prostituée, aristocrate incognito, mère maquerelle, instituteur déchu, ou truand as de la lame. Des figures familières aux lecteurs de journaux du temps de la Monarchie de Juillet. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s’agit de quelques uns des protagonistes du tentaculaire roman de Eugène Sue « Les mystères de Paris », lequel narre la quête d’un prince (Allemand, autrichien? Je ne sais plus!) dans les bas-fonds de la capitale dont l’objet n’est nulle autre que sa propre soeur, enlevée dans d’abracadabrantes circonstances.
Secrets de famille, héros pur, jeune fille victime, faune interlope bigarrée, rebondissements multiples et caractères marqués. En bref, tout les ingrédients du roman-feuilleton dont Eugène Sue était l’un des héraut les plus célèbres et les plus couronnés de succès. Mais outre la dimension ludique du livre, il y a aussi une thématique sociale. La pauvreté est en effet un des thèmes centraux du roman, reflétant les préoccupations de l’auteur qui se voulait socialiste (Voir à ce sujet l’ouvrage de Jean Louis Bory « Eugène Sue: dandy et socialiste ») et préfigurait en ce sens Zola, le réalisme en moins. D’ailleurs Zola dut être sinon un amateur du moins un lecteur de Sue, s’étant essayé au roman feuilleton avec « Les mystères de Marseille »
Cette oeuvre, qui ne compte pas parmi les plus marquantes de Zola, présente toutefois un réel intérêt. D’abord parce qu’il appartient aux précurseurs du roman policier (Avec Emile Gaboriau et « Le petit vieux des Batignolles ») et ensuite en raison du mot « Mystère » accolé à celui d’une grande ville. D’autres feront de même, tel Jean de la Hire avec « Les mystères de Lyon », profondément orienté vers le fantastique.
Ci-dessous, quelques parutions publiant le roman de Sue, ainsi que son portrait.
Plus tard au XXème siècle, d’autres encore tireront leur inspiration chez Eugène Sue. Léo Malet qui titrera l’un des cycles de son héros Nestor Burma « Les nouveaux mystères de Paris ». De plus, en situant chacun des romans de ce cycle dans un arrondissement de la capitale, il se réfère à nouveau à Sue qui décrivait de manière très précise l’environnement urbain de ce que d’aucuns nomment la « Ville lumière » (Avec Hidalgo, est-ce toujours vrai? »)
Frédéric Dard enfin paiera son tribut à l’oeuvre de Eugène Sue avec « Les derniers mystères de Paris » en 1958 (Les derniers, vraiment?) Sombre récit de crime et de famille orchestrée par la diabolique Agnès qui tente par personne interposée d’assassiner son ancien mari. Et ce afin d’étouffer un éventuel scandale qui compromettrait son actuel mariage avec un notable. Machiavélisme et inavouable à tout les étages et….un choix de titre qui ne porta guère chance à Dard, puisque l’ouvrage ne connut de réel succès que bien après sa première publication en tant que « Mausolée pour une garce »
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En guise de conclusion, d’un titre qui recouvrait une saga sociale mouvementée, beaucoup trouvèrent à alimenter non seulement leur imaginaire mais aussi la manière de se vendre en empruntant une idée simple et, il faut le dire, efficace. Avec plus ou moins de bonheur toutefois, comme le prouve Dard qui dut renommer son livre pour lui donner une seconde vie.
Je vous laisse désormais avec quelques couvertures de Nestor Burma.
Aujourd’hui: « Battling Malone, pugiliste » de Louis Hémon (1909)
Le sport et les écrivains. A priori, pour certains du moins, le mélange semble contre-nature. Pourtant, l’exercice physique a intéressé divers auteurs, d’ailleurs eux-mêmes sportifs accomplis pour certains d’entre eux. Entre Antoine Blondin infatigable témoin du Tour de France et Maupassant, canoteur confirmé, les littérateurs montrent parfois qu’ils ne manquent pas de muscle. Cela me donne l’occasion d’évoquer Louis Hémon. Surtout connu pour sa pastorale québécoise « Maria Chapdelaine » (Que certains parmi vous ont lu ou au moins étudié en classe.), ce natif de Brest laissa après sa courte vie une oeuvre assez riche et malheureusement cachée par le célèbre roman susmentionné – au demeurant magnifique. Au sein de cette oeuvre, il y a « Battling Malone, pugiliste » récit du destin tragique d’un boxeur irlandais né à Londres, tiré de l’expérience de l’auteur en tant que chroniqueur sportif.
Malone, boxeur d’exception, connait une ascension fulgurante puis une chute précipitée suite à ses amours malheureuses avec une femme de haute extraction qui s’amuse de lui.
Que dire? Le roman évoque le sport d’une époque mais demeure toujours d’actualité de par le caractère parfois dramatique de ce que d’aucuns nomment le « Noble art » – voir à ce sujet les fins tristes ou brutales de Marcel Cerdan ou de Carlos Monzon, d’ailleurs pas toujours liées à leur activité. A croire que les rings attirent des individus voués à mal finir quoiqu’il arrive. Mais « Battling Malone… » n’est pas que cela. Il est également une évocation des tensions entre nations transcendées par le sport – à ce titre, la boxe, par sa nature guerrière, en est un des meilleurs exemples- en l’occurrence le Royaume uni et la France. Cet antagonisme larvé est incarné par les symboles des deux pays tels que le héros les perçoit. La sévère Britannia contre l’accueillante Marianne.
Par ailleurs, on retrouve le thème fréquent chez l’auteur de l’homme incapable de comprendre la femme ( Qui est central dans un autre de ses livres » Monsieur Ripois et la Némésis) incompréhension qui le mène à sa perte ultime, autrement dit à sa mort. Aussi lorsque Malone est vaincu par son adversaire français Serrurier ( Double à peine déguisé du boxeur vedette d’alors Georges Carpentier, cela dit, Hémon aurait pu trouver mieux que Serrurier, pourquoi pas plâtrier tant qu’on y est?) c’est moins d’une défaite sportive que d’une abdication devant la vie.
En, bref, un beau roman à la fois riche, dur et émouvant. A lire.
Frédéric Dard et le cinéma, suite. Avec Jean Pierre Mocky et d’autres….
J’ai déjà consacré des articles aux rapports du créateur de San Antonio avec le cinéma. Les méchantes langues diront que je ne me renouvelle guère, les autres qu’il s’agit d’une récurrence. Les derniers auront raison, un blog devant avoir une ligne directrice.
Le présent article sera axé sur deux réalisateurs renommés qui se sont attaqués à cet univers: Claude Chabrol et Jean Pierre Mocky.
« Les magiciens » de Claude Chabrol (1975)
Un riche oisif qui séjourne dans un hôtel de luxe du Maghreb rencontre un magicien employé par l’établissement pour la saison. L’illusionniste propose évoque le plan d’un assassinat au vacancier. Ce dernier décide de l’appliquer.
Jean Rochefort, Franco Nero, Stefania Sandrelli, Gert Frobe, Claude Chabrol…n’en jetez plus! Une affiche de rêve qui cache un résultat mitigé. Très critiqué à sa sortie, le film de Chabrol souffre d’un manque de rythme dont il est bien difficile de savoir s’il relève d’un manque d’intérêt du réalisateur ou d’une difficulté de ce dernier à donner du relief à ce récit qui offre pourtant des possibilités.
Le film n’est cependant pas un ratage complet, grâce notamment à ses acteurs et si Chabrol ne montre pas ici le meilleur de son talent, il fait au moins montre d’un certain métier. Mis voilà, il ne ressort pas grand chose de cette histoire. D’aucuns expliqueront cet échec par le fait que le roman de Dard à la base du scénario n’est sans doute pas le plus marquant de son auteur, ce qui serait discutable. Nombre de films réussis et parfois importants se sont inspiré de livres mineurs. Il existe d’ailleurs un cinéaste spécialiste du genre, et pas des moindres, Stanley Kubrick dont les films sont pour la plupart des adaptations romanesques mais… de romans qui valaient davantage pour leur potentiel cinématographique que pour leurs qualités propres- à quelques exceptions notables toutefois telle « Lolita » de Vladimir Nabokov. En l’espèce Chabrol a loupé le coche, pour une raison ou pour une autre. Outre le possible manque d’intérêt réel pour son sujet évoqué plu haut, il s’agit peut-être d’une difficulté à traduire en images l’atmosphère vénéneuse des romans de Frédéric Dard, ce qui étonne de la part de Chabrol familier des bourgeois qui aiment à s’envoyer en l’air. Dans tout les sens du terme.
Au suivant.
« Le mari de Léon » de Jean Pierre Mocky (1993)
Boris, le mari de Léon du titre, est l’homme à tout faire de Léon. Mais qui est Léon? Un acteur de théâtre insupportable, égocentrique mais dévoué à Léon comme ce dernier lui est dévoué, couvrant toutes ses turpitudes. Y compris et surtout les pires.
A l’image du roman, glauque, désespéré, mais trouvant un sens de l’amitié même s’il s’exprime chez des individus pour le moins peu recommandables. Mocky réussit là ou bien d’autres ont échoué dans l’art de faire du Dard au cinéma. Il s’y était d’ailleurs frotté auparavant avec « Y’a-t-il un français dans la salle? » dix ans plus tôt mais avec plus de succès. Au sens plein du terme. Malgré le talent et son professionnalisme, Mocky souffre d’un budget étroit et la qualité du « Mari de Léon » s’en ressent parfois. Par ailleurs, le public ne se déplaça guère, le film n’obtenant aucun succès.
Néanmoins, il présente suffisamment d’attraits pour mériter une redécouverte. Pour finir, une anecdote: la bande-annonce amusante qui montrait Dard et Mocky déguisés en Sherlock Holmes avec en fond un homme au derrière nu. A cette image s’ajoutait la question cruciale: »Pédé or not pédé? » That is the question!
Le cinéma français (Et international!) les nanars.
Aujourd’hui: « Trop jolies pour être honnêtes » de Richard Balducci et « The vixens of Kung fu » de Bill Miling (1975)
Des femmes spéciales, entre Système D et arts martiaux sensuels….
Vous le savez, j’adore les raccourcis et les rapprochements improbables. Ce n’est pas aujourd’hui que je faillirais à ma réputation en vous présentant dans ce billet deux films dissemblables mais ayant en commun leur époque et le rôle qu’ils donnent aux femmes.
» Trop jolies pour être honnêtes » de Richard Balducci (1972)
Bon, d’accord, les plus cinéphiles d’entre vous me charrieront en citant un film du sieur Balducci. A raison. Richard Balducci, réalisateur phare de l’âge d’or de la comédie pouet pouet dont les titres de gloire se nomment « N’oublie pas ton père au vestiaire », « Prends ta Rolls et va pointer » (Délicieux diptyque mettant en valeur Jean Lefebvre) Ou encore « On l’appelle catastrophe » (Véhicule pour Michel Leeb dont la lourdeur des imitations d’africain agacerait jusqu’à Gobineau lui-même) voire son chant du cygne: « Y’a pas le feu » ode aux pompiers qui ne dut pas plaire aux intéressés. Dieu merci, le bougre s’en tint là (Il était temps!) pour se reconvertir dans l’écriture de livres sur l’astrologie.
Bon, et le film dans tout ça? D’accortes demoiselles dérobent leur butin à des truands à l’aide d’une longue vue. Elisabeth Wiener, Jane Birkin (Et sa poitrine) Bernadette Laffont et Emma Cohen font ce qu’elles peuvent, Carlo Giuffré (Vedette italienne de service, coproduction oblige) Gainsbourg et Daniel Ceccaldi aussi. Et ils n’y peuvent rien. Le film n’est rien, sous-produit d’un temps ou chacun tentait de donner le beau rôle avec plus ou moins de bonheur. Ici, le bonheur se fait attendre. Mieux vaut revoir les plus anciens mais autrement plus goûtus « Pas de souris dans bizness » ou « Les pépées font la loi » sur des thèmes similaires.
Au suivant!
« The vixens of Kung fu » de Bill Milling (1975)
Après cet intense effort intellectuel, un peu de détente avec ces « Vixens of Kung fu »D’aucuns ont pensé de ce film qu’il relevait de ces bandes d’action flirtant avec l’érotisme. En fait, il s’agit de tout autre chose, d’ailleurs, le réalisateur semble – mais est-ce volontaire?- prendre plaisir à balader le spectateur hors des attentes de ce dernier.
Donc, une femme se fait droguer puis violer. Elle se réveille avant de d’enfourcher le taureau par les cornes en rejoignant un phalanstère entièrement féminin dont les pensionnaires l’initient au Kung fu. Je rappelle à ce propos que le terme Kung fu signifie en chinois le « dur labeur » et il faut reconnaître au film d’illustrer le principe susmentionné avec beaucoup de justesse et de vérité. Oui, le labeur de ces femmes est DUR. Il n’y a pas que cela à être dur au cours de cette histoire moins riche en ébats qu’en combats. Ceux qui s’attendaient à des échanges de savates en seront donc pour leurs frais, devant se rattraper sur les parties ou les jambes en l’air ne servent pas frapper l’adversaire. Il paraît que cela se nomme du Kung fu sexuel, c’est nouveau, ça vient de sortir. Mais bon, n’en déplaise aux amateurs de savate, l’humour est au rendez-vous et donne à regretter que la chose n’ait pas été faite avec plus de soin, elle aurait ressemblé à une sympathique comédie classée X dans le genre du « Alice in wonderland » de Bud Townsend sorti à la même époque.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…