

Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: Billy Lee Riley.
Requins de studios, seconds couteaux, fines lames, hommes de l’ombre. Les musiciens qui officient derrière les chanteurs ramassent des noms d’oiseaux comme d’autres la monnaie sur les champs de courses (Enfin, ceux qui ont de la chance!) et font l’objet de l’ignorance, sinon du mépris du public. Pourtant, qu’aurait été Elvis sans Scotty Moore et Bill Black? Gene Vincent sans Cliff Gallup et Dickie Harrel?
En dépit de tout leur talent, les vedettes auraient du mal sans ces hommes qui jouent dans le fond de la scène. Si parmi ces derniers, certains restent attachés à la discrétion, d’autres s’affirment et font carrière sous leur nom. Ce fut la cas de Billy Lee Riley. Ce multi-instrumentiste -tout de même spécialisé dans la guitare- eut la chance de travailler pour le mythique label Sun Records, celui-là même qui lança Elvis, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, Carl Perkins, sans compter quantité d’artistes moins connus, voire obscurs. Mais toujours de qualité, ce qui a permis à Sun de gagner une réputation puis un statut de légende.
Outre les vocalistes plus ou moins connus, Sun abritait une équipe de musiciens maison qui accompagnaient les réguliers ou les simples passants et parfois sortaient leurs propres disques. Parmi eux, il y eut Bill Justis que j’ai déjà évoqué dans ces colonnes mais aussi un autre Bill, ou plutôt Billy, le Billy Lee Riley dont il est question dans cet article.
Billy Lee Riley laissa quelques titres fameux pour la firme du soleil « Trouble bound », « Rock with me baby » et surtout « Flying saucers Rock’n’Roll » écrit par Ray Scott affirmant la foi du musicien en l’existence des extraterrestres en même temps que Jimmy Guieu et bien avant Jean Claude Bourret. Précurseur!
Accompagnés de ses fort mal nommés « Little green men » (Ses musiciens n’étaient ni petits ni verts) il sillonna l’Amérique. L’heure du Rock’n’Roll une fois passée, Riley se reconvertit en accompagnateur de luxe notamment pour Dean Martin. Il poursuivit une carrière solo, versant dans divers genres (Soul, Country et Blues) se produisant régulièrement dans des lieux en vue tel le Whisky a Go go de Los Angeles.
Enfin, il profita du Rock’n’Roll revival des années 70/80 qui lui permit d’être mieux apprécié qu’à ses débuts.
A bientôt!



Le cinéma américain.
Aujourd’hui: « Hamburger film sandwich/The Kentucky fried movie » de John Landis (1977)
Anthologie parodiant la publicité, les programmes éducatifs, les journaux télévisés et les films de Bruce Lee. Entre autres choses.

« Hamburger film sandwich » – pour utiliser son titre français- avec ses délires satiriques et parodiques relève de ces comédies aux airs de fêtes folles qui essaimaient lors des années 70. Proche à la fois de « Faites le avec les doigts/The groove tube » de Ken Shapiro (1974) avec qui partage la structure en sketchs et le concassage des médias et de « Linda Lovelace for president » de Claudio Guzman pour son côté olé olé, il se distingue toutefois de ces derniers en cela qu’il est davantage ancré dans le cinéma. John Landis, son réalisateur, est en effet un cinéphile et truffe son film de références cinéphiliques directes ou indirectes. Parfois évidentes (« Pour une poignée de yens » qui met en boîte « Opération Dragon » avec Bruce Lee? « Cleopatra Schwartz » qui s’attaque à la Blaxploitation) parfois plus obscures (Le sketch de l’immeuble qui s’écroule qui évoque les films catastrophes) toujours présentes.
Ces références sont, encore une fois, parodiques et en regard de l’année de production du film, elles prennent une résonance particulière. 1977, autrement dit la fin des années 70, pour une parodie de quelques uns des genres les plus populaires de cette période mais qui,comme cette dernière, touchent à leur fin. Le film catastrophe, le film d’arts martiaux, la Blaxploitation, autant de type de cinéma dont la mort approche en cette ère Disco Punk, dominée chez nous par le Giscardisme.

Sans le savoir, Landis a réalisé une élégie à un cinéma mourant sans le savoir. Je n’en dis pas plus afin de ne pas gâcher le plaisir de votre éventuelle découverte. Deux mots tout de même pour vous mettre en appétit: un asiatique qui parle avec l’accent allemand vaut son pesant de moutarde ainsi que la chanson du générique qui devait inspirer un certain quatuor comique français bien connu!….













A bientôt!
Le cinéma français.
Aujourd’hui: « Un nuage entre les dents » de Marco Pico (1974)
Deux journalistes spécialistes de l’info poubelle toujours à l’affût du scoop croient en trouver un le jour ou l’un deux se persuade que ses enfants ont été enlevés.
Mal rasés et le cheveu gras, Philippe Noiret et Pierre Richard courent après une chimère dans un Paris à leur image: crasseux, entre visite d’un zoo et enlèvement d’un travesti, cuite homérique, hôpitaux, et chantiers douteux. Le tout entrecoupé des délires du directeur ( Claude Piéplu, excellent comme toujours) de la feuille qui emploie les deux gugusses susmentionnés, à qui la rédaction emboîte le pas avec enthousiasme.
Cracra. C’est le mot qui convient le mieux à « Un nuage entre les dents », aussi enfantin et peu élégant soit-il. Il n’est pas pour autant péjoratif, car il dépeint un Paris aujourd’hui disparu et, plus largement, constitue de par son âge un document sur uen époque et ses préoccupations. Enlèvements d’enfants, répressions des meurs supposément indécentes, et immigration clandestine dans ce cas précis. Il pointe également du doigt, et ce sans mépris aucun, les travers d’une certaine profession: le journalisme. L’opportunisme parfois dégoûtant (Quand Pierre Richard tente de prendre en photo une femme sur le point de se suicider) l’affabulation sincère (Le faux enlèvement des enfants de Pierre Richard) ou encore le manque de courage quand des intérêts sont en jeu (Quand Noiret renonce à publier son article sur le chantier douteux car ce dernier est trop proche des bureaux du journal ou il travaille)

Sans compter la complicité/rivalité entre les deux reporters. Mais encore une fois, le réalisateur Marco Pico ne méprise pas ses personnages, montrant à leur égard une réelle empathie et une reconnaissance de leurs qualités. En l’occurrence, l’acharnement et une passion pour leur métier, bien qu’en l’espèce celles-ci soient quelque peu déviées.
On notera par ailleurs les excellentes performances des acteurs. Outre celles de Richard et Noiret, il y a également les prestations de Piéplu (Déjà cité)Marc Dudicourt, Pau Crauchet et Michel Peyrelon, désopilant en travelo. Sans oublier la participation de l’éléphant échappé de son zoo.






« Un nuage entre les dents » avait suscité de grands espoirs, malheureusement déçus par ses faibles résultats commerciaux, ce qui relégua pour longtemps Marco Pico à son poste d’assistant-réalisateur. Non sans un certain bénéfice d’ailleurs puisque Pico supervisa la mise en scène du « Jouet » de Francis Veber ou figurait dans le rôle-titre une vieille connaissance de Pico: Pierre Richard. Pour l’anecdote, Pico fut engagé pour palier aux défaillances éventuelles de Veber dont c’était le premier film. A ce propos, Veber garda un très mauvais souvenir de sa collaboration avec Pico qu’il trouvait envahissant et autoritaire. Quoiqu’il en soit, Marco Pico se consacra ensuite à la télévision avant de revenir au cinéma en 1988. Il tourna le décevant « Savannah, la ballade » avec un Jacques Higelin en taulard évadé et surtout égaré qui enlève une gamine avec un comparse (Décidément, les enlèvements d’enfants ont l’air d’obséder Marco Pico) Afin d’être complet, je citerais les deux derniers films de cinéma de Marco Pico « La cavale des fous » (1993) ou Pico retrouvait Pierre Richard et enfin « Le dernier des pélicans » (1996)
Bon, c’est tout pour aujourd’hui, à bientôt!
Une photo olé olé en hommage à la Cicciolina, du temps de sa splendeur, avant la politique….


Le cinéma japonais.
Aujourd’hui: « La loi yakuza: mort par pendaison/Yakuza keibatsu shi: rinchi! » de Teruo Ishii (1969)

Trois histoires, trois époques, le XVIIIè siècle, la Belle-époque et la fin des années 60. Un seul thème: les châtiments que s’infligent les yakuzas en cas de violations des règles.
Le Yakuza-eiga fut parmi les genres les plus populaires du cinéma japonais tout au long des années 60/70. De nombreux réalisateurs s’y adonnèrent, certains même en firent leur spécialité. Surtout connu pour ses films érotico-sadiques (« Femmes criminelles » notamment) Teruo Ishii y toucha cependant devant moins cet éclectisme aux commandes des studios qu’à son goût personnel, en particulier avec la série « Line » au début des années 60. Cette dernière se caractérisait pour son ton particulièrement salé pour l’époque. Vous l’aurez compris, monsieur Ishii aime à provoquer. Aussi, lorsqu’il revint dans le monde des gangsters de l’archipel en 1969,soit un an après ses polissonneries violentes, Ishii ne se priva pas quant aux excès graphiques. « La loi yakuza… » est en effet un festival d’yeux arrachés, de chairs brûlées, d’amputations, amenant ce polar aux frontières de l’horreur.



Tout cela n’aurait qu’un intérêt limité si Ishii ne tirait parti de la répétition forcément inhérente au caractère de l’entreprise pour dire deux choses: d’abord la constance dans la cruauté, quelle que soit la période durant laquelle se déroulent les récits et ensuite, une dénonciation de l’arbitraire qui s’exerce dans le monde criminel. Enfin, et ce lors de la conclusion, Ishii révèle la fausseté des règles qui sous couvert de rigueur et de droiture cache en fait la seule loi qui vaille chez les truands: chacun pour soi, et c’est le plus rusé et le plus cruel qui l’emporte, pour paraphraser une formule célèbre.
Pour finir, il faut noter dans le premier sketch la présence de Bunta Sugawara, acteur fétiche de Kinji Fukasaku qui pour une fois ne joue pas un rôle contemporain.



A bientôt!
Le cinéma fantastique.
Aujourd’hui: « Videodrome » de David Cronenberg USA/Canada (1982)
Max Renn directeur jeune et dynamique d’ une chaîne de télévision privée versée dans le sexe et la violence reçoit un jour un programme émanant d’un correspondant anonyme: « Videodrome ». Sans générique ni crédit d’aucune sorte, ce dernier ne propose que des séances de torture pratiquées par des bourreaux masqués ans ce qui semblent être des caves aux murs d’argile rouges. Le choc infligé par cette vision n’est que le premier des bouleversements que va subir Max au cours du récit. Il va entre autre s’avérer que l’étrange émission va affecter non seulement la psyché mais aussi le corps de Max.
Eut un temps ou le statut de film culte parut enviable à de nombreux cinéastes. Autrement dit, un film ne trouvant pas son public dès sa sortie mais rassemblant des adeptes au fil des ans. « Videodrome » connut ce sort, essuyant un cuisant échec lors de sa sortie américaine en janvier 1983 avant de réunir un cercle d’admirateurs fanatiques. Pour autant est-ce justifié? Rempli d’images délirantes, énigmatique tout en l’étant moins que certains le dirent alors, « Videodrome » est de ces rares films à posséder un caractère prophétique. Il suffit pour s’en convaincre de prêter attention à l’histoire de ce directeur de chaîne un brin arrogant cobaye malgré lui d’une expérience qui le rend dépendant d’un programme sans forme mais flattant les pires instincts humains. N’est-ce pas ce qui est arrivé à bien regarder la place prise par la télévision puis par Internet dans nos vies?
Cela est vrai pour vous et moi qui avons d’abord vécu dans un monde ou cette technologie n’existait pas, mais prend une dimension encore plus forte chez la jeunesse née en même temps que cet environnement, lequel affecte parfois durablement leur psychologie voire leurs physique – voir à ce sujet les cas d’obésité dus à de trop longues heures passées devant les écrans. Sans compter la manipulation et l’exhibition inconséquentes que permettent ces nouveaux moyens de communication, causes de harcèlement et parfois hélas de suicide chez les plus fragiles.
Aussi les mutations monstrueuses subies par le héros du film apparaissent-elles désormais presque relever – toutes proportions gardées- du réel plutôt que de la fiction.
Un grand film, servi par d’excellents acteurs, à commencer par James Woods dans le rôle principal, Debbie Harry en psychologue qui renonce à ses principes après être tombée sous l’emprise u dangereux programme. La chanteuse débauchée de Blondie se révèle ici bien meilleure comédienne que lors de ses débuts peu convaincants dans « Union city », et ce bien que son personnage ait perdu de l’importance en cours de tournage au profit de celui de Sonja Smits dont Cronenberg tomba amoureux. Il ne faut pas non plus oublier les excellents effets spéciaux de Rick Baker qui servent l’histoire et non le contraire comme c’est trop souvent le cas de nos jours.
Enfin, il convient de signaler l’influence de « Videodrome » , notamment sur « Tetsuo » qui partage un traitement identique du thème des mutations monstrueuses, « Idiocracy » pour le thème de l’influence néfaste de la télévision sur les esprits, allant en l’espèce jusqu’à la crétinisation. Et bien d’autres.
Un grand film à redécouvrir d’urgence.





Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: Freddie « Fingers » Lee.
Ah, tonton Freddie! Comme le folkeux Graeme Alwright qui squattait avec constance les MJC catholiques, Freddie les doigts était un régulier des festivals de Rockabilly Revival des années 80, notamment chez nous sous la tutelle de Jacky Chalard qui, dévoué, fit chercher la moumoute du susnommé tombé dans la piscine de son hôtel. Mais trêve de plaisanteries, né Frederick John Chessman à Newcastle en 1937 fut d’abord un adepte du Skiffle, genre très populaire au Royaume uni avant l’explosion du Rock’n’Roll. Mais ce fut lors de cette dernière et via la prestation de Jerry Lee Lewis en terre des angles que Freddie eut son épiphanie. A travers les notes de piano martelées du natif de Ferriday, il entendit quelque chose comme « Fais du Rock’n’Roll, t’auras l’air d’un coureur! »
Ainsi une nouvelle vie démarra-t-elle pour le geordie (Nom donné aux natifs du nord est de l’Angleterre) qui accompagna Screaming Lord Sutch et bien d’autres musiciens, côtoya Ritchie Blackmore sans compter un paquet de célébrités, sillonnant les scènes locales et internationales, mais toujours dans l’ombre des autres. Certes, il enregistra avec son propre groupe « The upper hand » une poignée de simples dont l’excellente double face « Midnight race/ The storm » en 1965, dans un style énergique proche du white rock en décalage avec le ton de l’époque. Mais ce ne fut qu’en 1979 que sa carrière décolla vraiment. A noter pour finir qu’il fut l’un des porteurs de cache-oeil les plus célèbres du Rock avec son compatriote Johnny Kidd. Mais à la différence de ce dernier, il était vraiment borgne!





Célébrons aujourd’hui Sainte Claire D’Assise!
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…