

La casquette de moto, deuxième partie.
Dès qu’il s’ait de musique populaire, il apparaît en France une confusion entre les années 60 et 50. Et c’est bien normal, le Rock’n’Roll n’ayant trouvé de réel écho dans notre pays qu’à l’aube des sixties. Alors que sur ses propres terres, l’Amérique, le Rock était passé de mode, battu en brèche par les ballades des Bobbies et le Surf Rock (Genres que personnellement je ne méprise pas, l’un et l’autre contiennent d’excellentes choses) Ce qui contraignait les héros de l’ère précédente à se produire en Europe, en particulier Gene Vincent, ou à se contenter de circuits de seconde zone comme Jerry Lee Lewis, ou à changer carrément de genre tel Roy Orbison dont la mue en crooner fut l’une des plus réussie de cette époque, s’orienter vers la Country à la manière de Wanda Jackson. Ou se réfugier à Hollywood. Comme Elvis.
Toujours est-il qu’il arriva ce qui arrive souvent lors d’un changement d’époque, ce qui était admiré hier devient ridicule aujourd’hui. Il en alla ainsi de beaucoup de symboles telle notre casquette motocycliste. Elle qui fut rendu iconique par Brando dix ans avant devenait le symbole de la ringardise la plus crasse face à la jeunesse gentille et propre sur elle des film de plage avec pour icônes Frankie Avalon et Annette Funicello, initiée par « Beach party » de William Asher (1963) Ces derniers tournaient en ridicule le chef de la bande des « Rats » Eric Von Zipper (Interprété par Harvey Lembeck), grotesque version du Brando de « L’équipée sauvage » finissant toujours humilié à la façon du « Biff » de la série des « Retour vers le futur »


Cela dit, une bonne action n’étant jamais perdue, les « Beach party » eurent eux aussi droit à leur caricature lors du « Saturday night live » dans les années 70, célèbre émission comique présentant des sketchs en direct à la télévision. Dans le cas présent, l’un des acteurs phare du programme, en l’occurrence John Belushi, reprenait le rôle de Von Zipper entouré notamment de Carrie Fisher. Eh oui, la princesse Leia, également compagne de beuveries et de cocaine de Belushi, qu’elle vit d’ailleurs s’étouffer dans son vomi lors d’une fête fatale.

Toutefois, l’uniforme du motard fit l’objet d’intérêts autres que parodiques. Fétichistes, par exemple, de la part du cinéaste d’avant-garde et homosexuel tendance sadomasochiste Kenneth Anger. Ce qui donna le film « Scorpio rising » Anger, qui ne pouvait qu’éprouver de la fascination pour ces beaux garçons si bien habillés (Un clin d’oeil à Eddy Mitchell en passant) en trouva justement un qui accepta de se prêter à ses expérimentations visuelles. Il s’agissait d’un certain Richard McCauley qui se faisait appeler Bruce Byron en référence à James Dean dont le deuxième prénom était Byron. Ce qui permettrait plus tard aux exégèses de faire un lien avec le célèbre poète anglais.Bruce Byron n’en n’avait sans doute jamais entendu parlé, ses lectures se limitant aux bandes dessinées. Quant au choix de son pseudonyme, il s’expliquait par son admiration pour James Dean, sa deuxième idole après Marlon Brando (Décidément, pas moyen d’y échapper) Byron se laissa filmer lors d’une fête entre mais, lors d’une course de moto et dans diverses poses dans son appartement. A noter que la connotation gay de la chose fut ajoutée par Anger lui-même par sa manière de mettre en valeur son modèle. Ce dernier pour sa part, ainsi que les hommes qui l’entouraient, était marié et n’appartenait pas à la paroisse d’Anger.
Mais outre ces questions d’ordre privé, (Sans compter l’énorme scandale que suscita l’oeuvre lors de sa première à New York en 1963) la réelle valeur de « Scorpio rising » se situe ailleurs. Dans l’influence qu’il exerça sur toute une frange du cinéma. Martin Scorsese, Bob Rafelson, ou plus récemment Nicolas Winding Refhn. Son montage haché, ses gros plans insistants et surtout son usage alors inédit de la musique Rock ont laissé une trace indiscutable.



La garde de la méchante reine de « Desperate living » de John Waters (1977)

Nick Curran, figure du Rockabilly moderne.RIP.

Shia Labeouf dans « Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal »

Ode à la casquette de moto.
La casquette de moto, emblématique du Rock’n’Roll section vroum vroum, ou du bon usage du pot d’échappement pour faire chier mon voisin qu’est gendarme. Popularisée par Marlon Brando dans le film légendaire « L’équipée sauvage » elle fut immédiatement associée à l’image du beau voyou. Désormais elle appartient au musée comme diraient ces larves des Inrocks, et ramène à une délinquance d’un passé pas si doux, celui ou une certaine criminalité se formait au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, composée d’anciens combattants en mal de vie dangereuse. Ainsi émergèrent les gangs de motards dont l’acte naissance furent les émeutes de Hollister en 1947, et qui fut le sujet de la nouvelle de Frank Rooney « L’assaut des motards » qui elle-même donna naissance au script de « L’équipée sauvage » Mais au moins les loubards de cette ère n’usaient-ils pas leurs pneus sur le linoléum des centres commerciaux, n’est-ce pas Lola Quivoron?
Portée par le King et par des milliers d’anonymes, récupérée par le milieu homo, parodiée dans les hideux films de plage des années 60, remise au goût du jour par les punks via Joe Strummer puis par le regretté Nick Curran, ancien espoir du Rockabilly texan, la gapette motocycliste aura bien mérité de la patrie. Quant aux ricaneurs qui auront pour tout argument à opposer à cet accessoire un « C’est vieux! » digne de leurs cervelles déficientes, il faudra répondre que non, ce n’est pas vieux, c’est classique et, oui, le Rock’n’Roll ne mourra jamais. Enfin, je suggérerais à ces penseurs de rendre plus profonde leurs pensée en l’inscrivant au feutre sur une bouteille vide et de se la carrer dans les tréfonds de leur anus. Qu’on me pardonne d’être aussi vulgaire, mais ce soir je suis énervé.






Compilations Doo Wop. Choix étrange si on considère la douceur de la musique contrastant avec l’image « dure » du motard.





Rockers britanniques.


A suivre…
Hommage à Bruno Cuzzicoli alias Bruno de Pigalle, pionnier français du tatouage (Il fut d’ailleurs le premier dans son genre à être reconnu officiellement par l’état) et à un des plus fervents adeptes du dessin sur peau: le peintre et thuriféraire du fantastique Jean Boullet!







Descente dans la boite gay, un paysage familier du polar….
Une enquête c’est un peu un voyage qui emmène le policier dans des lieux et milieux divers et variés, parfois surprenants, parfois sordides. Le travail de Police cependant concerne souvent les marges de la société, les couches les plus pauvres de la population ou se recrutent souvent les criminels et les endroits susceptibles d’abriter des individus suspects aux yeux de la société. En un temps ou l’homosexualité même libérée demeurait mal vue, il n’était pas rares que la grande maison s’intéresse pour des motifs plus ou moins nobles aux lieux de rencontre gays. Et pas forcément la Mondaine. Le cinéma refléta cette réalité au point d’en faire un passage sinon obligé du moins fréquent. La descente ou la visite d’un bar peuplé d’homosexuels de préférence voyants (Allant de la folle au cuir) ajoutait du piment au récit et passe maintenant pour un cliché redondant, ou se regarde avec nostalgie. C’est selon.
George Peppard dans le rôle du privé malchanceux et ancien Marine « P.J/Syndicat du meurtre » de John Guillermin (1968) Ici, il prend un verre dans un débit de boissons réservé aux messieurs. Le calme avant le passage à tabac.

L’intérieur des bars visités par le présumé coupable traqué par Walter Matthau et Bruce Dern dans « The laughing policeman/ Un flic ricanant » de Stuart Rosenberg (1973) A noter que nombre des figurants ci-dessous n’étaient pas des acteurs.


« Cleopatra Jones and the casino of gold/Dynamite Jones et le casino d’or » De Charles Ball (1975) Ce Blaxploitation reprend le personnage de Cleopatra Jones, super agent noire envoyé cette fois en mission à Hong Kong ou elle affronte « The Dragon Lady » redoutable lesbienne détentrice d’un harem féminin. Entre autres choses.

Autre Blaxploitation, avec cette fois l’une de ses plus grandes stars, Pam Grier qui donne des leçons de marave à une lesbienne dans « Foxy Brown » de Jack Hill (1974) « Je suis ceinture noire Karaté » ‘Je suis ceinture noire de tabouret de bar » A noter que les méchantes blanches dans les Blaxploitation collaient souvent les timbres. Pa très intersectionnel tout ça!

« Passe devant, les dames d’abord! » Lance un Bébel gouailleur au peu avenant colosse qu’il saura remettre à sa place la seconde suivante. Une descente chez les cuirs (Sans doute inspiré par les pubs Eram? ») pour Bébel dans ce polar un brin usé « Le marginal » de Jacques Deray (1983)

Voila justement les danseurs de la publicité Eram. Pas encore celle avec « Elles sont complètement folles celles là! »

Dans « La corde raie/ Tightrope » de Richard Tuggle (1984) Clint Eastwood policier va à un rendez vous situé dans un mauvais lieu, fixé par le tueur et violeur (Et ancien flic qui plus est) qu’il traque. Il y rencontre un prostitué qui finira mal….


Photo extraite de « Police academy » (Je ne sais plus lequel!) Il fallait bien cela, le « Blue oyster bar » étant un des lieux fictifs les plus connus au monde!

Le trio de cuirs redoutable de « L’arbalète » de Sergio Gobbi (1984)

Pascal Légitimus aux prise avec des soupirants un peu collants dans « Le téléphone sonne toujours deux fois » de Jean Pierre Vergne (1985)

« Police! »Suite.
« American graffiti; la suite/ More American graffiti » de Bill L. Norton (USA, 1979)
Le destin de quatre jeunes américains à travers quatre Saint Sylvestre de quatre années différentes pendant les années 60.
Je passe rapidement sur cette suite improbable mais finalement habile pour me concentrer sur une séquence qui voit le retour d’un personnage déjà apparu dans l’opus précédent, Bob Falfa toujours incarné par Harrison Ford. Eh oui, Bob Falfa, l’homme au chapeau de cow boy qui lançait un défi automobile à Paul Le Mat. Il revient ici en flic réac qui malmène du hippie et montre que les anciens rebelles passent du côté du pouvoir dès lors qu’ils se font doubler sur leur gauche. Bon, au suivant!

« Pinot, simple flic » de Gérard Jugnot (France, 1984)
Pinot, agent de police ordinaire, un peu lâche, très gauchemais plein de bonne volonté se met en tête de sauver du trottoir une paumée tombée sous la coupe d’un proxénète de bas étage.
Là on est dans le registre « héros du quotidien » ainsi que dans une histoire de rédemption. Le Pinot du titre ne manque pas de défauts mais il a aussi des qualités, la première étant la lucidité. C’est cela qui le mène à vouloir se racheter et à accomplir sa mission. Enfin. Outre cet aspect psychologique, le film moins léger qu’il n’y paraît en cela que, sans trop appuyer, il montre le déclin de l’image du policier dans l’opinion publique.
A noter parmi les apparitions que compte la distribution, celle de Sim en photographe porno et Christophe Clark, grande vedette du X d’alors, dans le rôle de son modèle.


« Maniac cop » de William Lustig (USA, 1988)
Un policier tué en prison revient d’entre les morts pour semer la terreur.
Et pour finir, un crossover. Non, un hybride. Parlons français. Entre polar et fantastique horrifique. Comme souvent dans ce type de récit, l’homme revenu d’entre les morts joue le rôle de la mauvaise conscience et c’est particulièrement dans le cas de ce flic trahi par ses collègues, emprisonné puis assassiné par ses co-détenus. Un paria parmi les parias qui enfonce un peu plus le clou de la déconsidération dont ce métier fait l’objet. Et c’était particulièrement vrai à l’époque du tournage, quand New York était encore un coupe-gorge avant l’élection de Giuliani.
A noter une distribution quatre étoiles réunissant des gueules de la Série B américaine, Tom Atkins, Richard Roundtree, William Smith, et surtout l’interprète du rôle titre à la mâchoire surdéveloppée: Robert Z’dar!


Célébrons aujourd’hui Sainte Claire D’Assise!
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…