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Cet article est dédie à Hugo Jacomet!
Quand les borgnes font vendre.
Quel oubli impardonnable de ma part! Au cours de ma série sur les estropiés en tout genre ( Vrais ou faux d’ailleurs) j’avais oublié le plus vendeur d’entre l’homme à la chemise Hathaway, création du Svengali de la publicité Outre-Atlantique: Ron Ogilvy. Un gentleman moustachu au bandeau et à la vision monoculaire affichait l »élégance imparable de sa liquette en diverses situations, son oeil unique et complice fixé sur l’objectif. Ce qui prouvait que le borgne n’y perdait rien de son chic, incitant ainsi tout ceux pourvu de leurs deux yeux à l’imiter afin d’en jeter un maximum auprès de ces dames avec les madras et les tartans du meilleur goût anglo-saxon. « Eh les filles, visez un peu! » C’est vrai, quoi. En attendant, je vous laisse avec ces quelques images rappelant un temps ou bien s’habiller ne relevait pas de la délinquance et n’empêchait pas l’humour!






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Ode à la Ford Taunus.





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Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: Johnny Buckett.
Aimez-vous les caniches? Johnny Buckett les aimait. Il alla jusqu’à clamer cet amour le temps d’une chanson (Un Blues emprunté à Lightnin’ Hopkins semble-t-il mais passons) « Let me play with yo’ poodle », tardif Rockabilly (1961) représentatif de cette vague de musiciens qui s’accrochaient vaillamment à notre musique préférée, ou la pratiquaient avec un (grand) temps de retard comme ce fut le cas de nombreux chanteurs de Country, tel Johnny. Eh oui, Johnny qui déclarait sa flamme au caniche d’une dame en demandant poliment à cette dernière la permission de jouer avec son toutou aux (Je cite) « Longs poils hirsutes » Inutile de préciser de quel genre de caniche il s’agissait.

Mais qu’en était-il de Johnny Buckett proprement dit? Il s’appelait en réalité Johnny Chisenhall et était plutôt tourné vers la musique Country, il laissa d’ailleurs un titre assez fameux dans le genre, l’inénarrable « Hippie in a blunder », un bon doublé avec son morceau Rockabilly. Entre les caniches désirables et les hippies dans la sauce, l’homme avait décidément une inspiration variée. Cela ne l’empêcha pas de sombrer dans l’oubli jusqu’à la parution des compilations « Desperate Rock’n’Roll » dans les années 80, lesquelles le remirent à l’honneur.

Voila, c’est tout pour aujourd’hui, à bientôt, portez vous bien.

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Littérature française.
Aujourd’hui: « L’affaire Courilof » de Irène Némirovsky. (1932)
Alors que la monarchie russe vit ses derniers jours, un jeune bolchevique est chargé d’éliminer un ministre du Tsar tombé en disgrâce. Pour parvenir à ses fins, le jeune homme se fait passer auprès de sa victime pour un médecin. Sa cible est en effet un vieillard malade, ce qui n’ira pas sans susciter des troubles de la conscience chez celui qui doit l’assassiner.

Irène Némirovsky surprend par cette « Affaire Courilov » qui se rapproche sans le dire du roman noir. Oui, elle surprend elle qui était habituée aux chroniques acides du Grand Monde. Certes, ce court récit ne s’écarte pas vraiment de ce milieu mais là il y a un projet d’attentat dans l’affaire, et cela change les choses. On ne blesse plus à coups de disgrâces sociales, on ne ruine plus les fortunes. On tue. Je n’ajouterai pas « Tout simplement » car la tâche de Léon, l’assassin mandaté par les Bolcheviques, va s’avérer plus difficile que prévu. A ce propos, « L’affaire Courilov » offre une vision intéressante des rapports qu’entretient un tueur avec sa cible. Partant le coeur froid, déterminé à accomplir sa mission, Léon méprise d’abord le vieux ministre puis le prend en pitié en raison de sa maladie. De surcroît, le livre offre un éclairage assez rare sur la révolution russe en révélant la piètre opinion que les révolutionnaires avaient du peuple qu’ils étaient censés « libérer ». Il faut lire les pages ou Léon -qui est également le narrateur- évoque son enfance au milieu de « petits paysans bien stupides »

Un mot de l’auteur avant de finir, Irène Némirovsky (1903/1942) fille de financiers ukrainiens installés en France pour fuir la révolution bolchevique. Marquée par la culture et la littérature de son pays d’adoption, la jeune femme se découvre une vocation d’écrivain. Elle laissera une oeuvre faite de romans courts et de nouvelles satiriques. Elle mourut en déportation. L’histoire littéraire étant cruelle, elle recevra le prix Renaudot en 2004 pour sa fresque inachevée sur la débâcle française « Suite française ». Une journaliste fit alors remarquer que le jury attribuait sa récompense à un auteur défunt (Non, je n’écrirai jamais en inclusif, na!) parce que le niveau des vivants était trop bas. On ne saurait mieux dire. Et ça ne s’est pas arrangé depuis!
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Les soldats improbables.
Aujourd’hui: Siegfried « Kongo » Muller.
Ma récente série sur les uniformes m’a donné l’envie d’aborder le sujet des soldats improbables, et ce qu’il s’agisse d’unités ou d’individus. Pour l’inaugurer, j’ai choisi un des plus redoutables mercenaires de l’ère moderne: Siegfried Muller alias Kongo Muller, alias « Le tueur souriant ». Soldat de la Wehrmacht pendant la Seconde guerre mondiale ou il gagna une blessure au dos et une Croix de fer avant d’être captif des américains. Une fois libéré, il exerça diverses activités parmi lesquelles l’entraînement des troupes de l’OTAN à Paris, le déminage dans le Sahara (Histoire de dégager les cadeaux laissés par ses collègues de l’Afrikakorps) ou le gardiennage pour British Petroleum. L’Allemagne de l’ouest lui dénia le droit de rejoindre la nouvelle armée la Bundeswehr, ce dont il se consola en gagnant l’Afrique du sud au milieu des années 50.

Muller portait sa Croix de fer en permanence, ce qui lui valut d’être remarqué par un photographe au Congo.
L’Afrique…. (« Tu connais l’Afrique? » comme me demandait un abruti, mais passons!) l’Eldorado pour Muller pas encore Congo qui allait y trouver la gloire et la haine. La gloire au sein du groupe de mercenaires commandés par Mike Hoar contre la rébellion Simba au Congo, ce qui lui valut un grade de capitaine. La haine en raison des exécutions sommaires pratiquées par l’homme pendant son service. Figure honnie par le gauchisme en Allemagne de l’Ouest et par le gouvernement Est-allemand (Pas de jaloux!) lesquels firent très vite le lien entre le Nazisme dont Muller était un produit et la réaction envers l’anticolonialisme. D’autres par contre virent en Muller, et ce assez inexplicablement, une icône Pop du même acabit que celui des Rolling Stones. La littérature puis le cinéma s’en emparèrent, le romancier Wilbur Smith s’en inspira pour créer le personnage du capitaine Heinlein dans son roman « Le dernier train du Katanga », personnage interprété par Peter Carsten dans le film homonyme tiré du livre susmentionné.

Quoiqu’il en soit, je ne tirerai pas de conclusion quant à cette figure militaire. Je me contenterai de poser les questions qu’entraîne inévitablement ce genre d’individu. Celle de ce que permet la guerre, mais aussi celle de la célébrité qui ne manque jamais de fasciner, quelle qu’en soit la cause.
En attendant, à la bonne vôtre!





