Après une brève histoire d’amour, Jérôme se souvient de sa jeunesse.
Roman nostalgique qui multiplie les allers-retours passé présent, « Adios » est l’avant-dernière oeuvre de Kléber Haedens (Il faut exclure « La petite ferme » qui fut publié à titre posthume) et peut cependant être considéré comme son testament littéraire. En effet, ce livre d’un auteur d’âge mûr qui traite de la mémoire et des bilans que chacun peut tirer de son vécu a tout d’une sorte d’adieu (D’ou le titre! Bon, c’est facile d’accord!) Il concentre à travers les événements de la vie de son héros et les passions de ce dernier la propre existence romancée de l’écrivain. Rugby, Irlande, passions amoureuses, portrait des moeurs d’un autre temps et d’une famille décrite avec un mélange de tendresse et d’ironie.
Mélancolique, parfois drôle, poétique et presque lyrique, « Adios » est non seulement le dernier et magnifique galop d’un auteur mais aussi celui d’une génération littéraire, les Hussards dont il ne restera plus après le décès de Haedens en 1977 que Déon comme ultime survivant. Si les Lettres Françaises gardèrent encore quelques bonnes plumes après cela, elles ne furent plus tout à fait les mêmes. En moins bien.
Une banane imposante surplombant de non moins respectables lunettes noires, le tout meublant un visage pâle d’albinos qu’on devinait ingrat. L’homme ainsi masqué se tenait droit telle une statue, sanglé dans un costume aussi sombre que sa chevelure, portant une énorme guitare qui servait autant de glaive que de bouclier. Il chantait des ballades lyriques qui mêlaient le plus naturellement du monde le simple et le complexe dont la tonalité hésitait entre espoir et mélancolie. Ce qui en faisait les compagnes idéales des nuits des solitaires dans la chambre d’un motel perdu, comme des amoureux se recueillant devant l’autoradio au bord de la route de nulle part. Ce qui est au fond la même chose, car chacun sait que les amoureux sont seuls au monde.
C’est l’image que l’on garde (Enfin ceux qui s’en souviennent) de Roy Orbison. Celle qu’il s’était fabriqué au début des années 60. Il y a bien la dernière, celle qu’il adopta à la fin des années 60 et qu’il garda jusqu’à la fin de sa courte vie, celle de la coiffure en forme de casque. Mais l’homme en noir à la Pompadour en plein volume survivra à sa disparition. Quant aux mélodies qui le rendirent riche, lui permirent de battre les Beatles sur leur propre terrain, elles cachaient le Roy des débuts. Le rocker délivrant les électrochocs soniques « Domino » (Sans rapport avec André Claveau) « Problem child », « Mean little mama » , autant de titres passés inaperçus à leur sortie (Ceux qui y eurent droit toutefois) que les Cramps partagèrent bien plus tard avec le reste du monde.
C’était le Roy Orbison des années 50, qui trimait chez Sun côte à côte avec un débutant prometteur, Elvis, pas encore sacré roi qui vendit à Roy la moto qui coûta la vie à la femme de l’albinos. Le Roy qui était à la traîne de Johnny Cash, lequel multipliait les succès quant Roy n’avait à offrir que « Ooby dooby » pour tout potage dès lors qu’il lui fallait monter sur cène. C’était le Roy que le patron de Sun, Sam Phillips protégeait, considérant que la scène le détruirait. « C’était un artiste à écouter plutôt qu’à voir. » Déclarait le grand Sam à son sujet. Roy se montrait pourtant de bonne volonté, portant les mêmes couleurs vives que le King en devenir, sans an avoir le physique ni le magnétisme.
Ces années aussi ingrates que son air furent riches pourtant. Notamment en collaborations avec d’autres forçats du Rockabilly. Hayden Thompson avec lequel il créa le bien nommé « Rockabilly gal », Sonny Burgess qu’il accompagna sur « Find my baby for me », Ken Cook sur je ne sais plus quelle chanson. Il fut ami avec le gendre idéal du Rock’n’Roll Pat Boone avant que celui-ci ne se transforme tardivement en prêcheur Heavy metal chrétien. Il côtoya Buddy Holly aussi.
Puis s’achevèrent ces temps des costumes éclatants, riches en rencontres et pauvres en émoluments . Vint une ère nouvelle, celle des opéras miniatures, du noir pour vêture et des triomphes discographiques.
« Southbound Jericho parkway », titre sur lequel Roy opéra un bref virage psychédélique.
« So young », ballade que Michanlego Antonioni utilisa pour son épopée hippie « Zabriskie point » d’ailleurs cité dans la chanson. Le cinéma s’intéressa à nouveau à la musique de Roy en 1986 quant David Lynch se servit de « In dreams » pour son opus pervers « Blue velvet » Roy, homme très pieux, en fut choqué.
« Talon rouge. Barbey D’Aurevilly, le dandy absolu » de Arnould de Liedkerke.
« Prince de Ligne: Mémoires » Par le Prince de Ligne
Aujourd’hui, un sujet littéraire un peu particulier en cela qu’il est francophone et qu’il concerne deux pays la France et la Belgique. Voire les deux à la fois., via les deux livres présentés ici. »Talon rouge » biographie de Barbey D’Aurevilly par l’écrivain belge Arnould de Liedekerke et les mémoires du Prince de Ligne, figure de l’aristocratie d’Outre-Quiévrain. Si j’ai décidé de réunir en un même article ces deux ouvrages, ce n’est ni le fait du caprice, ni celui du hasard. Il existe en effet un rapport entre les deux sujets: l’admiration que portait Barbey D’Aurevilly au Prince (Dont ce n’était qu’un titre parmi d’autres)
« Talon rouge, Barbey D’Aurevilly le dandy absolu » est une biographie de celui qu’on nommait parfois le « Connétable des lettres ». Une biographie doit trouver un angle sinon origina, à tout le moins personnel, pour présenter quelque intérêt. Ou encore pertinent. C’est le cas ici, comme l’indique le titre, il s’agit de raconter le noble normand au travers de ce qui fut l’une des grandes passions de sa vie: le Dandysme. Ce dernier est un concept obscur incluant aussi bien l’habillement qu’une certaine attitude envers la vie. Lié au Romantisme et au dédain engendré par l’avènement de la démocratie et l’égalité supposée qu’elle prône, et donc de la médiocrité, le Dandysme continue à susciter les réflexions des intellectuels adeptes d’une idée que d’aucuns désignent sous le terme de « Sartorialisme » (Merci à Hugo Jacomet!) mais aussi d’autres plus intellectuels qui en voient la dimension existentielle. Le livre de Liedekerke établit le rapport entre ces différents aspects tels que Barbey les a vu et vécu. L’auteur livre ses réflexions personnelles sur la question, brosse des portraits savoureux de personnages hauts en couleur du temps de Barbey et dresse un historique des racines du Dandysme.
Cela me permet de faire le lien avec le second ouvrage, les Mémoires du Prince de Ligne.
Figure aristocratique à la fois militaire et mondaine (Il commença officier puis termina maître des plaisirs, ce qui devait inspirer plus tard Frédéric Dard, mais ce n’est pas le sujet) , Charles Joseph Lamoral 7è Prince de Ligne s’essaya à l’écriture, remplissant des pages sur des thèmes divers et variés qu’il décida de réunir en plusieurs volumes sous le titre de « Mélanges » Il les fit lire à Madame de Stael qui lui conseilla de n’en conserver que la matière nécéssaire à un seul livre. Madame de Stael a sans doute eu raison. De cette coupe claire (Et non coupe sombre) il résulte le portrait d’un siècle vif et léger, de personnages aussi considérables que pittoresques. Joseph II d’Autriche voyageant sous sa fausse identité coutumière de Comye de Falkenstein, Jean François Vock, avocat à l’origine de la constitution Belge dite « La joyeuse entrée » ou encore Kutuzov, futur vainqueur de Napoléon que tout le monde crut mort lorsqu »il perdit son oeil suite à un accident. Mine de renseignements sur un monde oublié à la langue élégante qui respire ce qui habitait le siècle de Ligne: L’Esprit qui fascinait tant Barbey.
Arnould de Liedekerke
Avant de finir, un mot de Arnould de Liedekerke. Spécialiste de la littérature du XIXè siècle et pilier du Figaro Littéraire. Outre « Talon rouge » on lui doit « La belle époque de l’Opium » étude parue en 1984.
Après le clownesque « Le gorille a mordu l’Archevêque » voici quelque chose de plus sérieux: « Coplan sauve sa peau » de Yves Boisset (1967)
Arrivé à Istanbul, l’agent Francis Coplan se trouve pris dans une série d’événements qui le mène jusqu’au repaire d’un mégalomane qui projette rien moins que de détruire le monde.
Quitte à établir une comparaison, « Coplan sauve sa peau » se démarque du « Gorille… » sur bien des points. La qualité globalement meilleure, l’originalité (Dans le traitement pas dans le sujet, mais j’y reviendrais) les moyens financiers, le talent…Mais tout cela peut se résumer en un mot ou plutôt en une date: 1967. Soit cinq ans après la pantalonnade de Labro. Cette dernière portait encore des codes des années 50. Le noir et blanc, le ton encore relativement rationnel et une proximité toujours assez forte avec le Film Noir. Ici, on en est loin. La couleur, l’argument Science fiction (Très affirmé dans ce cas, ce qui était assez rare dans l’Eurospy français, il est vrai que l’imaginaire pur n’a jamais été encouragé dans notre pays) et un ton plus « Auteur » qui, s’il est discret, est bien là et annonce les oeuvres futures du réalisateur.
Mais surtout, « Coplan… » est de ces films typiques de la fin d’un genre avec son caractère hybride, signe que les fusions sont toujours vu comme une bonne méthode de redonner un souffle à un filon qui s’épuise. Et, plus largement, la fin d’une ère dans le cinéma populaire. L’Eurospy respirait une candeur propre aux 60s, beau temps de la Guerre froide et d’une confiance absolue (Aveugle?) en la Science et la technique.
Travail de débutant, accompli à la fin d’une époque, « Coplan… » offrait à Boisset une certaine liberté et, il faut le dire, de la poésie. Sa collection de Gueules allant de Bernard Blier à Jean Topart en passant par l’ineffable Klaus Kinski et, surtout l’inénarrable acteur nain Roberto. Celui-ci retrouvera Boisset dans « Le saut de l’ange » également tourné en Turquie, ou notre petit ami remporta de nombreux succès auprès d’une gente féminine qui le prenait pour un gigolo! Ce qui tendrait à donner raison au groupe les VRP quant il chantait « Je voudrais être un nain… » je vous laisse compléter.
Une dernière chose avant de finir: « Coplan sauve sa peau » n’est devenu un Coplan que par commodité, le scénario original de Boisset n’incluait pas en effet le personnage et s’intitulait « Les jardins du Diable ». L’agent ne fut ajouté à l’histoire que plus tard à la demande du producteur Robert de Nesle (Futur roi du film érotique dans les années 70) qui ne croyait guère au succès du projet, le jugeant bon pour « les ciné-clubs ». Pourtant « Coplan sauve sa peau » obtint un succès honorable. Il encouragea sans doute la production de « La main noire » de Max Pécas ou figurait également Jean Topart et un acteur nain Alfred Baillou. Comme quoi, tout ne finit pas mal…
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…