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Le doublé optimiste de Dany Carrel et Serge Korber. Deuxième partie.
« La petite vertu » (1968)
Fred un jeune photographe tombe amoureux de Claire la pickpocket qui l’a détroussé puis tente de la (re)mettre dans le droit chemin, ce qui n’est pas si simple, Brady, l’ancien amant et « employeur » de la jeune femme rôdant encore autour de cette dernière.

Korber aimait décidément les récits ou l’amour rédime et élève A la promotion sociale par le sentiment de « Un idiot à Paris » succède….la promotion sociale par le sentiment de « La petite vertu ». Accompagné d’une rédemption. Le petit photographe qui ouvre son propre studio grâce à l’amour qu’il porte à une jeune et séduisante arnaqueuse, laquelle mène en retour une vie honnête en devenant chanteuse de cabaret. Ce détail a son importance en raison de la chanson interprétée par l’actrice (Composée par Georges Delerue et Jean Claude Massoulier) « Qui je suis… » qui traduit la fêlure intérieure de Claire. A la différence de la Juliette de « Un idiot à Paris » n’a pas d’identité définie. Un peu voleuse, un peu prostituée, un peu artiste, un peu compagne idéale, en tous cas déchirée entre deux vies et deux hommes, l’ange Fred et le démon Brady joué par un Robert Hossein à son plus inquiétant.
C’est par ce dernier que l’histoire se teinte de noirceur. Proxénète et escroc et néanmoins pugnace, Brady veut à tout prix compenser la perte que lui cause le départ de Claire. Mal lui en prendra. Plutôt que de payer la dette immonde que la fille doit à son protecteur, Claire préférera tuer Brady.
Bon, j’avais dit qu’il serait question d’optimisme dans cet article. Et je vous parle d’une ancienne p…., pardon une ancienne travailleuse du sexe (C’est bien Alexandre, tu deviens de plus en plus politiquement correct, bientôt tu pourras passer sur « Quotidien ») qui supprime son ancien patron. Eh bien malgré ce meurtre, malgré l’inspiration « Série noire » du scénario (Le film s’inspire de « But a short time to live », polar de l’auteur britannique James Hadley Chase) « La petite vertu » reste optimiste. Son amant, Fred la garde près de lui alors qu’il n’ignore rien ni de son passé ni de son acte. Une sorte de « Hauteclaire, le bonheur dans le crime » adapté au XXè siècle en somme.
Voila, c’en est fini de ce diptyque. En espérant qu’il vous aura plu.
A bientôt!
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Aujourd’hui: Le doublé optimiste de Dany Carrel et Serge Korber. Première partie.
» Un idiot à Paris » de Serge Korber (1967) et « La petite vertu » de Serge Korber (1968)
A la fin des années 60, Dany Carrel tourna deux fois avec un réalisateur débutant Serge Korber. Une comédie teintée de romance « Un idiot à Paris » puis « La petite vertu », une romance teintée de comédie et de drame criminel. Avec leurs différences, et outre leurs vedette et leur metteur en scène, les deux films partagent une fin heureuse. Ce qui les distingue du pessimisme fréquent en art.
J’ai trouvé intéressant d’établir un parallèle entre eux. Maintenant, sans plus tarder, commençons par:
« Un idiot à Paris »
Gouby, un simplet de village entreprend un voyage à Paris qui bouleversera son existence.

Inspiré du roman homonyme de René Fallet « Un idiot à Paris » appartient à une veine à la fois satirique et tendre. Ce récit d’un rebut méprisé par les habitants de sa commune qui trouve une revanche en changeant d’air permet de traverser deux milieux différents: une société villageoise ou tout le monde connait tout le monde, d’une part. Le monde des villes ou chacun se replie sur son monde ou sur soi-même. Korber les renvoie dos à dos tout en laissant un avantage à…la ville! Il rejoint en cela une tradition non avouée en littérature (Oui, en littérature, le film s’inspire d’un roman de René Fallet, très aimé du cinéma celui-là, voir « La soupe aux choux ») celle du paysan antipathique, depuis Zola dans « La terre » au « Tombeau aux lucioles » de Nosaka. Le grand écran ne fut pas non plus en reste avec notamment « Les patates » de Claude Autant-Lara – tourné à la même période. Les gens de la cambrousse y sont ici mesquins, fermés à la différence et prompts à marquer ceux qui sont différents du sceau non de l’infamie mais du mépris amusé et de la vexation permanente. Les citadins en revanche sont plutôt paumés ou alors….bienveillants. C’est d’ailleurs grâce à ces derniers que Gouby sort de sa condition de marginal crasseux. En fait, il s’agit presque d’un conte de fées, avec deux bonnes fées improbables: un patron des Halles Bernard Blier, truculent comme jamais) qui prend le campagnard candide sous son aile parce qu’il est lui aussi un enfant de l’Assistance publique et Juliette dite « la fleur » une prostituée (Dany Carrel, justement!) Comme l’annonce le résumé ci-dessus, le voyage de Gouby n’a pas pour résultat une initiation (New age, sors de ce corps!) mais une transformation. Et de la rencontre entre des êtres rapprochés par la marginalité -Le patron des Halles sort du ruisseau et la moderne hétaire qui, à l’instar de Gouby est à la fois méprisée et indispensable. Gouby offre sa force de travail, et Juliette, son corps.
Ce personnage est particulièrement intéressant en cela qu’il n’est pas que le cliché de la « Pute au grand coeur » car il est une force qui trouve en Gouby le moyen d’accomplir une bonne action en donnant à ce rebut de la cambrousse une dignité qui lui a toujours été refusée ainsi que celui de s’éviter le triste destin réservée aux femmes de sa caste dès lors qu’elles vieillissent. Ce n’est pas pour rien que le film s’achève sur un gros plan sur Juliette/Dany Carrel lorsque cette dernière répond à Gouby/ Jean Lefebvre après que celui-ci lui ait dit à quel point le travail de la terre était du: » Tu t’occuperas de la terre, pour le reste, fais moi confiance »
Une jolie réussite, soutenue par d’excellents interprètes (A ce propos, Jean Lefebvre ne fut plus jamais aussi bon, après il ne joua que dans des nanars et se mit à uriner dans les coffres de voitures) On y aperçoit un Pierre Richard débutant en flic et le tout est bercé par la très belle chanson de Jacques Brel « Les coeurs tendres »
A suivre…
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Aujourd’hui: Warren Smith

Il y a des artistes de la première chance. Il y a des artistes de la deuxième chance. Il y a des artistes qui ont un peu de chance. Il y a des artistes qui n’ont aucune chance. Warren Smith se rapprocha de cette dernière sorte tant les occasions heureuses lui furent refusées.
Pourtant, les choses ne commencèrent pas si mal pour Smith. » Rock’n’Roll Ruby » écrit par Johnny Cash eut son succès. » Ubangi stomp » écrite par un certain Charles Underwood également. Mais déjà le mal se dessinait dans ces deux titres. D’abord, ils n’étaient pas de sa plume. Ensuite, ils luifurent soufflé par Jerry Lee Lewis dont les qualités de styliste effacèrent ses versions. Pire, signé sur le mythique label Sun records que le Tueur et L’homme en noir, Smith enregistra beaucoup mais ne fut guère publié par le boss de la maison Sam Phillips. Pour achever ce tableau de la déveine, le même Phillips mettait en avant lors des tournées le Killer au détriment de Smith, provoquant l’ire de ce dernier qui en venait souvent aux mains avec Lewis.
Les années 50 s’achevèrent. Comme nombre de ses confrères rock’n’rollers Smith se tourna lors de la décennie suivante vers la musique Country. Pour autant il n’obtint pas davantage les faveurs du public. Au point qu’il se lassa, abandonnant toute activité musicale.

Jusqu’à ce que des discs jockeys européens s’intéressent à son oeuvre lors du Rockabilly revival des années 70. Ces derniers déterrèrent non seulement les 45 tours de l’ère Sun mais aussi les titres que le patron s’était bien gardé de publier. « Red cadillac and a black moustache », fantastique ballade rythmée, « I’m movin’ on », reprise testostérnée du classique Country de Hank Snow ou en encore « Dear John », magnifique chanson de rupture menée sur un rythme implacable. Et bien d’autres.
En regard de la demande du public suite à la sortie en albums des titres précités, des concerts devaient suivre. Les concerts suivirent, proposés à Smith qui forcément les accepta. Quelle ne fut sa surprise devant l’accueil des publics français ou anglais! Lui qui ne voyait là qu’un moyen de se refaire trouva une gloire qui avait jusque là toujours absente.
Il n’en profita guère. Il mourut d’un infarctus en 1980.
A bientôt!
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Aujourd’hui: « Les épées » de Roger Nimier (1948)
Le parcours de François Sanders, enfant de la bourgeoisie, de la guerre à la paix en passant par la Milice. Il est question de ses amours et plus généralement de ses vues sur le monde.

Roger Nimier, que j’ai déjà évoqué ici, fut une figure de la droite littéraire et un personnage flamboyant qui eut une fin aussi romanesque que pétaradante au volant de son bolide.
« Les épées » fut le premier roman de l’auteur, roman particulier en cela qu’il n’évite pas certains écueils propres aux premières oeuvres, notamment la complaisance, mais aussi parce qu’il s’apparente davantage à un poème qu’à un roman proprement dit. Une élégie au courage disparu des français suite à la défaite de 40, et des refuges que trouvèrent les rares encore épris de bravoure. Que ce soit dans la Résistance, la Milice ou autre… Mais Nimier ne se laisse emporter ni par la mélancolie ni par une admiration aveugle. Il ne se montre en effet jamais dupe des limites, de la candeur ou des vantardises des uns et des autres. Il fallait du cran pour aborder un tel sujet, et un esprit visionnaire. Aussi étonnant qu’il paraisse, de ce point de vue Nimier se rapproche de son exact opposé Jean Meckert (Egalement chroniqué ici) évoquant les travers de la Résistance dans « Nous avons les mains rouges » a cette grande différence près que Nimier, s’il ne nie pas le tragique, le traite avec un humour cynique. Enfin, et c’est en un sens curieux, Nimier se faisait précurseur d’une certaine littérature de témoignage (Dans les thèmes et non dans le style) qui apparaîtra vers la fin des années 60 et dont « Le rêveur casqué » de Christian La Mazière fut un des plus fameux exemples.
Malgré certaines faiblesses, et par son style empreint de lyrisme et de sarcasme, ces travaux de jeunesse annoncent un grand écrivain. En bref, à lire!





