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Nouvelle rubrique consacrée aux voitures étranges. La première de cette série: La Ford Edsel!
La Ford Edsel est désormais une voiture culte. Et comme tout ce qui est culte, elle fut en son temps un échec retentissant. « C’était bien visé mais c’est la cible qui a dévié! » se lamentèrent ses créateurs, furieux de voir se bananer un plan si bien élaboré. Car, oui, la Edsel était le fruit d’une longue rumination qui suscita le sarcasme plutôt que les ventes. L’objet était trop cher, trop gourmand, un ultime avatar des fantasmes des Fifties et de la conviction croissante que la publicité permettait de tout vendre. Un dernier avatar. Celui de trop. Ironiquement, Robert McNamara alors PDG de la firme décida de cesser la production du véhicule sentant venir le désastre. Ironiquement car dix ans plus tard, il ne montra pas la même sagesse une fois devenu ministre de la défense lors de la guerre du Vietnam.
Outre les aspects pratiques, certains invoquèrent des raisons parfois rigolotes pour justifier la déconfiture de la bagnole. Notamment sa calandre triangulaire qui évoquait un vagin. Pourquoi pas…Il n’empêche que de nos jours, des amateurs d’automobile rétro sont prêts à payer cher pour l’acquérir. Culte, vous dis-je!









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Aujourd’hui: Bobby Roberts.
Encore un dans cette rubrique qui sera parti sans laisser de trace autre que discographique. Quelques faces en 1956 et puis plus rien. Sans cela, Bobby Jack Roberts aurait sombré dans l’oubli. Les passionnés instigateurs de la série de compilations « Sin alley » déterrèrent dans les années 80 le furieux « Big Sandy ». Plus récemment, un certain Joseph présent sur YouTube animateur d’une chaîne consacrée à notre musique préférée a eu la curieuse idée de rendre hommage à divers artistes en chantant un de leurs titres sur…leur tombe. Il en fit ainsi sur la sépulture de Bobby Roberts. Etrange.



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La guerre pouet pouet.
Allez, histoire de se détendre, une galerie consacrée aux zéros de l’écran, ou parfois d’excellents comédiens touchaient de quoi s’offrir leur provende (Ou payer leurs dettes de jeu, n’est-ce pas Jean Lefevbre?) La comédie d’Occupation, sous-genre du film de bidasses, vestige d’un temps révolu ou cette malheureuse cinématographie subissait les foudres de la critique. Quand elle daignait en parler. Certes, ces films étaient ce qu’ils étaient et, surtout, ils annonçaient la fin de la comédie à la française, pour ne pas dire sa décadence. Toutefois, en regard de ce qu’est devenu l’humour tricolore, il est bien difficile de ne pas éprouver un pincement de nostalgie devant cet humour naif qui, s’il ne faisait pas toujours mouche, ne se moquait pas du public.
Alors, en avant mon adjudant, on reprendra du à l’ail et avant tout, voici en guise d’introduction l’affiche de ce film qui à la différence des autres présentés ici n’est pas un nanar, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire! Et puis Pierre Tornade et Robert Webber (Dont ce ne fut pas le seul film chez nous, soit dit en passant) sur la même affiche, ça ne se refuse pas! Ah encore une chose! Quand on vous demandera ce que vous avez fait pendant la guerre, vous n’aurez pas à répondre, je charriais de la merde…Euh non, c’est pas ça. Non, en conclusion, quelques images de « Papy fait de la résistance » le film qui, s’il n’a pas coûté plus cher que le débarquement, a tué ces comédies. « Et toi non plus tu n’as pas changéééééééé! »














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Dernière partie.
Pour finir, deux films maudits.
« Le franc-tireur » de Jean Max Causse (1972)
Michel Perrat, fils de collabo, quitte Lyon pour finir tranquillement la guerre loin de la ville. Installé dans le Vercors, il déchante rapidement, le danger le forçant à rejoindre un groupe de résistants avec lequel il devra se battre. Pour survivre.

Réalisé en 1972, « Le franc tireur » fit l’objet d’une interdiction de…trente ans! Cet ostracisme s’explique par les protestations d’associations de résistants qui trouvaient « Dégradant » le portrait de la résistance et, plus généralement, des français. En fait, il n’en n’est rien. Certes, il y a des scènes d’orgie et l’héroisme n’y est pas évident. Mais n’est-ce pas là la vie? Pas de lâches ni de braves, simplement des hommes soucieux de survivre. Le terme de « Survival » qui n’existait pas à l’époque s’applique pourtant à cette histoire tant dans la forme que dans le fond. Outre le suspense, il y a la question des situations que l’on subit. Perrat le franc-tireur subit en effet son sort, résistant malgré lui comme la Nanette du « Sauveur » était collabo sans le savoir. Toutefois, cette absence d’enjeu autre que la survie, n’empêche pas Causse de donner à son film un aspect proche du film d’aventures voire du Western, ainsi que certains critiques l’ont remarqué avant moi. Il tire à ce titre très bien partie des paysages superbes mais écrasants au cours de plans très larges appuyant la solitude des personnages.
Peu connu, mélancolique, évitant les leçons de morale et la facilité, conciliant la réflexion et une certaine forme de divertissement, « Le franc-tireur », sans être un grand film, aurait mérité mieux que ce sort aussi cruel qu’injuste.



« Lacombe Lucien » de Louis Malle (1974)
Est-il nécessaire de résumer ce film qui suscita en son temps l’une des plus grandes controverses de l’histoire du cinéma français au point que son réalisateur dut s’exiler quelques années aux Etats-unis? Allez, il faut bien que je sacrifie à l’exercice. Un jeune paysan en mal de frisson devient collabo suite au refus de son instit de l’inclure dans son réseau de résistance. Alors qu’il chemine avec ses nouveaux copains de la team kartofen, il se prend d’affection pour une jeune juive qu’il va sauver des griffes de ses potes vert de gris. Ce qui ne l’empêchera pas de subir à la libération le sort de nombre de ses pareils pauvres égarés ou vils opportunistes.

A la différence du « Sauveur » ou du « Franc-tireur », « Lacombe Lucien » bénéficia d’une couverture médiatique énorme, et pas forcément bénéfique à son auteur. Aussi, en regard de la masse de documents existant déjà sur le sujet, je serais bref. « Lacombe Lucien » partage avec les deux films précités en revanche le thème des hasards de la guerre et de leurs victimes. Tous ces personnages ont en commun d’être étrangers à l’Histoire, la grande Histoire, s’entend. La justice, l’idéal ou l’humanité n’entrent pas ou très peu dans leurs motivations. Pour Nanette, c’est l’ennui qui la pousse en toute innocence dans les bras d’un nazi, pour Perrat, c’est la survie. Pour Lacombe Lucien, c’est l’ennui, et ses désirs de garçon fruste qui l’amènent successivement à servir les occupants puis à se retourner contre eux pour les beaux yeux tristes d’une jeune femme.


De tous les films traités dans ce modeste dossier, il y a une exception: « Les guichets du Louvre » ou le héros agit par idéal et humanité. Néanmoins, il a ceci des communs avec les figures présentées par ailleurs, un pouvoir forcément limité – sinon dérisoire- face à la marche du monde.
Un dernier point afin de conclure et qui concerne la dimension idéologique de ces oeuvres. Depuis « Le chagrin et la pitié » qui avait initié avec « L’armée des ombres » un regard nouveau sur l’Occupation, l’envie de livrer un commentaire politique sur cette période s’affirma nettement. Elle n’est pas si évidente en réalité puisque le propos est d’abord d’exposer la complexité tragique d’une époque. Néanmoins de par le caractère du sujet, il est impossible d’éviter l’aspect politique. A ce titre, le monologue Horst Buccholz à la fin du « Sauveur » donne à penser: » Nous allons perdre cette guerre, mais les gouvernements de vos pays feront des choses bizarres, des choses que nous aurions pu ordonner » S’il est exact que les démocraties ne sont pas dispensées de commettre des actes moralement douteux ou condamnables, les pays dits « libres » ne peuvent être mis sur le même plan que les régimes totalitaires à la source de la seconde guerre mondiale, d’une part. D’autre part, ce genre de raisonnements présente le risque de créer des raccourcis pour le moins dangereux. Notamment celui de condamner toute l’histoire d’une nation en ne la jugeant qu’en fonction de ses « crimes » réels ou supposés. Cette démarche s’est d’ailleurs généralisée dans l’Education nationale ou les programmes d’Histoire ont fini par devenir une anthologie de l’autoflagellation. Un des derniers avatars de ce qu’il faut bien appeler cette idéologie est le livre de Cloé Korman (Une enseignante, comme par hasard!) « Tu ressembles à une juive » ou l’auteur dresse un parallèle entre la persécution des juifs sous le régime de Vichy et le sort fait aux jeunes de banlieue aujourd’hui, tout cela au nom de la supposée « vieille tradition de racisme de la France »
Je laisserai à chacun tirer ses propres conclusions. Ensuite il convient de ne pas faire un « haro sur le baudet » quant aux films chroniqués ici qui avaient rempli leur mission qui était de lever le voile sur les aspects dérangeants de notre histoire. Il va de soi qu’il doivent être enseignés et connus. Mais pas au point de tourner au masochisme ou au reniement de soi. Ce n’était pas, du moins à mon sens, l’intention de ces films. D’ailleurs le pouvoir du cinéma ne va pas jusqu’à modeler les opinions du public. L’échec des productions Disney de tendance « Woke » en est la preuve. Non, le cinéma reflète les réalités et, plus encore, les aspirations du public. Les cas évoqués dans le cadre de ce dossier, appartiennent à un temps de contestation et de remises en cause tous azimuts dont ils sont les échos. Mais avec mesure. Ce qui permet de les considérer comme des leçons d’histoire – dans les limites de leur genre- et en aucune façon des leçons de morale.
A bientôt!
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« Les guichets du Louvre » de Michel Mitrani (1973)
Alors que la « Rafle du Vel’D’hiv » est imminente, Paul, un étudiant, tente de sauver des juifs de cette mesure inique à la mesure de ses faibles moyens. Candide, maladroit et armé de sa seule bonne volonté, le jeune homme multiplie les échecs et les rebuffades jusqu’à ce qu’il tombe sur Jeanne, une jeune femme juive de son âge qu’il parvient à mener jusqu’aux guichets du Louvre ou, du moins le croit-il, elle sera en sûreté.
Inspiré par le roman homonyme de Roger Boussinot, « Les guichets du Louvre » fut probablement le premier film à traiter frontalement de la rafle qui eut lieu en juillet 1942 sur ordre du gouvernement de Vichy qui devançait les attentes de l’occupant allemand. Traitement frontal, oui, en ce sens qu’il ne fait pas mystère du sujet mais… sur un ton intimiste. Loin du grand spectacle éléphantesque de « La rafle » de Roselyne Bosch réalisé en 2010 sous le patronage du sieur Luc Besson, « Les guichets du Louvre » prend tout par le petit bout de la lorgnette. Centré sur cet étudiant aussi gauche que bien intentionné (Et quelque peu agaçant, le type est communiste, alors..), dépassé par ce flot humain aspiré par l’Histoire dans ce qu’elle a de plus monstrueux mais qui se relève toujours jusqu’au moment ou, enfin, il parvient à ses fins. Peut-être. Le rythme lent souligne le caractère inexorable de l’action que subissent les personnages, la musique discrète (De Mort Shuman, soit dit en passant) et la sonorisation proche du documentaire donne l’impression « d’y être » tout à fait en accord avec le parti pris du cinéaste de nous coller en permanence à son héros – ou plutôt au pivot de son histoire.
Très bien servi par ses interprètes Christian Rist en Paul et Christine Pascal en Jeanne qui ont la fraîcheur requise pour leurs rôles, Henri Garcin qui campe ici un personnage réel, en l’occurrence l’écrivain et soldat Ernst Junger, le film est un sans faute du point de vue du cinéma. A noter que Rist qui fut surtout un homme de scène, fera une autre apparition remarquée sur le grand écran dans « La question » de Laurent Heymann (Qui était assistant réalisateur sur « Les guichets du Louvre », comme par hasard) autre film traitant d’une plaie de l’histoire de notre pays: la torture lors de la guerre d’Algérie.



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Collabos, résistants, victimes et bourreaux. Quand la cinéma passe à la loupe les « Années noires ». Première partie.
La drôle de guerre, la débâcle, l’Armistice. La résistance, la Gestapo, la Rafle, la marché noir, les déportations. Les alliés, le Débarquement. Puis enfin la Libération. Le cinéma a, suivant les époques, traité ces thèmes de diverses manières. S’agissant de notre cinéma, il consacra quelques films à la gloire de la résistance ou des soldats qui avaient répondu à l’appel du Général De Gaulle. Ce fut « La bataille du rail » ou encore « Paris brûle-t-il? », voire de petits films tel le diptyque « La chatte » et « La chatte sort ses griffes ». Mais quelle que fut l’importance de ces oeuvres, elles montraient une France qui n’était pas ambivalente et tenait face à l’occupant. Il y eut certes « La grande vadrouille » qui égratignait le comportement des français sous le joug allemand avec ses résistants de fortune – et de hasard- mais, et ce en dépit de l’énorme succès du film de Gérard Oury, cela resta un cas isolé.
Une rupture se fit à la fin des années 60 avec « L’armée des ombres » de Jean Pierre Melville et le documentaire « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophuls qui dévoilent, qui les ambiguités de la résistance ainsi que les horreurs auxquelles elle était parfois contrainte de se livrer, qui les attitudes équivoques sinon condamnables de certains français sous l’Occupation. Sans le savoir ni le vouloir (Sans doute!) Melville ouvrit une porte aux cinéastes désireux de questionner l’attitude de nos compatriotes lors de cette période. Pour différentes raisons, allant de la dénonciation à une volonté de rendre un tableau plus nuancé que la vision plus ou moins officielle des événements et de leurs acteurs. Cette démarche fut favorisée non seulement par Melville mais aussi par le relâchement progressif de la censure et, plus généralement, par les changements qui s’opéraient dans la société suite à Mai 68. Pour le meilleur et pour le pire.
Sans plus tarder, commençons le voyage!
« Le sauveur » de Michel Mardor (1971)
En France occupée, Nanette, une jeune paysanne recueille Claude, un jeune homme blessé qu’elle prend pour un aviateur anglais. Une relation amoureuse se noue entre eux, pour le plus grand bonheur de Nanette qui croit ainsi jouer un tour à ses parents Pétainistes. La désillusion est pou le moins brutale lorsque l’adolescente découvre que son « Sauveur » est en fait un officier SS qui traque les maquisards locaux….que Nanette lui a livré à son corps défendant lors de confidences sur l’oreiller. Il en résultera le massacre des habitants du village et un traumatisme pour Nanette qui, une fois adulte et prématurément vieillie, se vengera de son ancien amant retrouvé par hasard.

Sorti discrètement puis longtemps oublié, « Le sauveur » dut attendre une reconnaissance méritée. Oui, méritée, car le réalisateur Michel Mardor met les pieds dans le plat avec une maîtrise remarquable qui donne à regretter qu’il n’ait pas poursuivi sa carrière. Il montre la sobriété indispensable à ce terrible sujet: la guerre du point de vue de ceux qui ne peuvent se défendre. Outre le massacre final qui fait évidemment référence à celui d’Oradour sur Glane (Ce qui était courageux alors, l’évocation de ce drame restant encore taboue à l’écran en ce début d’années 70 au nom de la « Réconciliation nationale voulue par De Gaulle) il y a la perte de l’innocence, la défloration par la guerre, probablement la pire de toutes. Laquelle transforme Nanette délatrice malgré elle et prouve que la candeur et la révolte peuvent mener à rejoindre contre soi le camp des bourreaux.
Annonçant autant « Lacombe lucien » de Louis Malle (Dont il sera question dans ce dossier, mais n’anticipons pas) que « Requiem pour un massacre » de Leon Klimov, « Le sauveur » mérite à coup sûr le titre de précurseur. A voir!








