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Retour sur le Néo-Noir. La mort du privé.
Aujourd’hui: « Syndicat du meurtre/P.J » de John Guillermin (1968) et « La valse des truands/Marlowe » de Paul Bogart (1969)
Bien qu’il soit, il faut le répéter, difficile de dater la fin du Néo-Noir, son acte de décès remonte en gros aux années 60 finissantes. Un signe qui pourrait en attester serait la mort du détective privé. Du moins sur grand écran. Mais je vais y revenir. Comme le disaient Raymond Borde et Etienne Chaumetton dans la postface de leur « Panorama du film noir américain » concernant le cinéma policier américain: » Désormais ce sera au flic de subir les pressions et les bain de boue..Le privé servait d’alibi aux péchés de la société, acceptant les clients douteux » Vrai. Mais pas tout à fait exact. Le flic corrompu, psychopathe, loin du chevalier blanc, existait déjà lors de l’âge d’or du Noir. Mais il subissait peu de remises en cause. Il va en être autrement à l’orée des années 70. Ce sera un changement de ton facilité par la disparition du privé, guide d’un monde secret qui avait toute sa place lors des décennies précédentes plus puritaines qui avaient donc besoin de cet intermédiaire entre la société normale et la marge.
Le privé disparut donc des grands écrans, n’y revenant que lors de parodies ou d’hommages nostalgiques. Mais avant cela, il fit ses adieux. Frank Sinatra se fendit du diptyque « Tony Rome (« Tony Rome est dangereux » « La blonde en ciment »)et le privé du petit écran « Peter Gunn » sauta le pas du grand le temps d’un film « Peter Gunn, détective spécial ». Mais surtout, il y eut deux films qui, pour diverses raisons, signèrent le mieux la fin d’une figure. « Syndicat du meurtre » et « La valse des truands ». Pourquoi? Lisez la suite, et vous saurez!
« Syndicat du meurte/P.J » de John Guillermin.
P.J (Peter Joseph) Detweiler, détective privé aux abois accepte de servir de garde du corps à la maîtresse d’un mystérieux millionnaire. Alors qu’il accompagne ces derniers aux Bahamas, il se rend compte que le couple illégitime compte en faire le dindon d’une farce de mauvais goût.

Privé pris pour bous-émissaire d’une machination, violence, passage à tabac, intrigue tortueuse. Tous les ingrédients d’un thriller classique sont ici réunis. Mais il en va du cinéma comme de la cuisine, la réussite n’est pas qu’une question d’ ingrédients. C’est aussi une question de préparation. John Guillermin, cinéaste britannique expatrié à Hollywood souvent sous-estimé, est à ce titre un chef. Il pousse dans leurs retranchements les figures de ce genre déjà ancien tout en l’adaptant à son époque, en l’occurrence les 60s période psychédélique. A ce titre, le réalisateur tire avantageusement parti des marqueurs de temps, avec la garde-robe très « Swinging London » du majordome et bien sûr la désormais culte séquence du club homo aux clients à bagouzes, dont le héros fera les frais. Mais au-delà de cet aspect esthétique, il y a une thématique que Guillermin exploite jusqu’à l’épuiser. De nobreux films de privé montrent un personnage désabusé, blasé mais qui continue malgré tout, poussé par la nécessité financière ou la vague croyance en une mission à accomplir. Là, le héros renonce à la fin du récit, faisant écho au Sinatra dégoûté, flic officiel du « Détective » de Gordon Douglas, sorti la même année que « Syndicat du meurtre », avec lequel il entretient de nombreux points communs.
Adieu d’un personnage à un mode de vie. Adieu à un personnage emblématique d’un genre. Mené de fort belle manière.

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Aujourd’hui: « Un singe en hiver » de Henri Verneuil (1962)
Gabriel Fouquet, jeune homme charmant, divorcé et alcoolique, débarque en plein hiver (Normal, vu le titre) dans une station balnéaire normande ou il doit venir chercher sa fille pensionnaire dans une institution de la région. Suite à une cuite mémorable dans un bistrot local, il rencontre Albert Quentin, un vieil homme. Ce dernier est également alcoolique…mais repenti. Une relation père/fils se noue entre eux.

Une histoire de rêveurs. Des rêves d’Espagne pour le jeune parisien, des nuits de Chine pour le vieux normand. Une histoire d’enfance. La vraie, celle de la fille de Fouquet dont le père n’ose pas se présenter quant il vient la chercher dans son pensionnat. Et l’enfance qui ne veut pas mourir. Entre corridas de bistrots, souvenirs d’une Chine rêvée et feux de Bengale sur la plage. Autant d’aveux d’une nostalgie d’un ou tout est possible, de diversions aux pesanteurs de l’âge adulte et de l’extrême de celui-ci: la vieillesse. Mais les retours en enfance sont toujours brefs et le cours de la vie doit reprendre. Comme ce train qui s’éloigne de Jean Gabin, vieil homme prêt à entrer dans son long hiver, assis sur le banc d’un quai de gare.

Jean-Paul BELMONDO (Gabriel Fouquet), Jean GABIN (Albert Quentin), Noël ROQUEVERT (Landru) Réalisation: Henri VERNEUIL 

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Rock’n’Roll cowboys, fin.
Skeets Mac Donald.
Encore un chanteur de Country précurseur du Rock’n’Roll mais qui échoua à convaincre quant explosa la musique pour laquelle il avait ouvert la voie. Enos Wiliam Mac Donald naquit en 1915 dans l’Arkansas et dut pour survivre, parallèlement à son activité musicale, migrer à Detroit pour gagner sa vie dans l’industrie automobile, ainsi que tant d’autres natifs du Sud. Il développa cependant un style personnel dont certains éléments annoncent l’avènement du Rock’n’Roll : tempo rapide, piano bastringue et violon cajun. Il utilisa cette formule en 1952 avec ce qui fut un de ses plus grands succès « Don’ let the stars get in your eyes ». Ironiquement, il s’agissait d’une reprise d’un titre écrit par Slim Willets. C’est sans doute ce qui persuada son label Capitol à l’inciter à se lancer dans le Rock en 1956. Cela donna deux titres « Heartbreakin’ mama » et « Yououghta see your grandma rock » de la plume de Harlan Howard avec un Eddie Cochran émergeant à la guitare. Hélas, ils ne trouvèrent pas leurs public, peut-être en raison de l’âge de Mac Donald, ou parce que ce dernier n’avait pas pris de pseudonyme à l’inverse d’autres chanteurs de Country versant le temps d’un disque vers le balancé-roulé, tel George Jones. Caramba, encore raté!

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Rock’n’Roll cowboys, suite.
Aubrey Wilson « Moon » Mullican.

Voila un artiste que les djeuns qualifieraient de ‘Vieux ». Vieux et pour cause! Il était né en 1909 au Texas, royaume des ploucs selon les snobs mais aussi d’excellents musiciens. Dont Moon Mullican, qui hérita de son surnom pour des motifs sur lesquels personne n’a jamais réussi à se mettre d’accord. Pour les uns, c’était à cause de l’alcool de contrebande (« Moonshine ») qui circulait dans endroits ou le musicien se produisait. Pour les autres c’était en raisons de ses performances qui se prolongeaient jusqu’à tard dans la nuit. Il est vrai que sa vie fut un roman, une vie de pianiste commencée très jeune dans les débits de boissons plus ou moins frelatée (Moonshine » on y revient!) , quand ce n’était pas les bordels. Mais quid de sa musique? Il fut un précurseur du Rock’n’Roll dans les années 30/40 en tant que pratiquant du style – qu’il contribua à forger- « Hillbilly bop » Autrement dit, une Country rythmée empruntant au Jazz et au Blues afin de faire danser un public de lieux festifs (Et parfois louches!) désireux de se dégourdir les jambes. Un parcours qui ne déparerait pas dans « Les reivers » « La petite » ou « Honky tonk man »
Et ça marchait. Au point de donner des idées à certains. Comme le jeune Jerry Lee Lewis, lequel revendiqua toujours l’influence de Moon. Il est vrai que le jeu du natif de Louisiane devait beaucoup au natif du Texas, dans le toucher, les glissandos caractéristiques des pianistes du sud des Etats-unis.
A la fin des années 50, Moon enregistra des faces Rock’n’Roll – qu’il avait contribué à créer- dont le merveilleux « Seven nights to rock ». Mais sans succès, au point que son producteur, le magnat de Nashville Owen Bradley, l’incita à revenir à son style d’origine. Moon quitta ce monde pour jouer du piano au Paradis en 1967.
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Aujourd’hui: Rock’n’Roll cowboys.
Il fallait bien en parler un jour dans cette rubrique: l’influence de la Country sur notre musique préférée. Après tout, le Blues et la Country furent les influences du Rockabilly, mais si le Blues a souvent été évoqué, il en va autrement de la Country, et ce en dépit des travaux de Michel Rose (Voir son excellente « Encyclopédie de la Country et du Rockabilly ») Hank Williams avec « Honky tonkin’ » ou « Move it on over » (Qui fut repris par Bill Haley) posait les bases du genre. Mais il est un aspect rarement objet de commentaires et pourtant connu: les artistes Country qui ont versé dans le Rockabilly. Au moins pour un temps.
Dans cet article, c’est de ces musiciens qu’il sera question. Ceux qui ont été à la source de la révolution musicale des années 50, et ceux qui ont pris le train en marche.
Sidney « Hardrock » Gunter natif de Birmingham Alabama devait son surnom à une mésaventure qui faillit lui coûter cher, en l’occurrence la chute d’un énorme caillou sur le coffre d’une voiture sous lequel le chanteur se trouvait. Ses amis épatés par cette résistance le surnommèrent « Hardrock » (Ils trouvaient sa tête dure comme la pierre) , un sobriquet qui valait mieux que le précédent « Goofy Sid » (Sid le niais) et en plus, ça faisait un bon nom de scène. Plus sérieusement, après son succès Country en 1950 (Son seul vrai succès commercial, soit dit en passant) « Birmingham bounce » il fut un pionnier. En effet, il reprit sur le label Decca le standard du R’n’B « Sixty minute man », fusionnant ainsi la Country avec la musique noire. Et créant de fait un proto-Rockabilly. Il passa ensuite en 1953 sur le mythique label Sun ou il laissa le double-face « Gonna dance all night/ Fallen angel »(Plus « Juke box help me find my baby », semble-t-il inédit) ou il enfonçait le clou planté lors de son précédent disque. Puis, il alla de label en label, enregistrant quelques perles du même tonneau telles « I’ll give ’em rhythm » ou « Boppin’ to grandfather’s clock ».
Prolifique mais passablement ignoré lors de sa période d’activité, il connut comme tant de ses confrères un regain d’intérêt lors du Revival Rockabilly des années 70/80. Mieux vaut tard que jamais!
A suivre!….





