Un jeune homme, Hector, voit le jour même de son mariage Cordelia, sa future femme, lui échapper. La chose est d’autant plus choquante que les deux amants semblaient liés par un amour indéfectible. Il apparaît bien vite qu’il y a à origine du drame l’influence d’un certain Patrick, artiste anglais passé maître dans l’art de l’hypnose. S’amorce alors pour le coeur de Cordelia une confrontation entre les deux hommes ou le surnaturel sera présent.
Duel, catastrophes à l’opéra, métempsychose et amour. Il y a dans « Le coeur cambriolé » du « Fantôme de l’opéra » et du « Un homme dans la nuit » et même un peu de « La poupée sanglante ». Loin du cynisme de « L’homme qui revient de loin », Gaston Leroux ne joue pas avec le lecteur, faisant la part belle aux sentiments et assumant pleinement la dimension fantastique du récit. Il s’agit d’un très beau roman, riche en action autant qu’en émotion, qui n’est pas sans rappeler certains textes de Théophile Gautier. A lire? Absolument!
Aujourd’hui: Coup de chapeau à Gaston Leroux »L’homme qui revient de loin » (1917) et « Le coeur cambriolé » (1922)
Et voila, deux Gaston Leroux pour le prix d’un, qui sont des variations bien différentes sur le fantastique écrits à cinq ans d’intervalle. Commençons par « L’homme qui revient de loin’.
André Munda de La Bossière confie dans l’urgence la gestion de son usine et son château à son frère Jacques. André disparaît, demeurant cinq ans sans donner signe de vie. Jusqu’à ce qu’un spirite annonce sa mort. C’est le début d’une série d’événements va secouer la famille jusqu’à la résolution de l’énigme.
Disparition, spiritisme, mystère….et surtout doute sur le caractère surnaturel des événements vécus par les protagonistes. Le récit est bien mené, comme toujours chez Leroux, riche en rebondissements et volontiers satirique. A ce titre « L’homme qui revient de loin » est l’un des romans les plus acides de l’auteur, et qui, contrairement à d’autres, n’est pas sauvé par l’amour. La plupart des personnages, sinon tous, sont motivés par l’égoisme, la lâcheté, au pire, les remords au mieux. Le traitement des personnages est donc particulièrement cynique…et celui réservé aux lecteurs. Du moins ceux qui espéraient un roman fantastique. Un vrai. Il n’en est rien, hélas, la clé du mystère se révélant des plus rationnelle.
« The Killing/L’ultime razzia » de Stanley Kubrick (1956)
Johnny Clay (Sterling Hayden), truand fraîchement libéré monte un nouveau coup qui porte sur la caisse d’un champ courses hippiques. Hélas pour lui, ses complices, gens par ailleurs honnêtes, ne sont pas des plus fiables.
Voila donc pour conclure ce sujet ce film de Stanley Kubrick qui, bien que dans le thème, se distingue des deux précédents pour deux raisons. D’abord parce que s’il traite bien de violence, il ne s’agit pas de la même. Pas de celle acceptée par la société comme celle du sport dans « Plus dure sera la chute » ou la guerre comme dans « Attaque ». Non, là, il est question de violence de droit commun puisque on est dans un film de casse. Ensuite, parce que contrairement aux deux autres, « L’ultime razzia » n’est pas l’oeuvre d’un réalisateur débutant. Avec « L’ultime razzia », Kubrick en est certes à son troisième opus…mais seulement à premier projet professionnel. Après l’amateur « Fear and desire » (Dont Kubrick traqua chaque copie tant il en souhaitait la disparition) et le semi-professionnel « Le baiser du tueur », « L’ultime razzia » le plonge dans le bain et s’apparente à une de ces Série B que les studios confiaient aux jeunes réalisateurs afin que ceux-ci fassent leurs preuves. Tout y est à la vérité: film de genre (Un Noir en l’espèce) petit budget et seconds rôles que l’on nommerait en France des « Emplois » et aux Etats-unis des « Character actors ». En l’occurrence des gueules: Jay C. Flippen, Elisha Cook, Tim Carey et Marie Windsor (Spécialiste des rôles de femmes de caractère, c’est à dire insupportables) Et en maître de cérémonie, un pilier du genre: Sterling Hayden qui reprend un rôle de braqueur proche de celui qu’il tenait dans « Quand la ville dort » mais avec du galon cette fois, puisqu’il est l’instigateur du coup. Le petit gars des prairies a grandi…
Il est vrai que « Lultime razzia » en raison de son thème et de son acteur principal partage des similitudes avec le film de Huston. Auxquelles on pourrait ajouter l’échec du casse. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Car les causes ne sont pas les mêmes. Chez Huston, elles étaient caractérisées par les faiblesses des protagonistes: sottise, obsession sexuelle ou sentimentalisme. Il en va autrement chez Kubrick et ce bien que ces casseurs pour la plupart néophytes soient eux aussi affligés. En particulier le personnage de Elisha Cook, malheureux qui trime pour sa femme plus jeune que lui (Marie Windsor, tiens, tiens!) et qui plus est infidèle. Sans parler du tireur d’élite joué par Tim Carey au racisme pathologique. Non, tout capote mais pas à cause des erreurs de ces égarés qui ne détruisent qu’eux-mêmes. Non. C’est la fatalité qui est la cause de tout. Elle a même son messager, un ancien catcheur et nouveau joueur d’échecs (C’est bienvenu, vu le contexte!) joué par Kola Kwariani (Sportif géorgien dont ce fut la seule apparition à l’écran et qui était vraiment catcheur et joueur d’échecs) ami de Johnny Clay qui prévient celui-ci du danger qui guette les hommes qui font profession de truand. Il va jusqu’à le comparer à un artiste qui devrait se retirer au bon moment. Ce que ne fait évidemment pas Johnny dont le casse échouera pour une bêtise. Autrement dit la fatalité. Dont il est permis de se demander si les hommes ne la choisissent pas.
Cela pourrait s’appliquer aux trois films chroniqués ici. Trois films centré sur la violence et, en creux, la fatalité qui semble la provoquer.
A bientôt!
Colee Gray et Sterling Hayden
Vince Edwards
Marie Windsor
Jay C. Flippen
Kola Kwariani
Le masque de clown de Sterling Hayden, comme un avant-goût de celui de Malcolm Mac Dowell dans « Orange mécanique »?
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…