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Souvenirs de l’année 1980: Sexe, psychiatres et perversions. Deuxième partie.
« Pulsions/ Dressed to kill » de Brian de Palma.
Une femme d’âge mûr et qui plus est mariée travaillée par sa libido sort de chez son psychiatre. Elle drague un inconnu dans une galerie d’art (C’est instructif, on comprend enfin pourquoi les gens se ruent vers les galeries d’art moderne) Après s’être envoyée en l’air, elle le laisse roupiller quand elle se rend compte qu’elle a oublié son alliance chez lui. Elle revient sur ses pas, récupère sa bague au doigt pour découvrir dans la foulée une lettre qui lui révèle que son amant d’un jour a une maladie vénérienne! Beurk! Elle prend ses jambes à son cou, se précipite vers l’ascenseur et là patatras! Une grande blonde lui fait avaler son extrait de naissance à vigoureux coups de rasoir. Heureusement, une prostipute qui passait dans le coin a tout vu, l’enquête peut donc commencer!
Avant d’en venir à la critique proprement dite, il convient de gâcher le plaisir des maniaques du spoiler: le psychiatre de la nymphomane mal assumée et la blonde assassine sont en fait la même personne, jouée par le même acteur, en l’occurrence (le futur sir) Michael Caine, ce qui est d’autant plus drôle que ce dernier fut longtemps une icône de la virilité british. (I’m straightforward heterosexuality) Ceci posé, et ce en dépit du caractère prévisible de son intrigue, « Pulsions » présente un certain intérêt socio-psychologique. D’abord, il partage avec « Cruising » et « Fenêtres sur New York » un personnage dangereux appartenant à une minorité sexuelle. Encore une fois, il ne s’agit pas pour De Palma d’associer danger et différence mais de montrer les éventuelles dérives qui touchent les minorités. Et accessoirement donner un prétexte à une histoire. L’autre point intéressant est la référence aux MST qui semble annoncer le SIDA dont l’existence va s’affirmer l’année suivante. Enfin, il y a le fait que le vilain soit un psychiatre. Si ce n’est pas une nouveauté en soi, c’est la première fois en revanche c’est la première fois que la charge envers cette profession est à ce point agressive. Bien souvent, le psy au cinéma était présenté sous un jour favorable, notamment chez Hitchcock. La psychiatre providence du patient amnésique de « La maison du docteur Edwardes », ou le praticien très pédagogue de « Psychose ». En France, on aura un équivalent avec l’onctueux jivaro de « Peur sur la ville ». Bref, docteur psycho savait tout, expliquait tout, il sauvait et ne se trompait jamais. Même la génération hippie le récupéra, l’ajoutant à sa panoplie destinée à « ouvrir son esprit » (Souvenez vous: « Libère ton esprit, ton derrière suivra ») Or ici, le psy est schizophrène au sens premier du terme: sa main gauche ignore ce ue fait sa main droite. Brrrrrrr.


« Phobia » de John Huston.
Un psychiatre créateur d’une thérapie destinée à soigner les phobies voit ses patients tomber comme des mouches. Il est bientôt soupçonné. Bien sûr il est coupable. Et d’ailleurs il ressemble à Starsky. Tellement que c’est lui.
Bon, j’ai la flemme et, pour tout dire, j’ai cité ce film afin de compléter. Nanar volontaire de la part de John Huston (qui récidivera l’année suivante avec son épopée footballistique « A nous la victoire ») tellement désastreux qu’il ne fut diffusé aux Etats-unis que sur la télé câblée. Et n’eut droit u’à une sortie tardive chez nous en 1983. Allez, afin de conclure les quatre films illustrant ce dossier constituent la fin d’une époque au cinéma. Ils exposent les désillusions et son corollaire l’amertume suite aux promesses parfois trahies des utopies des années 60. Et ils sous-entendent l’angoisse qui suit inévitablement les réveils douloureux. Cette angoisse, c’est l’ennemi intime. L’amant ou le confident qui se transforme en tueur ou porteur de maladie comme l’inconnu de « Pulsions ».
Le SIDA n’avait plus qu’à apparaître….

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Aujourd’hui: Souvenirs de l’année 1980; sexe, psychiatres et perversions.
1980, drôle d’année. Selon le calendrier, les années 70 sont terminées. Dans les faits, ce n’est pas tout à fait exact un chiffre au compteur ne fait pas le changement d’époque. Il faut deux ans pour liquider une décennie, aussi les films dont il sera question participent-ils à cette entreprise. Les années 70 furent celles de la libération des moeurs, or la fin de cette même décennie vit apparaître quelques oeuvres qui questionnaient cette porte ouverte (Qui ne l’était peut-être pas tant que ça, mais c’est un autre sujet) « Hardcore » le polar de Paul Schrader qui chargeait contre le porno, et « A la recherche de monsieur Goodbar » de Richard Brooks qui lui s’en prenait aux bars à célibataires. Ces films avaient des allures de gueules de bois après la cuite et annonçaient par la même que ce d’aucuns nomment « La parenthèse enchantée » allait se refermer.
Les quatre films qui suivent prennent en un sens la suite de ceux cités plus haut en cela qu’ils désacralisent la liberté sexuelle, les droits de ce qu’on appellera plus tard les LGBT et…les psychiatres. Beaucoup parmi eux suscitèrent la controverse voire le scandale. « Cruising », plongée dans le New York homo prè-SIDA, « Fenêtres sur New York » et son harcèlement lesbien, ou « Phobia » un brin dubitatif sur les thérapies expérimentales. Tous, réussis ou ratés, avaient de quoi déplaire
Vous allez comprendre pourquoi.
Encore une chose avant de commencer: NE M’EMMERDEZ PAS AVEC LES SPOILERS. C’EST MON BLOG, JE FAIS CE QUE JE VEUX!
Voila, c’est dit.
« Cruising » de William Friedkin.
S’il est un film qui sentit le souffre, ce fut bien « Cruising ». Et ce avant même qu’il fut terminé. Sombre enquête sur des meurtres en série d’un policier en immersion chez les gays tendance Village people, le film de Friedkin s’inspirait d’un livre du journaliste Gerald Walker lui-même basé sur des faits réels survenus dans les années 60. Déjà, l’ouvrage en question avait été mis à l’index par la communauté gay qui le qualifia de (Je cite) « Parfait petit manuel du tueur de pédés » Il était donc logique que le Landerneau rose s’agite, ne reculant devant rien pour discréditer le film et surtout pas à envoyer ses troupes en plein tournage.
Pour faire vite, « Cruising » (Parfois intitulé « La chasse » en France) décrit trois choses. D’abord le parcours d’un homme confronté à un monde qui lui est inconnu et auquel il doit s’adapter pour atteindre son objectif – en l’espèce arrêter un coupable- et jusqu’à la crise d’identité. Ensuite, les moeurs d’un certain milieu, les gays fétichistes et S.M – frange par ailleurs très contestée de la vie homosexuelle. Enfin, la corruption policière et partant les rapports quelques fois très troubles qu’entretiennent les flics de rue avec ceux qu’ils sont chargés de surveiller – les prostitués, qui font évidemment partie du décor.
« Trouble’ le mot est lâché. Nom et adjectif. Trouble qui frappe le héros qui n’est pas si hétéro qu’il le croit, troubles ces agents qui sodomisent les travestis qu’ils viennent de rançonner, trouble cette scène ou le héros entre dans une boite de nuit ou tout le monde est en uniforme de flic. Sauf lui. Le seul policier dans la pièce. Trouble l’identité du tueur qui n’est pas établie à la fin de l’enquête.
A la vérité, le vrai sujet ici, c’est l’ambiguité. Dans un habillage racoleur il faut en convenir mais réaliste. La description de cet univers est en effet conforme à ce qui se se passait dans les clubs reconstitués pour l’occasion. Il est permis de ne pas trouver cela joli, mais si l’on appartient soi-même à ce monde, la vérité blesserait-elle? Par ailleurs, Friedkin ne porte aucun jugement moral sur ses personnages. Mieux, il les fait exister. Ironiquement, le milieu gay reconnut bien des années plus tard que les homosexuels étaient décrits comme des gens comme les autres en cela qu’ils avaient des problèmes de boulot, de logement et de couple. Quant aux choix visuels du cinéaste, il s’en expliqua de la manière suivante » Des types en cuir sont plus spectaculaires que des mecs en polo qui se tiennent gentiment par la main! »
Donc, pas de vraie matière à scandale. A malaise tant certaines images sont dures. Mais si « Cruising » montre quelque chose qui est plus que jamais d’actualité hélas, c’est l’hystérie qui prend comme un feu de forêt dès lors qu’on fait entendre une voix qui n’est pas celle de la pensée dominante.

« Fenêtres sur New York/ Windows » de Gordon Willis.
Une jeune femme victime de viol se remet de son traumatisme quant elle subit à nouveau une agression du même type. Aidée par le policier chargé de l’enquête, elle va se rendre compte que ce deuxième viol a été téléguidé par une de ses amies, lesbienne amoureuse d’elle bien décidée à la dégoûter des hommes.
« Fenêtres sur New York », provoqua nettement moins de remous que « Cruising ». Il faut dire que personne ne l’attendait, et pour cause! Non que les noms qui étaient rattachés à ces « Fenêtres… » manquaient de talent. Un chef opérateur prestigieux qui passait le cap de la mise en scène (Pour la seule et unique fois) une excellente actrice principale (Talia Shire, venue comme Willis du « Parrain », partenaire de Stallone dans « Rocky ») un script qui, s’il était un peu faible, avait le courage de traiter du harcèlement au féminin. Alors, pourquoi si peu de vagues? D’abord sans doute parce que pour diverses raisons, l’homosexualité féminine a souvent moins fait recette que son équivalent masculin au cinéma. Ensuite, il faut le dire, si le film de Willis n’est pas sans qualités, il manque de force dans son propos et souffre d’un scénario finalement prévisible.
Néanmoins, il mérite qu’il s’en souvienne car il émane d’un certain air du temps. Ce qui lui fut longtemps reproché, entre autres dans le documentaire « The celluloid closet » consacré à l’homosexualité dans le cinéma hollywoodien. « Avec « Cruising » et « Fenêtres sur New York » les homosexuels étaient devenus des psychopathes! »
A suivre!


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Aujourd’hui: Wayne Walker

Il existe, c’est bien connu un lien fort entre la Country et le Rockabilly, la première étant à la source du second. Par ailleurs, de nombreux artistes Country ont pratiqué le Rockabilly le temps d’un disque, parfois contraints et forcés. Le cas de Wayne Walker est particulier en cela qu’il fut d’abord auteur compositeur dans le domaine de la Country – écrivant de nombreux succès notamment pour Kitty Wells- et pratiquait le Rockabilly en tant qu’auteur compositeur interprète.
Il passa d’ailleurs d’un genre de Rock’n’Roll à l’autre, de la ballade Rockabilly tendue teintée de Blues (L’excellent « All I can do is cry » disponible sur la compilation anglaise « Rock’n’Roll orgy vol 1) repris plus tard par le groupe suisse Hillbilly Moon explosion) et mid-tempo aux paroles humoristiques (« Bo bo ska diddle daddle » disponible sur le cd « Ain’t I’m a dog » consacré aux faces Rockabilly publiées par CBS) ainsi qu’une poignée d’autres titres moins originaux mais cependant agréables.


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Aujourd’hui: Bonnie Guitar
Alors là, il y a un problème. Bonnie Guitar n’était pas une excentrique et n’était guère plus Rock’n’Roll, car pratiquant une Country souvent mâtinée de Jazz. Pourquoi alors me demanderez vous l’inclure ici? Parce qu’elle approcha le genre le temps d’une chanson, « Love is over, love is done », ballade Rockabilly subtile exprimant l’amertume d’une femme quittée par son amant. Toute en mélodie et en tension contenue, « Love is over, love is done » mérite sa place parmi les classiques méconnus du genre et une petite place à cette excellente artiste au Panthéon de notre musique préférée. En prime, une photo de la pochette de la compilation qui me fit découvrir cette très belle chanson!







