Aujourd’hui: « Jack le magnifique/ Saint Jack » de Paul Theroux (1973)
Heurs et malheurs d’un proxénète italo-américain expatrié à Singapour.
« L’art n’ a rien à voir avec la morale. Les livres sont bien ou mal écrits… » Disait je crois Oscar Wilde. Il pratiquait la litote. La littérature ne parle bien souvent que de gens ou de choses que la morale réprouve. Voila la vérité qui dérange tant les déconstructivistes prompts à balancer de la soupe chaude sur des toiles de maîtres (C’est paraît-il pour nous avertir quant au réchauffement climatique. A toutes fins utiles, six minutes de cuisson sur feu doux suffisent pur les potages en carton, mais ce n’est pas le sujet.)
Là, Paul Theroux envoie un sacré obus en narrant les déboires d’un exemple absolu d’immoralité: le proxénète. Le julot, le barbeau, bref le maquereau. Alors, avant d’aller plus avant, se pose une question: comment aborder un pareil sujet sans tomber dans la moraline ( Comme dans « La dérobade ») ou la glorification? (Comme le fit la Blaxploitation avec ses « Pimps » flamboyants qui servirent de terreau pour les ignobles clips de Rap)
L’auteur s’en sort en suivant les faits et gestes de son « héros » sans complaisance ni moralisme déplacé. Si Jack ne manque pas d’ambition, il n’est pas loin s’en faut le roi du macadam. Il met sur pied une belle maison de rendez-vous dont il sera vite dépossédé par les Triades, lesquelles lui tatoueront sur les avant-bras des inscriptions obscènes (« Fils d’une merde de chien », les asiatiques ont décidément l’insulte expressive) Il en sera par la suite réduit à jouer les garçons de courses pour les gros bonnets locaux. La fortune tournera cependant quant il trouvera comme employeur l’Oncle Sam en personne qui le nommera pourvoyeur de plaisirs à l’attention des GI’S en permission (« Young men with crew cuts »)
En creux, sont évoqués les rêves de ce guide touristique olé olé, ses fantasmes ou il se voit tel un Saint Jacques (Sans coquille!) des temps modernes, sans qu’on sache s’il est sérieux ou non. Une chose est sûre, l’homme est un rêveur, pas foncièrement mauvais mais égaré pour une raison quelconque dans un monde de cauchemar ou se mêlent sexe tarifé, guerre (Le conflit vietnamien est la toile de fond du livre et n’était pas terminé lors de sa rédaction) et politique. C’est d’ailleurs lorsque les « affaires du monde » tomberont sur Jack que celui-ci retrouvera – ou trouvera- un peu de morale. Ce qui est peut-être une manière facile sinon malhonnête de racheter le personnage. Mais ce n’est pas le plus important. S’il est quelque chose à retenir de cet excellent roman c’est le rappel opéré par l’écrivain que la pègre tient souvent un rôle d’intermédiaire entre la légalité et les désirs des individus, que ces derniers soient tordus ou non. Jack en est une représentation fictive, romancé mais qui repose sur une réalité et si le titre original (Plus expressif que sa traduction française) le qualifie de « Saint » ce n’est pas entièrement par ironie. Proxénète sans avenir ni envergure qui encaisse ses les coups, Jack porte les péchés d’une société hypocrite. Saint et martyr en dépit et du fait de sa condition.
A lire!






















