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Aujourd’hui: Barbara Pittman
Elle fut la seule femme signée par Sam Phillips sur le célèbre label Sun. Elle fut aussi la plus jeune, puisqu’elle n’avait que quatorze ans. Il faut dire que la demoiselle d’ascendance irlando-indienne était précoce, elle avait déjà frappé à la porte du grand Sam alors qu’elle n’était âgée que de…dix ans! Le hasard voulut que Barbara fut la condisciple du King à l’école et que la maman de ce dernier fut l’amie ou du moins la connaissance de la sienne. Prédestination? Coincidence?
Quoiqu’il en soit, Barbara enregistra chez le grand Sam sur Sun et surtout sur son autre label « Phillips international » dont Barbara trouvait le logo plus attractif. Elle laissa quelques faces mémorables dont « Everlasting love », « Sentimental fool » et surtout « I need a man » ode au désir féminin après Bessie Smith et avant la mère Joplin. Dans les années 60, Barbara poursuivit sa carrière de chanteuse sur les bases militaires et les bateaux de croisière (La croisière s’amusait-elle?) et parallèlement enregistra des vocaux pour des bandes son de films de motards tel « Les anges sauvages »
Comme nombre de ses collègue, elle retrouva un vrai public lors du revival Rockabilly des années 70/80.
A bientôt!



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Aujourd’hui: « Les nus et les morts/The naked and the dead » de Norman Mailer (1948)
L’arrivée puis les combats d’un régiment américain sur un atoll pendant la Guerre du Pacifique.
Premier roman d’une des plumes majeures américaines du XXème siècle, roman de guerre inspiré par l’expérience personnelle, livre cru et violent dont la force reste intacte en dépit des années, « Les nus et les morts » est un classique au sens le plus noble du terme. Il garde sa portée quant au regard qu’il porte sur un conflit et les effets qu’il produit sur les hommes qui y participent.
Mais « Les nus et les morts » n’est pas que cela. L’auteur s’attache à décrire le vécu de ses personnages avant la guerre et, ce faisant, dresse un portrait de son pays à travers celui de ces combattants qui peuplent son livre. Chacun d’eux représente une composante de son pays, par son origine ethnique autant que géographique et sociale: Goldstein, le juif de New York, Wilson, le sudiste, Croft, le brutal sergent sudiste ou encore le général Cummings, produit de la grande bourgeoisie américaine.
A ce titre, l’endroit d’ou ils viennent et leur psychologie profonde déterminent leurs réactions face aux divers événements, insolites ou/et forcément violents auxquels ils sont confrontés. Ainsi les névroses du général éclatent-elles sous le poids de ses responsabilités, ainsi Croft s’adoucit-il suite à la terrible brutalité de la bataille, ainsi le lieutenant apprécie-t-il de jouer un rôle d’homme d’action.
Il y a par là même une étude assez fine de la masculinité, excessive pour Croft, contrariée chez Cummings à l’homosexualité latente. Une masculinité qui serait jugé toxique selon les canons contemporains mais qui, en dépit des excès qu’elle pouvait générer, incitait les hommes à se tenir droit. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Mailer fut considéré comme le macho des lettres américaines.
Un classique, oui, en cela qu’il reflète une réalité de son temps, celle de la guerre. A ranger auprès « Ceux de 14 » de Maurice Genevoix, « Les croix de bois » de Roland Dorgelès ou « Le feu » de Henri Barbusse, autres portraits de groupes d’hommes menacés de devenir de la chair à canon. Quant ils n’y sont pas condamnés….

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Souvenirs de l’année 1979, suite.
« La dérobade »
Encore l’année 79, encore une histoire inspirée par un livre lui-même inspiré d’une histoire vraie, en l’occurrence celle d’une prostituée et de son combat pour sortir de sa condition. Gros succès de librairie, le livre autobiographique de Jeanne Cordelier appelait logiquement une adaptation à l’écran. Il n’est d’ailleurs pas impossible que ce succès avait été favorisé par la tournure prise par débat sur la prostitution , (débat récurrent quoique nettement plus discret que celui portant sur la peine de mort). En effet, suite aux trémulations causées par le féminisme, des prostituées s’organisèrent en collectif afin d’obtenir la reconnaissance de leur profession. En totale contradiction avec le discours de Cordelier (Influencée par sa « tutrice » et auteur de la préface de son livre, Benoîte Groult, grande prêtresse de la gauche littéraire de l’époque) lequel dépeint l’univers qui fut le sien comme un Enfer. Et encore un encore, là encore, la question n’est pas tranchée. Et ce même si chacun imagine aisément que ce monde n’a rien de plaisant. A tout le moins.
Tout cela pour prendre une photo de l’opinion de l’époque.
Bon, je vais me coucher. Qu’est-ce qui m’a pris d’écrire cet article?


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Aujourd’hui: Souvenirs de l’année 1979. Entre trottoir et peine capitale.
« Le pull over rouge » de Michel Drach. « La dérobade » de Daniel Duval.
Prostitution et peine de mort. Deux sujets polémiques. Si la question de l’amour tarifé demeure en suspend, il en va tout autrement de la peine capitale qui bien qu’abolie il y aura quarante cinq ans l’année prochaine, reste un serpent de mer. Faut-il la rétablir ou non? Je me garderais bien d’y répondre, ce blog n’étant pas ouvertement politique (Quoique si vous me suivez, vous avez bien une idée de mes orientations dans ce domaine, mais passons, ce n’est as le sujet!) En 1979 sortirent deux films qui traitaient de ces questions. Peine de mort, prostitution, la mort infligée ua nom de la loi, l’amour qui se monnaie.
Commençons par la peine de mort qui agitait le débat public en France en cette fin d’années 70. L’avocat Badinter s’efforçait de sauver des têtes suite à son échec dans l’affaire Buffet/Bontemps. Peyrefitte, ministre de l’intérieur de Giscard, était pour l’abolition mais hésitait redoutant une opinion publique défavorable. Mais ce que d’aucuns surnommaient le rasoir républicain fonctionnait encore. Parmi les exécutions capitales qui eurent lieu à cette époque, il en est une qui marqua plus que d’autres les esprits, celle de Christian Ranucci. Son histoire donna lieu au livre du journaliste Gilles Perrault « Le pull over rouge » dont le cinéma s’emparera rapidement. Ce qui donnera le film éponyme qui sera traité ici. l »Le châtiment suprême »en vigueur alors est évidemment au centre de ce film dont le but est de le dénoncer. Il y avait dans ce domaine des précédents tel « Deux hommes dans la ville. » de José Giovanni. Mais à la différence de ce dernier, Drach met en scène une histoire vraie. Aussi, avant d’aller plus loin, il semble nécessaire de remettre l’histoire dans son contexte.
En 1974, dans un quartier populaire de Marseille disparaît la jeune Dolorès Rambla. Son corps retrouvé, il apparaît que la petite fille a été assassinée, ce qui entraîne naturellement la recherche de son meurtrier. Très vite, les soupçons se portent sur un certain Christian Ranucci, un jeune représentant de commerce. Ce dernier avoue le crime avant de se rétracter lors de la reconstitution. S’enclenche alors une course ou chacun cherche à imoser sa vérité. Ce seront finalement les tenants de la culpabilité de Ranucci qui l’emporteront, conduisant celui-ci à l’échafaud.
Le résumé de l’affaire vaut ici au résumé du film, tant Michel Drach suit à la lettre l’enchaînement des faits qui eurent lieu dans la réalité; se contentant de changer le nom des protagonistes à l’exception du premier d’entre eux: l’accusé. Le film reflète en cela avec fidélité et honnêteté le débat complexe que suscita l’affaire car il portait à la fois sur l’innocence présumée de Ranucci qui aurait été trop vite balayée par la police et sur la peine de mort en tant que telle. Pour ce qui concerne le cinéaste, il est clair que l’innocence de Ranucci n’est pas douteuse et que la peine de mort doit être abolie. Toutefois, il évite le piège du prosélytisme, laissant chacun se forger sa propre opinion. De surcroît, s’il a un oeil critique quant aux méthodes policières (En fait l’empressement des autorités à boucler le dossier ne joua pas en leur faveur) il ne montre pas plus de complaisance envers l’accusé, lequel se montra lors du procès arrogant, menteur et parfois mythomane.
Il faut saluer les comédiens, à commencer par Serge Avedikian qui se glisse de façon convaincante dans la peau de Ranucci. Il en va de même pour le reste de la distribution: Roland Bertin, Georges Beller, Jean Benguigui, Pierre Maguelon (Abonné aux rôles de flics, souvenez vous des « Brigades du Tigre ») etc.
Ceci posé, et ce en éliminant le débat sur la peine de mort, il est au moins une chose qui n’est pas douteuse: la culpabilité. En effet, Ranucci indiqua lui-même l’emplacement du couteau dont il s’était servi pour commettre son crime. Seul l’assassin pouvait le savoir. Et cette information émane de Laurent Joffrin, qui n’est pas précisément un journaliste de droite. Par ailleurs, cette affaire a un lien avec un autre film sans rapport avec elle celui-là, « La femme flic » de Yves Boisset. Son film ayant pour objet les réseaux pédophiles, Boisset s’était renseigné sur le sujet et notamment sur l’affaire Dugué, concernant un éducateur sportif de Saint Ouen qui fut convaincu de pédocriminalité et entretenait un réseau épistolaire qui lui permettait de vendre ses clichés honteux. Dans le fichier de ses « clients » il y avait le nom de Christian Ranucci.
Quoiqu’il en soit, s’il est permis de ne pas approuver la peine de mort, il n’est en revanche pas possible de nier la culpabilité de Ranucci. Et ce en dépit des efforts de Perrault. Certes, il a su exploiter très habilement les failles de la police laquelle a donné l’impression de chercher un coupable plutôt que la vérité Mais Perrault a soigneusement balayé l’essentiel comme autant de poussière gênant sa version et le succès de son torchon (Rassurez vous, encore une fois, ça s’est très bien vendu). Heureusement, Gérard Bouladou, ancien policier, a démenti ce qu’il convient d’appeler le tissu de mensonges de Perrault dans son livre « L’affaire du pull over rouge ». Je passerais sur le combat de la mère de Ranucci, cas extrême de dissonance cognitive, déterminée à réhabiliter son fils. L’amour maternel n’excuse pas tout.
Si certains regrettent la peine de mort, il est sûr qu’il n’est plus possible de tuer un être humain en raison de ses actes aussi monstrueux soient-ils. Est-ce un bien est-ce un mal? Chacun à sa réponse. Dans le cas du film chroniqué, réalisé à l’époque ou la justice tuait, il est clair que le meurtre même légal et motivé par la mauvaiseté du coupable est à bannir. En regard de l’évolution de la société, le film de Drach constitue à cet égard un document. Mais si cette triste affaire prouve quelque chose, c’est la dualité entre la vérité et la conviction. La seconde nuisant souvent à la première.
Ci-dessous le « vrai » Christian Ranucci après son audition.












