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Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent!
Le truand qui pète un câble, le truand affligé de trauma, tares ou complexes est ou en tous cas fut une figure récurrente du film noir. Du film noir. Pas du film de gangsters des années 30 et de ses grands primitifs, pour reprendre les termes de Borde et Chaumeton dans leur « Panorama du film noir américain », dont le « Scarface » original était l’exemple le plus célèbre. Non. Le film noir et ses ambivalences d’Après-guerre, loin de « L’éternelle épreuve sportive entre le bien et le mal » de Brasillach (Cité par Borde et Chaumeton, encore!) Le film noir qui comptait dans son bestiaire ces criminels tordus toujours effrayants, parfois pathétiques.
Si le film noir n’a pas survécu aux années 50, il a laissé un héritage considérable dans lequel le cinéma se servit pendant longtemps. Il y a malheureusement renoncé et c’est bien dommage, les films déversés par le studios relevant trop souvent d’une soupe qui mélange marketing et Marcuse mal digéré. Soit, il semblerait que ce triste état de choses soit en train de changer et c’est tant mieux. Mais c’est un autre sujet.
Le sujet du jour, c’est folie et gangstérisme. Mais pourquoi ces deux thèmes ont ils été si étroitement mêlés dans le genre? La Deuxième guerre mondiale en est à l’origine. Le conseil de révision incluant un examen psychiatrique, de nombreux malades mentaux furent ainsi découverts. Dont certains étaient des gangsters, tel Sam Giancana. Cela donna du grain à moudre aux scénaristes. Il en émergea des personnages devenus depuis mythiques qui eurent une descendance non seulement dans le cinéma américain mais aussi européen et voire asiatique.
Sans plus tarder, embarquons nous pour ce voyage au coeur du crime et de la folie!
« L’enfer est à lui » de Raoul Walsh (White heat, Etats-unis, 1949)
« Made it ma’, top of the world! »
Cody Jarret, redoutable chef de gang vouant une dévotion sans limites à sa mère, envisage suite à un braquage particulièrement meurtrier, un « grand coup » visant la caisse d’une raffinerie. Il doit cependant effectuer un séjour en prison qui ne le gêne nullement dan son projet. Alors qu’il est à l’ombre, il fait la connaissance d’un autre détenu qu’il prend en amitié au point d’en faire un complice. Il ignore que ce dernier est en réalité un policier infiltré.

A tout seigneur tout honneur, il fallait bien commencer par ce mythe du cinéma qui causa tant d’émotions et de scandale à sa sortie. Considéré par certains comme un divertissement dangereux, admiré par les taulards qui voyaient dans son héros un modèle à suivre, avant de devenir une référence, citée, copiée ou revenant en clin d’oeil ou en parodie. « Fondu au noir » de Vernon Zimmerman avec son cinéphile assassin qui mourait au milieu d’un incendie pour imiter la fin de James Cagney dans le film de Walsh. « Les cadavres ne portent pas de costards » de Carl Reiner, merveilleux pastiche mélangeant images de classiques du film noir avec des acteurs contemporains (Contemporains de 1982, hein!) ou Steve Martin apparaissait déguisé en mère de Cody Jarret/James Cagney.
Bon, tout cela est bel et bon. Mais quid du film lui-même? Ou plus exactement, quel est son importance quant au sujet du présent article? Celle-ci est déterminée par deux raisons. D’abord, James Cagney qui porte le film et représente le passage de témoin entre deux époques. Celle du film de gangster dont Cagney fut une des figures majeures. Ensuite, une étude de caractère saisissante qui en inspirera beaucoup. Pour être une brute sanguinaire, Jarret n’en n’est pas moins un être fragile ainsi qu’en témoigne la fameuse scène ou, suite à l’annonce du décès de sa mère, il se tortille à même le sol du réfectoire de la prison. Ensuite, il cache sous sa mégalomanie résumée par la formule « Top of the world » (Plus haut que tout) répétée au cours du récit tel un leitmotiv un désir profond d’autodestruction. Lequel peut s’expliquer par un refus forcené de la médiocrité, allant jusqu’à préférer périr brûlé plutôt que de finir misérablement en prison. Il y a là aussi l’acceptation d’un destin fatal chez les truands qu’on retrouvera bien plus tard dans la série « Les Sopranos » quand Tony Soprano confie à la psychiatre qu’il prend quelque peu en otage « Ce qui m’attend? La balle ou la taule! » (‘The bullet ou the can » en V.O) Et cela fait écho à la réalité – encore de nos jours. Lors d’un récent reportage sur la narcotrafic qui gangrène notre pays, un jeune impliqué dans cette sinistre entreprise qui répondait au journaliste qu’il savait ce qui le guettait: « Une balle dans la tête! »
Cody, tu étais à ta manière un prophète.
Avant de finir, un mot des interprètes autour de Cagney, Edmond O’Brien dans le rôle du flic infiltré, Virginia Mayo dans le rôle de la fille à gangster, et Steve Cochran en second injustement accusé de trahison par Jarret. En guise de conclusion, il faut saluer les auteurs du titre français « L’enfer est à lui » convenant mieux au récit – les flammes au milieu desquelles meurt Jarret sont à ce titre évocatrices- que celui d’origine « White heat », littéralement « chauffé à blanc », certes approprié, mais nettement moins fort…


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Célébrons aujourd’hui Saint Dominique!

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Aujourd’hui: « Le récidiviste » de Ulu Grosbard (Straight time, Etats-unis, 1977)
Déjà incarcéré à plusieurs reprises, Max Dembo bénéficie d’une libération conditionnelle. Il est décidé à mener une vie normale mais de nombreux obstacles mettent à mal sa bonne volonté. Outre son passé de prisonnier, il y a son officier de probation. Très vite, à cause de l’entêtement de ce dernier et malgré une rencontre amoureuse, Max replonge dans le crime.

« Le récidiviste » est l’adaptation du roman semi-autobiographique de Edward Bunker: « Aucune bête aussi féroce » dont les droits avaient été acquis par Dustin Hoffman. L’acteur avait été en effet fasciné par ce récit d’une rédemption impossible au point de vouloir la mettre en scène lui-même. Mais, devant l’ampleur de la tâche, il se résigna à confier les rênes de l’entreprise à son ami Ulu Grosbard.
Loin de servir le film, l’amitié qui liait les deux hommes s’avéra contre-productive, Hoffman étant toujours sur le dos de Grosbard – regrettant à l’évidence d’avoir renoncé à la réalisation. Il en résulte un film bancal qui ne relie pas assez les deux parties qui le composent: la tentative de réinsertion du héros, d’une part, et le retour à la vie criminelle, d’autre part. Toutefois, « Le récidiviste » n’est pas sans intérêt, le principal étant d’apporter une pierre à l’édifice d’un débat plus que jamais d’actualité: le traitement de la criminalité. Le cinéma, divertissement et art visuel, a souvent abordé de thème avec les qualités et les limites qui le caractérisent. Entre la compréhension voire l’admiration des uns et l’apologie de la justice expéditive des autres, le cinéma manque bien souvent de finesse. « Le récidiviste » évite ces écueils lorsqu’il s’agit de répondre à la question: « Qui est le coupable? Le criminel ou la société? ». Selon le film…un peu des deux. La société en prend pour son grade au travers du personnage de l’agent de probation borné et malveillant. Dembo, le délinquant professionnel, n’est pas davantage épargné, sa vie relevant de son choix et non d’un malheur provoqué par le système. Et c’est sans doute le plus désespérant dans cette histoire: l’absence de réponse.
Max Dembo, l’anti-héros de cette fable sans morale, fut qualifié de « type immature et malsain » par le critique et romancier Barry Gifford (Par ailleurs créateur de « Sailor et Lula ») ce qui est probablement vrai. (D’ailleurs, Dembo s’entend reprocher dans le roman son manque de maturité affective) et Dustin Hoffman accomplit une performance extraordinaire en parvenant à le rendre presque attachant. Sans faire oublier cependant que Dembo est un fauve prêt à bondir à tout instant, la fameuse « bête féroce » du livre de Bunker. Le regard, les expressions, la gestuelle du comédien rappellent à chaque instant, y compris dans les moments de tendresse, que le danger est là. A ce titre, si « Le récidiviste » ne compte pas parmi les meilleurs films de Hoffman, il lui offre l’occasion de donner le meilleur de lui-même. Plus, à mon sens, que dans ces rôles à transformation. Il est vrai qu’il était à la source du projet, ce qui explique son implication et, partant, la qualité de son jeu.
Avant de conclure, un mot du romancier à l’origine du script, Edward Bunker. Celui-ci fut lui-même un criminel cumulant les séjours à l’hôtel des barreaux gris (Pour reprendre une expression américaine) avant de s’acheter une conduite. Avec succès, contrairement au triste héros de « Aucune bête aussi féroce » Il apparaît du reste dans le film tiré de son livre et honora par ailleurs de sa présence quelques bandes, dont la mus connue reste « Reservoir dogs » de Quentin Tarantino.



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Célébrons aujourd’hui Saint Gaetan de Thiène!






