Aujourd’hui; « Les enfants du massacre. I ragazzi dei massacro » de Giorgio Scerbanenco (1968)
Duca Lamberti, médecin radié de l’ordre devenu policier, enquête sur le meurtre d’une enseignante qui travaillait dans un cours du soir destiné à de jeunes marginaux.
Il est parfois intéressant de mettre en perspective des textes venus du passé, fut-il proche, avec l’actualité. C’est le cas des « Enfants du massacre » , troisième aventure du héros récurrent crée par Giorgo Scerbanenco, médecin avorteur devenu enquêteur. Il y a en effet une résonnance avec notre temps dans cette histoire de jeunes paumés qui assassinent leur professeur, femme idéaliste et sans défense et donc victime désignée, agnelle vieillissante pour les crocs ces jeunes loups. Il y a évidemment de quoi faire un rapprochement avec notre époque ou les enseignants se font décapiter et ce récit probablement inspiré d’un fait divers (N’est-ce pas, monsieur Kassovitz?) Néanmoins, il convient de mettre un bémol parce que l’époque de Scerbanenco ( La fin des années 60) n’est pas la notre. La délinquance d’alors n’était pas la même, moins violente dans l’ensemble et surtout plus contenue. On ne risquait pas sa peau à chaque coin de rue, à moins de fréquenter certains quartiers, cela va sans dire. Et le propos de l’auteur ne peut donc être le même. Scerbanenco, comme nombre de ses pairs, dénonçait les travers d’une société qui, parce qu’elle se remettait d’un passé douloureux marqué par la guerre et d’ une dictature, se racontait la fable d’une reconstruction si heureuse qu’elle effaçait non seulement de mauvais souvenirs mais aussi les tares du présent.
Si Scerbanenco vivait de nos jours, il aurait fort à faire et pour des raisons sensiblement différentes. Certes, la violence demeure et plus encore, la difficulté à y répondre ou à la prévenir. Comme le dit Lamberti dans le livre, ce n’est pas une petite femme timide qu’il faudrait pour tenir ces petits tarés mais un sergent de la Légion étrangère.
Quoiqu’i en soit, le livre, par delà de ses thématiques, « Les enfants du massacre » est un excellent polar à la construction intelligente rythmée par les interrogatoires des différents protagonistes, au ton mi-désabusé, mi-ironique, probablement l’un des meilleurs de son auteur qui évite ici ses travers, dont sa tendance à la dissertation scolaire.
























