Aujourd’hui: Les écrivains, les scandales, la télévision (Suite)
Et nous voici en 1983, l’année du « Retour du Jedi », des 2000 francs à l’étranger imposés par Jacques Delors, ce génie et des bramements de Jean Jacques Goldman ( « Envole mouaaaaaaaah!) et surtout de cet épisode épique de l’histoire littéraire de notre pays: la bagarre entre François chalais et Jean Edern Hallier. Peu importe l’objet du « différend » ( Edern-Hallier traita Chalais de « Pédé », marque d’une époque, de nos jours on dit « Qui aime les plaisirs différents ») ce qui importe ici c’est que l’événement compte parmi les nombreux faits d’armes de Edern-Hallier, provocateur déjà évoqué dans ces pages. Entre son faux enlèvement et ses démêlés avec Tonton, la vie de cet homme est un classique du genre.
Mais, à bien regarder, il n’a été question jusque là que de professionnels du coup d’éclat. Bukowski, Thieuloy, Edern-Hallier…Mais au temps ou la télévision était au centre de la vie publique, les mirages qu’elle générait pouvaient pervertir des auteurs qui n’étaient pas coutumiers de l’excès. Ainsi, il arriva des mésaventures à Philippe Sollers qui pour avoir demandé à une jeune femme si elle avait une vie sexuelle se fit remettre à sa place par Stéphane Collaro et Patrick Timsit. Mais il y a pire: Jean D’Ormesson humilié par Laurent Baffie lors de l’émission d’Ardisson « Double jeu » ( « Le vent du soir, on sent déjà qu’il lâche une caisse! ») C’était dans les années 90. Une autre époque.
Au travers de ces deux tristes exemples, il y a une mutation dans le rapport entretenu par les écrivains la télévision et d’éventuels scandales. Bukowski et consorts créaient la controverse, bousculaient le relatif conformisme de leur époque. Sollers et D’Ormesson ont eu un rôle passif, encaissant les insultes dans le cadre de « talk-shows » et non plus d’émissions littéraires.
Déjà, cela marquait l’apparition d’un monde nouveau ou les émissions littéraires allaient devenir marginales, effacées par le spectacle pour le spectacle devant lequel les écrivains devaient s’incliner et jouer les faire-valoir. L’ère de l’écrivain qui était une sorte de Rock star était déjà révolue. Fini les Thieuloy et les Bukowski, le rôle de trublion étant dévolu au Zemmour- au demeurant billant polémiste- et à ses pareils. Cela e dit long sur l’état de la littérature et de son public qui résistent malgré tout aux dires de quelques optimistes. Puissent-ils dire vrai…
Aujourd’hui: Les écrivains, les scandales, la télévision…
Et glou, et glou et glou! A la tienne Etienne, ou plutôt Charlie, ou plutôt Hank Chinaski, alter ego littéraire du monsieur figurant ci-dessous que certains d’entre vous auront sans doute reconnu: le romancier américain Charles Bukowski. Pourquoi lui? Parce qu’il tombe pile poil dans le thème de cet article: les écrivains et le scandale, notamment via la petite lucarne ( Que de moins en moins de gens regardent, mais ce n’est pas le sujet)
Mais prenons les choses au début. En 1978, Bukowski alors inconnu chez nous se fit connaitre chez Bernard Pivot dans la célèbre émission littéraire « Apostrophes ». Cette grand’messe télévisuelle fut perturbée par l’auteur, visiblement agacé par les questions que lui posait l’animateur. Il vida trois bouteilles de Sancerrre en direct ( C’était un bon cru au moins?) fourragea sous les jupes de Catherine Paysan, autre invitée, fut remis à sa place par Cavanna puis quitta le plateau avant terme.
Bukowski s’expliqua plus tard à ce sujet, invoquant le manque de bonté de ses confrères qui, selon ses termes, « n’étaient là que pour parler de leurs bouquins ». Mais dans ce cas , que fabriquait-il au milieu de cette assemblée? Quoiqu’il en soit, ce passage suscita de nombreux commentaires outrés ou amusés et surtout, permit à l’américain d’accéder à un joli et durable succès en France.
Si le scandale favorise parfois les ventes, il peut aussi asseoir une légende. Ce fut le cas pour l’explosif Jack Thieuloy, dont le fait d’armes le moins retentissant fut encore d’asperger de ketchup l’écrivain Michel Tournier. Ce natif de Beaucaire entra dans la République des lettres en 1971 avec « L’Inde des grands chemins », récit de voyage pittoresque et provocateur. Les difficultés qu’il rencontra ensuite avec son éditeur qui voulait le lancer comme un Kerouac français l’amenèrent à changer de crèmerie pour publier son second livre « La Bible d’Amérique ». Ce fut ce changement qui fut le point de départ d’une aventure parsemées d’embrouilles et de dépôt de bombes artisanales au domicile des pèlerins qui avaient l’heur de déplaire au sieur Thieuloy. Le critique Mathieu Galley, la romancière Françoise Mallet-Joris eurent chacun droit à leurs cadeau dans leur cage d’escalier. Entre autres. Cela lui vaudra la prison et de nombreux ennemis, ce qui n’empêcha pas la création d’un comité de défense en sa faveur.
Détestant l’Occident, adorant l’exotisme, jouant au pauvre bien que possesseur de plusieurs appartements, posant au moraliste contre la corruption du milieu littéraire, pédophile revendiqué, l’homme était haissable. Il sut par ses extravagances assurer sa publicité et laisser une trace. Certes, il ne manquait pas de talent, mais cela excuse-t-il tout?
Je sais, je sais, certains parmi vous trouveront contradictoire de diffuser une photo d’actrice X après l’image d’une sainte. Mais rappelez vous ces mots de notre seigneur à propos de Marie Madeleine: « Il lui sera pardonné, car elle aura beaucoup aimé »
Aujourd’hui: Une sainte et non un saint: Sainte Agathe de Catane.
Sainte Agathe naquit à Catane ou elle subit le martyre parce qu’elle avait refusé d’abjurer sa foi et d’pouser le consul Quintianus. Ce dernier la fit torturer, ordonnant de lui arracher – ou couper selon les sources (1)- les seins.
Elle devint particulièrement révérée par l’église orthodoxe, notamment par le patriarche de Constantinople Méthode 1er.
Aujourd’hui: Morrissey, popstar et patriote. Une malédiction?
« Heaven knows I’m miserable now… »
C’étaient les années 80. Il était à la tête des Smiths, sorte d’Elvis fragile venu de Manchester qui chantait le mal de vivre des adolescents timides aux moeurs plus ou moins incertaines. Il suscita un culte autour du monde, notamment en France. Oui, chez nous, en particulier chez les étudiantes en Hypokhâgne, les types genre laiderons et les homos tandis que parallèlement sur ces terres c’étaient ces derniers qui en avaient fait leur héros. Ce qui donna ces curieux bataillons de jeunes folles aux crânes garnis de quiffs, résistance au gouvernement Thatcher qui se montrait particulièrement rude à l’égard des adeptes des amitiés particulières en ces temps de chômage et de SIDA.
Et Morrissey se produisait sur scène ou sur le plateau de « Top of the pops », des glaieuls dans la braguette ou une branche de je ne sais quoi à l’arrière de son jean. » Last of the international playboys », « This Charming man » (Dédiée à Jean Marais) « The Queen is dead », « Meat is murder » étaient ses hymnes ou il était question d’enterrer la Reine (Un peu de respect quand même!) des frères Krays ou du végétarisme. Car oui, l’homme était et demeure un fervent de ce régime idiot. Personne n’est parfait. Les pochettes étaient à l’avenant, avec leurs photos empruntées au « Free cinema » des années 60, à Roger Mayne, ou montrant Elvis, Alain Delon, Jean Marais (Bis répetita) ou Joe Dalessandro (Quel beau torse!) Et il était le compagnon de chambre des solitaires dont il faisait passer les nuits et un peu plus.
Il cochait bien des cases pour la presse de gauche, toujours encline à récupérer ceux qui sont différents ou supposément en marge. Les Smiths se séparèrent, Morrissey poursuivit une carrière solo tandis que son guitariste se commettait avec un ancien de New order pour jouer de la musique de danse à la con. Morrissey, qui n’avait jamais renié les racines Rock’n’Roll de son groupe s’adjoignit quant à lui les services de l’ancien Polecat Boz Boorer, s’exila contre toute attente à Los Angeles – et ce en dépit de sa défiance envers l’Amérique dont il disait n’apprécier la culture que dans son contexte. Il y gagna le statut d’idole pour les Rockabilly greasers chicanos.
Mais il est vrai que tout patriotes qu’ils soient, les britanniques ont parfois la manie d’aimer leur patrie de loin (Alain de loin, comme diraient les Inconnus)
Les années passèrent jusqu’à ce que la catastrophe survienne. Au cours de la période récente, Morrissey ne fit pas mystère de sa méfiance, voire de son rejet, envers l’immigration de masse et des effets de celle-ci sur le Royaume uni. Il dérapa quelque peu quant il en vint à parler des chinois, mais bon, encore une fois, personne n’est parfait. Il poussa le mauvais goût en rappelant que le Nazisme était un sous-produit du socialisme, ce qui énerva beaucoup les tenants de la bienpensance. (Soit dit en passant, Hitler était lui aussi végétarien, mais passons) Ces derniers, fidèles à leur nature vindicative lui présentèrent la note sans tarder, amenant le chanteur à se retrouver sans label.
Les chiens de garde se réveillaient enfin. Pourtant, il y avait eu un précédent, et pas des moindres. Cela se passa en 1992, Oui, 1992, l’année de Maastricht ou quantité de loquedus et candides se ruèrent comme un seul ovin vers le mirage européen, considérant comme enviable la perspective de devenir les esclaves de Jacques Delors. 1992, quant Philippe Séguin se dégonfla devant Sire Tonton 1er qui jouait de son rôle d’oncle de la nation, de son âge vénérable et de sa maladie dont les journalistes osaient enfin parler. Il est vrai qu’il devenait difficile de cacher la chose tant Francisque Mitterrand affichait non plus un visage mais un masque mortuaire. Mais ce n’est pas le problème. En 1992, donc, le chanteur appela presque de ses voeux ce qu’on appellerait plus tard le « Brexit » dans des chansons de l’album « Viva hate », ainsi que le releva récemment l’hebdomadaire « Marianne ». Curieusement, des deux côtés de la Manche, la chose passa relativement inaperçue. Morissey, avec son goût pour la culture américaine, était et demeurait un authentique britannique et ne s’en cachait pas. Personne n’y trouva à redire. Il y eut bien quelques grincements de dents suite à la chanson « National front disco » (Référence au parti nationaliste britannique, devenu par la suite le BNP, ou British National Party, sans rapport avec une certaine banque) Mais ce fut tout.
Ce fut tout jusqu’à l’avènement de notre époque ou la parole est fliquée et l’ostracisme rampant. Morrissey en fit les frais, subissant même les foudres des « Simpsons », mais il s’en releva.
Ce que cette triste histoire prouve ( Qui, Dieu merci, ne se termine pas trop mal) c’est la récupération autoritaire que la gauche, en tout cas une partie d’entre elle, fait des artistes ou des marginaux, les croyant des leurs en raison de leurs particularité. C’est aussi la preuve de son intolérance, allant à l’encontre de ce qu’elle prétend incarner.
Fin de ce billet qui n’a d’autre prétention que de livrer un avis.
Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent, troisième partie. « Scarface » de Brian de Palma (Etats-unis, 1983) « Je suis…comment vous dites?…. Paranoiaque… » L’histoire de Tony Montana, immigré passé des prisons cubaines à l’épluchage d’oignons avant de se retrouver sur le trône de la cocaine dont il ne tardera pas à chuter. Que n’a-t-on écrit et dit sur…