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« En amour il ne faut jamais forcer la nature. »
Kléber Haedens.

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Aujourd’hui: Les Bobbies, Roy Orbison, le slow Rock’n’Roll et le cinéma.
Suite à l’article sur Jody Reynolds, l’envie m’a pris de m’attarder un peu sur la face lente du Rock’nRoll. Le 45 tours qui défile à un rythme de 33, pour ceux qui s’en souviennent. L’opposé de ce que cette musique est censée représenter. Ou la complémentarité à la sauvagerie de certains titres ou/et artistes. Les chanteurs surnommés les « Bobbies » qui apparurent lors du service militaire du King appartenaient à cette race de chanteurs propres sur eux qui n’avaient de Rock’n’Roll que l’allure. Et pourtant, et pourtant, ils avaient aussi leur utilité. On emballe sur un slow, on casse pendant un Rock. Pour paraphraser une formule de je ne sais plus qui. En tout cas, les « Bobbies » (Pourquoi « Bobbies »? Parce que la plupart d’entre eux s’appelaient Bobby, Bobby Vee, Bobby Vinton, Bobby d’abord et Pierre après) contribuèrent à l’augmentation de la natalité grâce à leurs roucoulades. Parfois leurs tubes s’avéraient de qualité (Accident?) parfois ils leur survécurent, recevant les honneurs du cinéma qui y trouvait de quoi créer l’ambiance. Avant de poursuivre, il convient de préciser que ces chanteurs sirupeux causèrent du tort à des experts de la ballade vraiment inspirés et par ailleurs auteurs de leur répertoire, tels Roy Orbison ou Del Shannon.
Toujours est-il que les titres dont il va être question ici figurèrent dans la bande son de films, certains célèbres.
Sorti en 1961, « Torture » de Kris Jensen, transpire la mélancolie teintée de masochisme (Le titre annonce la couleur) d’un amoureux lassé du silence de sa belle. Grand succès en son temps, considéré comme un tournant dans l’histoire de la musique populaire, « Torture » fut récupéré par Kenneth Anger pour l’illustration sonore de « Scorpio rising », son monument de kitsch homo, à la bande son déjà riche en emprunts du même genre (Little Peggy March, Elvis, le Phil Spector sound) Le film de Anger devint un classique de la culture « Queer » (Ce qui ne manquait pas de sel, les motards filmés par Anger n’étant pas gays mais montrés comme tels par le réalisatur) et Jensen sombra vite dans l’oubli.


Del Shannon en revanche fit une carrière considérable, laquelle débuta par ce 33 tours pour le moins surprenant « Runaway with Del Shannon ». Surprenant car ( Histoire de faire un clin d’oeil à George Starostin dans son blog « Only solitaire herald » si Roy Orbison avait élevé le cafard au rang de cathédrale, Del Shannon a donné à ce sentiment sa chapelle Sixtine. Ce disque est en effet une anthologie de la tristesse au travers de chacune des chansons qui le composent. A commencer par la première d’entre elles: « Runaway » récit d’une solitude amoureuse sous la pluie (C’est vrai que ça mouille) qui se retrouva sur les images de « American graffiti » ainsi que celles des « Roseaux sauvages de André Téchiné, chronique de l’éveil à l’amour d’un quatuor adolescent sur fond de guerre d’Algérie.



Bobby Vinton (Ah, voila un Bobby!) est le chançard de cette sélection puisqu’il eut droit plus d’une fois aux honneurs du cinéma. Son « Mister Lonely » , portrait d’un soldat esseulé, orna le générique de fin de « Lemon popsicle » de Boaz Davidson (1978) sorte de « American graffiti » situé en Israel dont le ton balance entre humour gras et sensibilité, notamment lors de la scène finale qui voit le héros découvrir l’infidélité de sa petite amie alors qu’il doit faire son service militaire. Par ailleurs, décidément doué d’une veine de… (Non je ne l’écrirais pas, na!) vit non seulement une autre de ses oeuvres servir un film mais en plus que le métrage empruntait son titre à ladite chanson! Il s’agit bien sûr de « Blue velvet » de David Lynch (1986) polar teinté d’un érotisme pervers au milieu d’une petite ville américaine aux airs de carte postale.
De surcroît, une chanson contemporaine de celle de Vinton était aussi de la B.O du film de Lynch, mieux elle retrouva un second souffle grâce au cinéaste: « In dreams », ballade onirique à la structure d’opéra de Roy Orbison. Si le chanteur dont la carrière battait de l’aile fut reconnaissant à Lynch de lui offrir un comeback. Mais il était gêné par l’univers trouble de Lynch. Quoiqu’il en soit, outre ses qualités propres, « Blue velvet » eut le mérite de rappeler au monde la talent de Roy Orbison, auquel on ne saurait comparer Bobby Vinton qui, s’il était un bon vocaliste donnait trop souvent dans la saccharose la plus médiocre. Et cela rappelait aux connaisseurs que le début des années 60 ne fut pas qu’une salle d’attente pour la British invasion.
A bientôt!






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Célébrons aujourd’hui Sainte Larissa!

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« Le cul est la chose au monde la mieux partagée. »
Antoine Blondin.






