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Aujourd’hui: Clément Harari
Il est des acteurs dont on reconnaît le visage sans parvenir à mettre un nom dessus. C’est le fameux « Bon sang, mais c’est bien sûr!…mais comment s’appelle-t-il déjà? » Cela s’applique à Clément Harari. Ses yeux ronds encore grossis par ses binocles, le rendaient singulier. Et lorsqu’il laissa libre cours à sa pilosité, barbe et cheveux compris, il devint un jumeau du professeur Tournesol. Il est d’ailleurs étonnant que personne n’ait pensé à lui pour endosser le pardessus vert du savant dur d’oreille (Le professeur n’est pas sourd, qu’on se le dise! Quoi, vous n’avez rien entendu?) Plus sérieusement, Clément Harari mérite bien sa place dans cette rubrique, car il bien est une figure du cinéma français. Il naquit au Caire en 1919, ce qui explique sans doute que sa première apparition à l’écran eut lieu dans « La terre du Nil » d’un certain André Vigneau en 1943. Mais les choses sérieuses commencèrent lors de la décennie suivante, tant sur les planches que devant les caméras. Il devint très vite un second rôle incontournable ce qui fit de lui un pilier du cinéma populaire côtoyant Eddie Constantine et Robert Hossein, sans oublier Henri Georges Clouzot. Espion, truand, second couteau en tous genres, il composa vite une galerie de portraits qu’il enrichit jusqu’à sa retraite en 2001. Il ne négligea pas la télévision, gratifiant de sa présence des feuilletons et séries aussi divers que « Le théâtre de la jeunesse », « Commissaire Moulin », « Merci Sylvestre » , « Vivement lundi » ou « Maigret » dans l’épisode « Maigret et la fenêtre ouverte » ou il donnait la réplique à Bruno Cremer et livrait son ultime prestation. Il participa à quelques films étrangers, notamment « Le complot diabolique du docteur Fu Manchu » de Piers Haggard (Etats-unis/Royaume uni, 1980) ou il faisait face à un autre grand délirant du cinéma: Peter Sellers.
Mais, pour beaucoup, Clément Harari reste le vieux rabbin plein d’humanité de « Train de vie » de Radu Mihailenu (France, 1998) et, pour ceux de mon âge, le chirurgien esthétique étouffé par Gérard Depardieu dans « Inspecteur la bavure » de Claude Zidi (France, 1980)
Il aura été comme tout grand second rôle la poutre de sécurité de nombreux films, il nous aura étonné, passionné et divertit. Pour tout cela, merci monsieur. Que Dieu ait votre âme.









« The fiendish plot of Doctor Fu Manchu » de Piers Haggard (1980) Clément Harari avec Peter Sellers. 
Avec Gérard Depardieu dans « Inspecteur La Bavure » de Claude Zidi (1980) -
Célébrons en ce lundi de la Pentecôte Saint Diane!

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Aujourd’hui: Les derniers feux de l’héroisme dans le cinéma français, deuxième partie.
Plus chanceux – pour le moins- que le malheureux « Franc-tireur » de Jean Max Causse, « Le vieux fusil »demeure un film mythique. L’histoire de cette vengeance a conquis à jamais le coeur des français par sa simplicité même.
Il présente par ailleurs une variation de la figure de l’homme ordinaire qui révèle un courage – et une sauvagerie- dans des circonstances exceptionnelles. En l’occurrence l’horreur absolue: le massacre de sa femme et de son enfant. Le choc est d’autant plus grand que la narration en flash backs juxtapose les souvenirs heureux du personnage et le cauchemar qu’il subit à cause de la guerre. Toutefois, ce contraste est subtil en cela que la violence qui se déchaîne lors du dernier tiers du récit est latente dans les moments de bonheur du héros. Et ce dès le générique de début qui montre Philippe Noiret et sa famille circulant heureux à bicyclette. Tout respire ici le bonheur. Jusqu’au gel de cette image et à la rupture de ton de la musique quand celle-ci s’arrête brutalement. Sa rencontre avec sa future épouse est également chargée d’inquiétude. Il est vrai qu’elle a lieu au début de la guerre, mais contrairement à ce que redoutent les deux amoureux, la tragédie n’éclatera pas à ce moment et ne touchera pas l’homme mais la femme.
Par ailleurs, le personnage de Noiret s’écarte de celui du « Franc-tireur » en cela que, s’il n’est pas héroique, il n’est pas hors du jeu. C’est un médecin, un homme responsable et s’oppose autant qu’il le peut à l’oppression, comme le prouve la scène d’ouverture ou il tient tête au chef de la Milice. Cependant, il demeure dans une certaine limite, pour protéger sa famille. Entre autres.
Il n’est donc pas si étonnant qu’il en vienne à infliger le pire aux tortionnaires de sa famille. Il accomplit une justice brutale, cruelle mais nécessaire. Au prix de sa raison.
Un très beau film illustrant autant le courage que la fragilité par le biais d’un protagoniste concentrant ces contradictions de manière crédible. Un échantillon d’humanité entre ombre et lumière qu’on ne reverrait plus souvent sur les écrans.












