Il me restait à définir le nom que prend Vicky dès lors qu’elle rompt définitivement avec le monde de la prostitution. Isabelle Leblanc.
Isabelle en référence à la reine de beauté et superstar argentine: Isabel Sarli.
Et Leblanc en référence à l’autre superstar du cinéma argentin Libertad Leblanc.
Mais pourquoi ces choix? Parce que Vicky lit la presse populaire, « Jours de France », « Cinémonde » et bien sûr: « Nous deux », ce qui laisse supposer qu’elle a trouvé dans ces univers fleur bleue, glamour, cucul la praline, caca chocolat une inspiration pour sa nouvelle identité!
Pour ceux qui ont lu la première partie, certains parmi vous me demanderont suite à cette avalanche de références cinématographiques, quid de la littérature? Il va de soi qu’on ne saurait écrire sans avoir lu, ainsi que l’avait dit A.D.G « Il faut avoir beaucoup lu pour pouvoir écrire un peu. » J’ai suivi ce conseil en forme d’adage et en rédigeant ce roman, j’avais en tête plusieurs oeuvres , notamment « Notre Dame des fleurs » de Jean Genet, évocation du monde des homosexuels criminels des années 20 (ou à peu près) bien connu de l’auteur qui appartenait lui-même à ce milieu. La figure centrale du livre est le travesti Divine, éternelle victime de son amour et mac Mignon les petit pieds. Bien que cela ne me soit pas venu à l’esprit lors de ma rédaction, peut-être ai-je eu envie d’offrir une revanche au malheureux héros du roman de Genet?
J’ai également pensé à deux ouvrages concernant le Paris secret, le premier étant « La nuit des halles » de l’infatigable collecteur de contes et légendes de France Claude Seignolle
Le deuxième est » Rue des maléfices » du journaliste Jacques Yonnet, dont c’est à ma connaissance le seul ouvrage.
Pour finir, je citerais deux références musicales (tout finit par des chansons en France, c’est bien connu!) D’abord, « Monsieur Wiliam de Léo Ferré, tragique histoire d’un petit gratte-papier qu’une tocade tardive envoie à la mort.
La seconde explique finit d’expliquer le titre « Le charme secret de Vicky Lynn » Il s’agit d’une reprise musclée d’un blues des années 5O par le guitariste Link Wray « Hidden charms » charmes cachés… des charmes cachés au charme secret, il n’y a qu’un pas!
Allez donc sur Youtube écouter ces merveilles ou, mieux, achetez les disques!
Vicky Lynn, personnage titre de mon premier roman méritait lui (elle? Bon, je vais y revenir) aussi de figurer parmi les premiers portraits de mes créations. Mais d’abord, qui est Vicky Lynn? Un ancien travesti mi-artiste de cabaret, mi-prostitué (et surtout prostitué) qui subit une sévère correction de la part de ses employeurs pour avoir voulu reprendre sa liberté. « Le charme secret de Vicky Lynn » raconte sa renaissance en femme puis sa vengeance.
En dehors de son passé professionnel, je ne fais pas mention du reste de son passé, le coup du petit garçon qui se met à jouer à la poupée a été déjà fait cent fois, il n’était donc pas utile de le refaire. Et pour tout vous dire, je n’en n’avais pas envie non plus. Afin de lever toute équivoque en raison du sujet du livre qui se télescope avec l’actualité, je reste neutre quant à cette question. Je ne suis en rien contre les transexuels, j’en ai connu, ce qui me permet d’affirmer avec un peu d’humour que Vicky Lynn existe. Plus sérieusement, quant à la dysphorie de genre, je suis de ceux qui croient qu’elle existe. Mais…elle ne concerne qu’une infime partie de la population mondiale, un individu sur cent dix milles. Aussi, la fièvre, sinon l’hystérie, que suscite cette question me semble-t-elle déplacée. Quantité de personnes de nos jours prétendent – et pour quelques uns en toute bonne foi- être transgenres alors que leurs problèmes relèvent de bien autre chose. Parenthèse fermée.
Donc Vicky Lynn tire sa source de la réalité de certaines de mes rencontres mais je n’en dirais pas plus à ce sujet, ce blog étant consacré à mes livres, non à ma vie, et ce pour des raisons de discrétion que vous pourrez facilement comprendre. Outre mon expérience, il y a l’histoire, le contexte est celui du début des années 50, la France est en guerre en Indochine, porte encore les traces de l’occupation, la société s’américanise et l’économie se redresse peu à peu. Ceux qu’on appelle pas encore les trans à cette époque sont bien souvent relégués dans les marges du cabaret et de la prostitution. Certes, en 1952, la première opération de « réassignation » a eu lieu avec succès au Danemark sur la personne d’un jeune américain devenu pour l’occasion Christiane Jorgensen.
Le cinéma s’y intéresse via « Glen or Glenda/ Louis ou louise » (1953) de l’inénarrable Ed Wood
Christine Jorgensen
La France n’est pas non plus en reste avec « Adam est Eve » (1953) de René Gaveau, avec entre autres Jean Carmet qui interprétera lui-même beaucoup plus tard un transsexuel dans « Miss Mona » (1988) de Mehdi CHaref.
Et dans le domaine de la psychologie, il ne faut pas oublier le très contesté rapport du docteur Alfred Kinsey. Outre ces références tirées de la fiction centrée sur ce thème et des « sciences humaines », Vicky Lynn tire son origine du film noir américain, des films qui traitent de vengeances féminines ( de prostituées, je n’oserais pas ajouter que cela va de soi) Notamment via le ^personnage de la prostituée défigurée jouée par Gloria Grahame dans « Réglements de compte/ The big heat » (1953) de Fritz Lang:
Gloria Grahame.
Je n’oublierais pas de citer la première des sources celle qui m’a inspiré le nom de scène de mon personnage:
Enfin, il faut absolument que je cite « Les yeux sans visage » de Georges Franju, avec le masque de Edith Scob:
A tout seigneur, tout honneur, le commissaire Robert Lin fil rouge de mes livres méritait bien d’être cité en premier dans le cadre de cette étude de mes personnages.
Alors d’ou vient-il?
Ceux qui ont jeté un oeil aux premières pages de mon blog, savent que je suis très cinéphile et c’est un peu grâce au cinéma que Robert Lin ou plutôt grâce à la télévision que ce personnage est apparu dans mon esprit. Je m’explique, Lin m’a été pour partie inspiré par un comédien….du Théâtre de Bouvard! En l’espèce Tchee, de son vrai nom Tchee Meas, acteur mais aussi compositeur de souche laotienne qui retourna dans son pays pour y poursuivre une carrière de musicien suite à sa déception quant à ses rôles en France qui le réduisaient à « L’ asiatique de service ».
J’ai parfois rêvé d’être réalisateur, j’en rêve encore parfois, et c’est lors d’un de ces moments de rêve que j’ai envisagé un personnage de policier asiatique joué par Tchee Meas qui rendrait hommage aux polars français d’Après-guerre dont Tchee était féru.
L’ autre source est plus personnelle et surtout plus ancrée dans la vraie vie (en l’occurrence, la mienne) le propriétaire d’un restaurant asiatique fréquenté en famille. L’homme était fort estimable, intéressant, ce qui explique pourquoi j’ai voulu lui rendre hommage.
Pour le reste, l’imagination a fait son travail.
Mais qui est vraiment Robert Lin? En effet, il est temps de définir le héros de mes récits. Il s’agit d’un chinois d’Indochine, élevé chez les frères Maristes (ce qui lui a inspiré une franche détestation des curés) il a fait des études de lettres langues, il a une relation compliquée avec sa mère et a été un résistant émérite (son dos porte des traces des tortures de la Gestapo) Devenu policier par hasard à la libération, il n’aime guère ce métier mais le fait au mieux poussé par un sens aigu du devoir. C’est un bon professionnel mais pas un de ces limiers infaillible dont regorge la littérature policière et encore moins un corrompu. Ses caractéristiques se trouvent ailleurs, une grande humanité et une grande indépendance d’esprit.
La mère de toutes les larmes, prochaine aventure de Robert Lin.
Robert Lin revient dans « La mère de toutes les larmes ». Après avoir côtoyé des travestis ( Le charme secret de Vicky Lynn) des trafiquants de drogue et un nabot aux rêves de truanderie, voici notre commissaire en butte avec la prostitution des mineures. L’histoire se déroulant en 1958, certains férus des affaires de la IVème République y verront une analogie avec l’affaire Le Troquer et…ils auront raison. A cela près qu’il s’agit d’une inspiration et non d’une relation fidèle d’un fait authentique.
j’ai quand même diffusé une image du procès qu’entraîna l’énorme scandale suscité par l’affaire, laquelle provoqua la démission et le bannissement du pauvre Le Troquer qui laissa bien malgré son nom à cet événement. Triste fin pour celui qui fut héros des deux guerres mondiales, mutilé, résistant et surtout innocent dans ce bourbier nommé par la presse « Les ballets roses ». Et tout cela par négligence…
Quoiqu’il en soit, ici, on trouvera des proxénètes d’un genre particulier qui cachent leurs coupables activités grâce à un restaurant qui donne dans le charme rustique « Le comice agricole ». Ces sombres personnages sont (sans ordre particulier) Michel Dodaiev et Catherine Carpouzis. Le premier est issu d’une famille russe émigrée qui a mal tourné et qui, tel un certain nombre de fils de la grande bourgeoisie dans sa situation, s’est engagé dans la Coloniale pour aller se battre en Indochine. Après s’être couvert de gloire, il est revenu en France pour devenir le rabatteur du « Comice agricole »Catherine Carpouzis elle, est une ancienne acrobate de cirque, lesbienne furieuse, alcoolique et brutale, qui pleure sur sa jeunesse et sa forme perdue.
On retrouvera, pour ceux qui ont lu « Vicky Lynn » Freddy Gorari, fils d’un célèbre barbeau qui peine à faire sa place mais qui trouvera dans ce récit l’occasion de s’acheter ( de s’offrir?) une conscience.
La suite au prochain numéro!
Mais pas trop cependant, il faut laisser à vous les lecteurs le plaisir de la découverte…