Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers-Le cinéma international

Aujourd’hui: Edition spéciale truands qui déraillent!

Le truand qui pète un câble, le truand affligé de trauma, tares ou complexes est ou en tous cas fut une figure récurrente du film noir. Du film noir. Pas du film de gangsters des années 30 et de ses grands primitifs, pour reprendre les termes de Borde et Chaumeton dans leur « Panorama du film noir américain », dont le « Scarface » original était l’exemple le plus célèbre. Non. Le film noir et ses ambivalences d’Après-guerre, loin de « L’éternelle épreuve sportive entre le bien et le mal » de Brasillach (Cité par Borde et Chaumeton, encore!) Le film noir qui comptait dans son bestiaire ces criminels tordus toujours effrayants, parfois pathétiques.

Si le film noir n’a pas survécu aux années 50, il a laissé un héritage considérable dans lequel le cinéma se servit pendant longtemps. Il y a malheureusement renoncé et c’est bien dommage, les films déversés par le studios relevant trop souvent d’une soupe qui mélange marketing et Marcuse mal digéré. Soit, il semblerait que ce triste état de choses soit en train de changer et c’est tant mieux. Mais c’est un autre sujet.

Le sujet du jour, c’est folie et gangstérisme. Mais pourquoi ces deux thèmes ont ils été si étroitement mêlés dans le genre? La Deuxième guerre mondiale en est à l’origine. Le conseil de révision incluant un examen psychiatrique, de nombreux malades mentaux furent ainsi découverts. Dont certains étaient des gangsters, tel Sam Giancana. Cela donna du grain à moudre aux scénaristes. Il en émergea des personnages devenus depuis mythiques qui eurent une descendance non seulement dans le cinéma américain mais aussi européen et voire asiatique.

Sans plus tarder, embarquons nous pour ce voyage au coeur du crime et de la folie!

« L’enfer est à lui » de Raoul Walsh (White heat, Etats-unis, 1949)

« Made it ma’, top of the world! »

Cody Jarret, redoutable chef de gang vouant une dévotion sans limites à sa mère, envisage suite à un braquage particulièrement meurtrier, un « grand coup » visant la caisse d’une raffinerie. Il doit cependant effectuer un séjour en prison qui ne le gêne nullement dan son projet. Alors qu’il est à l’ombre, il fait la connaissance d’un autre détenu qu’il prend en amitié au point d’en faire un complice. Il ignore que ce dernier est en réalité un policier infiltré.

A tout seigneur tout honneur, il fallait bien commencer par ce mythe du cinéma qui causa tant d’émotions et de scandale à sa sortie. Considéré par certains comme un divertissement dangereux, admiré par les taulards qui voyaient dans son héros un modèle à suivre, avant de devenir une référence, citée, copiée ou revenant en clin d’oeil ou en parodie. « Fondu au noir » de Vernon Zimmerman avec son cinéphile assassin qui mourait au milieu d’un incendie pour imiter la fin de James Cagney dans le film de Walsh. « Les cadavres ne portent pas de costards » de Carl Reiner, merveilleux pastiche mélangeant images de classiques du film noir avec des acteurs contemporains (Contemporains de 1982, hein!) ou Steve Martin apparaissait déguisé en mère de Cody Jarret/James Cagney.

Bon, tout cela est bel et bon. Mais quid du film lui-même? Ou plus exactement, quel est son importance quant au sujet du présent article? Celle-ci est déterminée par deux raisons. D’abord, James Cagney qui porte le film et représente le passage de témoin entre deux époques. Celle du film de gangster dont Cagney fut une des figures majeures. Ensuite, une étude de caractère saisissante qui en inspirera beaucoup. Pour être une brute sanguinaire, Jarret n’en n’est pas moins un être fragile ainsi qu’en témoigne la fameuse scène ou, suite à l’annonce du décès de sa mère, il se tortille à même le sol du réfectoire de la prison. Ensuite, il cache sous sa mégalomanie résumée par la formule « Top of the world » (Plus haut que tout) répétée au cours du récit tel un leitmotiv un désir profond d’autodestruction. Lequel peut s’expliquer par un refus forcené de la médiocrité, allant jusqu’à préférer périr brûlé plutôt que de finir misérablement en prison. Il y a là aussi l’acceptation d’un destin fatal chez les truands qu’on retrouvera bien plus tard dans la série « Les Sopranos » quand Tony Soprano confie à la psychiatre qu’il prend quelque peu en otage « Ce qui m’attend? La balle ou la taule! » (‘The bullet ou the can » en V.O) Et cela fait écho à la réalité – encore de nos jours. Lors d’un récent reportage sur la narcotrafic qui gangrène notre pays, un jeune impliqué dans cette sinistre entreprise qui répondait au journaliste qu’il savait ce qui le guettait: « Une balle dans la tête! »

Cody, tu étais à ta manière un prophète.

Avant de finir, un mot des interprètes autour de Cagney, Edmond O’Brien dans le rôle du flic infiltré, Virginia Mayo dans le rôle de la fille à gangster, et Steve Cochran en second injustement accusé de trahison par Jarret. En guise de conclusion, il faut saluer les auteurs du titre français « L’enfer est à lui » convenant mieux au récit – les flammes au milieu desquelles meurt Jarret sont à ce titre évocatrices- que celui d’origine « White heat », littéralement « chauffé à blanc », certes approprié, mais nettement moins fort…


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