Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers-Le cinéma américain

Aujourd’hui: « Le récidiviste » de Ulu Grosbard (Straight time, Etats-unis, 1977)

Déjà incarcéré à plusieurs reprises, Max Dembo bénéficie d’une libération conditionnelle. Il est décidé à mener une vie normale mais de nombreux obstacles mettent à mal sa bonne volonté. Outre son passé de prisonnier, il y a son officier de probation. Très vite, à cause de l’entêtement de ce dernier et malgré une rencontre amoureuse, Max replonge dans le crime.

« Le récidiviste » est l’adaptation du roman semi-autobiographique de Edward Bunker: « Aucune bête aussi féroce » dont les droits avaient été acquis par Dustin Hoffman. L’acteur avait été en effet fasciné par ce récit d’une rédemption impossible au point de vouloir la mettre en scène lui-même. Mais, devant l’ampleur de la tâche, il se résigna à confier les rênes de l’entreprise à son ami Ulu Grosbard.

Loin de servir le film, l’amitié qui liait les deux hommes s’avéra contre-productive, Hoffman étant toujours sur le dos de Grosbard – regrettant à l’évidence d’avoir renoncé à la réalisation. Il en résulte un film bancal qui ne relie pas assez les deux parties qui le composent: la tentative de réinsertion du héros, d’une part, et le retour à la vie criminelle, d’autre part. Toutefois, « Le récidiviste » n’est pas sans intérêt, le principal étant d’apporter une pierre à l’édifice d’un débat plus que jamais d’actualité: le traitement de la criminalité. Le cinéma, divertissement et art visuel, a souvent abordé de thème avec les qualités et les limites qui le caractérisent. Entre la compréhension voire l’admiration des uns et l’apologie de la justice expéditive des autres, le cinéma manque bien souvent de finesse. « Le récidiviste » évite ces écueils lorsqu’il s’agit de répondre à la question: « Qui est le coupable? Le criminel ou la société? ». Selon le film…un peu des deux. La société en prend pour son grade au travers du personnage de l’agent de probation borné et malveillant. Dembo, le délinquant professionnel, n’est pas davantage épargné, sa vie relevant de son choix et non d’un malheur provoqué par le système. Et c’est sans doute le plus désespérant dans cette histoire: l’absence de réponse.

Max Dembo, l’anti-héros de cette fable sans morale, fut qualifié de « type immature et malsain » par le critique et romancier Barry Gifford (Par ailleurs créateur de « Sailor et Lula ») ce qui est probablement vrai. (D’ailleurs, Dembo s’entend reprocher dans le roman son manque de maturité affective) et Dustin Hoffman accomplit une performance extraordinaire en parvenant à le rendre presque attachant. Sans faire oublier cependant que Dembo est un fauve prêt à bondir à tout instant, la fameuse « bête féroce » du livre de Bunker. Le regard, les expressions, la gestuelle du comédien rappellent à chaque instant, y compris dans les moments de tendresse, que le danger est là. A ce titre, si « Le récidiviste » ne compte pas parmi les meilleurs films de Hoffman, il lui offre l’occasion de donner le meilleur de lui-même. Plus, à mon sens, que dans ces rôles à transformation. Il est vrai qu’il était à la source du projet, ce qui explique son implication et, partant, la qualité de son jeu.

Avant de conclure, un mot du romancier à l’origine du script, Edward Bunker. Celui-ci fut lui-même un criminel cumulant les séjours à l’hôtel des barreaux gris (Pour reprendre une expression américaine) avant de s’acheter une conduite. Avec succès, contrairement au triste héros de « Aucune bête aussi féroce » Il apparaît du reste dans le film tiré de son livre et honora par ailleurs de sa présence quelques bandes, dont la mus connue reste « Reservoir dogs » de Quentin Tarantino.


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