Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma français- Edition spéciale.

Aujourd’hui: Les derniers feux de l’héroisme dans le cinéma français, deuxième partie.

Plus chanceux – pour le moins- que le malheureux « Franc-tireur » de Jean Max Causse, « Le vieux fusil »demeure un film mythique. L’histoire de cette vengeance a conquis à jamais le coeur des français par sa simplicité même.

Il présente par ailleurs une variation de la figure de l’homme ordinaire qui révèle un courage – et une sauvagerie- dans des circonstances exceptionnelles. En l’occurrence l’horreur absolue: le massacre de sa femme et de son enfant. Le choc est d’autant plus grand que la narration en flash backs juxtapose les souvenirs heureux du personnage et le cauchemar qu’il subit à cause de la guerre. Toutefois, ce contraste est subtil en cela que la violence qui se déchaîne lors du dernier tiers du récit est latente dans les moments de bonheur du héros. Et ce dès le générique de début qui montre Philippe Noiret et sa famille circulant heureux à bicyclette. Tout respire ici le bonheur. Jusqu’au gel de cette image et à la rupture de ton de la musique quand celle-ci s’arrête brutalement. Sa rencontre avec sa future épouse est également chargée d’inquiétude. Il est vrai qu’elle a lieu au début de la guerre, mais contrairement à ce que redoutent les deux amoureux, la tragédie n’éclatera pas à ce moment et ne touchera pas l’homme mais la femme.

Par ailleurs, le personnage de Noiret s’écarte de celui du « Franc-tireur » en cela que, s’il n’est pas héroique, il n’est pas hors du jeu. C’est un médecin, un homme responsable et s’oppose autant qu’il le peut à l’oppression, comme le prouve la scène d’ouverture ou il tient tête au chef de la Milice. Cependant, il demeure dans une certaine limite, pour protéger sa famille. Entre autres.

Il n’est donc pas si étonnant qu’il en vienne à infliger le pire aux tortionnaires de sa famille. Il accomplit une justice brutale, cruelle mais nécessaire. Au prix de sa raison.

Un très beau film illustrant autant le courage que la fragilité par le biais d’un protagoniste concentrant ces contradictions de manière crédible. Un échantillon d’humanité entre ombre et lumière qu’on ne reverrait plus souvent sur les écrans.


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