Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Le cinéma américain

Aujourd’hui: »Talk radio » de Oliver Stone (Etats-unis, 1988)

(Egalement intitulé « Confessions nocturnes » et pour le Québec « Conversations nocturnes »)

Barry Champlain est un animateur radio dans la région de Dallas. Sa spécialité consiste à remettre à leur place les auditeurs qui lui téléphonent pour lui confier leurs malheurs. Ou déverser leur bile. Cela devient un sujet d’inquiétude pour Barry qui fait de plus en plus souvent l’objet d’attaques de militants tendance « Nazisme et dialogue ». La paranoia qui gagne l’animateur s’en trouve d’autant plus renforcée que la station pour laquelle il travaille est sur le point de conclure un accord lui permettant d’émettre sur le réseau national.

Sorti en 1988, « Talk radio’ se situe dans la filmographie d’Oliver Stone entre « Wall street » et « Né un 4 juillet » et représente une pause dans la carrière du réalisateur. Loin des grosses machines précitées, ce film se révèle plus intimiste, confiné même, l’intrigue se déroulant pour sa plus grande part dans le studio ou travaille l’animateur. On sort en effet peu de cet espace, à l’exception de quelques extérieurs et flashs back sur lesquels on reviendra. Cela offre à Stone la possibilité de se livrer à une étude de caractère plus approfondie que dans des productions plus amples et il ne s’en porte que mieux (Du moins à mon avis) Il s’agit donc d’une étude de caractère, ou plus précisément d’un caractère qui se transforme au gré des circonstances. Barry Champlain passe ainsi de l’état d’un inoffensif vendeur de vêtements, hippie et idéaliste à celui d’histrion cynique n’hésitant pas au nom de l’audience et de son ego à jouer avec la souffrance des autres, voire avec des sujets brûlants. Tellement brûlants qu’ils finissent par l’atteindre insidieusement de menaces verbales en morts symboliques (Le verre que lui balance une auditrice dépitée) Tout cela forme un chemin vers la mort que Champlain pressent, prenant au passage conscience de ce qu’il est devenu ce qu’il prétendait combattre dans sa jeunesse: un agent du statu quo, sinon de l’oppression en même temps qu’un personnage gonflé d’une importance qu’il n’a pas. « Toi, tu raccroches au téléphone, tu es un petit vendeur de costumes qui a la langue bien pendue. » Comme le lui rappelle le directeur de la station.

Marchandisation des émotions et des problèmes sociaux, trahison des idéaux , renoncement à l’éthique, « Talk radio » aborde de nombreuses questions et, ironiquement, met le doigt sur un paradoxe des boomers – caste à laquelle appartient manifestement le personnage principal. En fait, les maux que maudit Champlain à la fin du récit sont les effets de causes que lui et ses pareils non seulement chérissent mais dont ils sont à l’origine. Cette société de la transparence (Symbolisée ici par les auditeurs désespérés ou en colère dont les propos retransmis ont valeur de confessions) est une des conséquences des voeux de cette génération tellement acharnée à détruire le « vieux monde » et ses valeurs forcément toxiques, dont le respect du secret.

Point intéressant, le scénario (Une pièce de théâtre au départ déjà jouée par l’acteur Eric Bogosian) est basé sur un fait réel: l’assassinat d’un animateur de gauche par un groupuscule néo-nazi, auquel se référait également « La main droite du Diable » de Costa-Gavras sorti la même année et consacré au Ku Klux Klan.


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