Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- La lucarne

Nouvelle rubrique consacrée à la télévision, sujet jusque là négligé ici. C’est donc l’occasion de réparer un oubli.

Aujourd’hui: « La brigade des maléfices » Crée par Claude Guillemot et Claude Jean-Philippe (1970/1971)

Guillaume Martin-Paumier trône en robe de chambre chamarrée dans un salon qui ressemble à un cabinet de curiosités, se promène en side-car (Un très beau Motobécane) conduit par son fidèle Albert, arborant souvent feutre noir, pardessus de même couleur et écharpe rouge, entre Aristide Bruant et le regrettable Tonton. Avec cet équipage, l’homme est policier dirigeant un service à son image: extravagant. Il s’agit en effet de la Brigade des maléfices, spécialisée dans les affaires ou la raison n’a plus sa place, laissant sur la bas-côté les enquêteurs classiques. Paumier auquel le chansonnier et inoubliable second rôle Léo Campion prêtait sa faconde et sa silhouette rotonde apparut le temps de six épisodes (Malgré son succès, la série ne fut bizarrement pas reconduite) ou il débrouillait des intrigues ou défilaient extra-terrestres, fées ou marionnettes humaines toujours séduisantes, un vampire mélancolique atteint d’une rage de dents carabinée et même un simple escroc. Le tout faisait surgir le merveilleux dans des décors alternant forêts de contes de fées (Parfois) et paysages bétonnés (Souvent) Il n’y avait à vrai dire qu’un antagoniste « Diablegris » incarné par Pierre Brasseur qui semblait beaucoup s’amuser en Méphisto vendeur d’électroménager. D’ailleurs, sans être un bon Diable, Diablegris prêtait plutôt à rire. L’humour ne manquait d’ailleurs pas – il était du reste difficile à éviter avec la présence de Léo Campion- ni de romantisme, certains épisodes se concluant souvent par les noces du surnaturel et de du simple mortel, comme c’est le cas dans l’épisode « Voir et Vénus et mourir » ou la belle alien (Vous apprécierez le jeu de mots, enfin les amateurs de Offenbach) emmène sur sa planète un terrien. Comme le dirait Frère Paul-Adrien (Excellent prêtre officiant sur YouTube que je salue au passage) « L’amour vaincra! » et l’amour triomphe souvent dans cette série. L’amour, l’humour et aussi une certaine finesse. Si Muselier, policier rationnel, s’oppose fréquemment à Paumier (C’est d’ailleurs lui qui surnomme le service de son collègue « La Brigade des maléfices) il n’est jamais tourné en ridicule. La finesse se manifeste également dans le traitement du sujet. Réalisée avec peu de moyens mais sachant en appeler à l’imagination du public, la série emmène lentement le spectateur dans un monde à la fois étrange et familier qui n’est pas sans rappeler Marcel Aymé.

« La Brigade des maléfice » compte parmi les incursions réussies dans le domaine du fantastique de la télévision française et constitue un vraie Madeleine de Proust tant il permet de retrouver des visages aimés comme Philippe Clay, Annie Duperey, Jacques François ou un Claude Brasseur encore inconnu (La confrontation avec son père en Diablegris est à ce titre savoureuse) En bref, un bijou à (re)découvrir, drôle, inventif et émouvant par moments.

Marc Lamole (Albert) et Léo Campion (Paumier)

Jacques François (Le principal) et Léo Campion

Léo Campion et Jean Claude Balard (Muselier)

Annie Duperey et Philippe Clay

De gauche à droite: Claude Brasseur, Marguerite Jacobsen et Jenny Arasse

Pierre Vernier

Pierre Brasseur


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