Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Littérature française

Aujourd’hui: « Le bon Dieu s’en fout » de André Héléna (1949)

Félix Froment, forçat évadé revient dans la ville de son enfance. Après avoir vendu des diamants volés suite à son évasion, il se fabrique des faux papiers. Il noue une liaison avec la bonne du gourbi ou il est descendu. Très vite, les choses se compliquent…

Publié en 1949, mais écrit bien plus tôt, « Le bon Dieu s’en fout » marque une transition dans l’oeuvre de André Héléna qui abandonnait ici ses ambitions poétiques pour entrer dans le monde du roman noir. La poésie y-a-t-elle perdu? Difficile à dire. En tout cas, la littérature criminelle française y a gagné, Héléna étant devenu un de ses maîtres – et, malheureusement l’un des plus mal reconnus. Quoiqu’il en soit, ce roman ne manque pas de poésie dans la peinture qu’il fait du monde qui familier de l’auteur ou se mêlent l’étrange et la médiocrité – voir la description de la loge ou vivote une obèse infirme et odieuse qui martyrise sa nièce droguée. On y trouve aussi et forcément ce qui ferait la marque de l’auteur: la ville hostile sous les intempéries (Une pluie incessante en l’occurrence) le héros poursuivi par la fatalité, les flics vus comme une justice aveugle à la miséricorde (On passe sur ce trait agaçant de l’époque, l’admiration pour les truands) l’atmosphère lourde. Il faut noter également le personnage de la bonne touchée par la grâce et ce en dépit – ou peut-être à cause?- d’une vie de malheurs. Exact opposé de Félix, héros ou plutôt anti-héros, de ce récit. En fait pas si opposés que cela. L’un comme l’autre refusent la résignation. Chacun à sa manière.

Eh oui, il y a parfois de la métaphysique dans le polar. Sans prétention aucune. Cette profondeur alliée à un style aussi coloré que le tableau est sombre est avec la peinture précise et sensible des personnages une des grandes qualités de ce livre. Il a bien sûr ses défauts – un récit peu animé manquant d’action notamment- mais Héléna se rattrapera largement plus tard. Il est à retenir qu’ici, il célèbre sa naissance en tant qu’écrivain noir. Et c’est déjà beaucoup.


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