Aujourd’hui: Abbé Arthur Mugnier, confesseur du tout-Paris!

Avant tout, l’abbé Mugnier était-il un excentrique? Si en prononçant ce mot d’excentrique, on pense à des bozos à grosses godasses et pantalons rayés ou à des alcooliques déparlant en jurant comme des chameliers en état d’ébriété, on repassera. L’abbé susmentionné (Oui, j’adore ce terme, pardonnez moi, j’en parlerai en confession, vous êtes content?) avec son air de curé de campagne n’avait pas de quoi affoler le thermomètre de l’extravagance. Et pourtant ce petit homme qui termina sa vie presque aveugle aux derniers jours de la deuxième guerre mondiale répondait à la définition du terme: est excentrique quiconque se situe à l’écart du centre. Et Dieu sait que ce serviteur du seigneur, pour ne pas payer de mine, n’en manquait pas moins de caractère!
Natif de Corrèze de souche mosellane qui vit le jour en 1853, il connut des débuts difficiles, échouant à intégrer la compagnie de Jésus, il passa par le petit séminaire de Nogent le Rotrou. Il commença à exercer son sacerdoce dans la paroisse de Saint Nicolas des champs dans le quartier des Halles avant d’accéder à des églises nettement plus élégantes de Saint Thomas d’Aquin puis celle de Sainte Clotilde. Ce changement d’air explique probablement la proximité du prêtre avec le grand monde. Il fut en effet proche de la comtesse de Noailles, de la comtesse de Sévigné et de nombreux écrivains. Et pas des moindres. Marcel Proust, Paul Valéry, Paul Morand, Jean Cocteau (Dont il fut le confident) et surtout Joris Karl Huysmans dont il aida la conversion. Seul Léon Bloy avait une dent contre l’homme par ailleurs estimé des hommes de lettres à qui il le rendait bien. Il était naturellement un lecteur passionné, fervent de Chateaubriand. Il tenait ce goût de sa mère, ce fut elle également qui l’incita à épouser la vie religieuse.
Cela explique très probablement la passion d’écrire de l’abbé qui avait un journal volumineux qui constitue un témoignage inestimable sur non pas une mais plusieurs époques, allant du conflit franco-prussien jusqu’à l’occupation. Cette évocation de nos guerres permet de faire le lien avec un autre aspect de l’abbé Mugnier: son pacifisme. Et les reproches qu’il fit aux nationalistes, pointant du doigt leur manque de compassion. Cela lui valut des conflits avec Maurras et l’Action française, alors même qu’il était nostalgique de l’Ancien régime. Ce n’était pas son unique contradiction, à la fois candide et homme d’esprit plein d’ un humour ravageur. Ainsi un jour, une dame fort maigre portant une immense croix en sautoir lui demanda q’il avait vu sa croix, il répondit: « Non, je n’ai vu que le calvaire! » A côté de cela, il fut compromis en raison de sa proximité avec l’abbé Loyson, prêtre moderniste. Autre paradoxe, malgré ses réparties parfois corrosives, l’homme était gentil, ce qui détonnait dans ce milieu littéraire qu’il affectionnait tant ou la méchanceté est monnaie courante.
Alors excentrique? Pas tant que cela, après tout. Mais attachant, assurément.
