Le fantôme de Buddy Holly

Suite à l’article sur « The Buddy Holly story », il m’est venu à l’idée de cette chronique sur le rocker et son influence. Il convient d’abord de rappeler qui était ce musicien. Entraîné vers le succès suite à celui d’Elvis (« Sans Presley, aucun de nous n’aurait réussi. » dira-t-il) il était cependant très différent du natif de Tupelo. Ainsi que de ses confrères. Pas sauvage, comme Jerry Lee, ni écorché comme Gene Vincent, ni sensuel comme le King. Il avait bien entendu sa dose d’énervement sans laquelle il n’aurait pu appartenir au Panthéon des héros de notre musique préférée. Toutefois, il se distinguait par son allure de premier de la classe, ses lunettes qui en inspireraient bien d’autres de John Lennon à Moon Martin en passant par l’autre Elvis, Costello. On le qualifierait plus tard de « Geek », ce qui était discutable, mais au moins prouva-t-il qu’il était possible de jouer du Rock sans ressembler à un voyou ou à une bête de sexe et, partant, donna de l’espoir à ceux que personne ne regarde, leur montrant qu’il existait pour eux aussi un chemin. C’est cela, la fonction sociale des artistes.
Mais au-delà de l’image, il y avait la musique. Plus mélodique, insistant sur les harmonies, préparant le terrain aux Beatles et à une « Power pop » que personne ne sait encore définir (« La Power pop, c’est du Rock avec des lalalala! » A déclaré je ne sais plus qui) et posant une influence qui s’avérerait extrêmement durable.
Celle-ci ne relève pas que de la nostalgie. Certes, elle a sa part dans l’affaire. Depuis la « Buddy Holly week » initiée par Paul McCartney (Par ailleurs détenteur des droits d’auteur du chanteur) en 1978 (Décidément, cette année ne me lâche pas!) au récent hommage que lui a rendu la ville de Dublin en janvier de cette présente année, en passant par le « Rock’n’Roll dream tour » et ses hologrammes. Sans oublier les références à l’artiste dans la culture populaire, notamment la littérature. James Ellroy(Qui déteste le Rock, soit dit en passant) l’a cité dans « La colline aux suicidés » (Par ailleurs chroniqué par votre serviteur dans ces pages) ou le trio Jack M. Dann/Gardner Dozois/ Michael Swannick dans la nouvelle de science fiction « On tour/En tournée » ou Buddy, Elvis et Janis Joplin se retrouvent dans un bien curieux au-delà. (Nouvelle disponible dans le recueil « Rock’n’Roll altitude » disponible chez Présence du futur) Le cinéma s’y intéressa également, mais j’y reviendrais.
Mais outre les hommages, il y eut l’empreinte du natif de Lubbock. Comme en témoigna en France la compilation « Everyday is a Holly day » réunie en 1989 par le producteur Patrick Mathé pour le label New rose, sur laquelle divers musiciens y allaient de leurs reprise. Elliot Murphy, Bruce Joyner, Tav Falco, les Lolitas, Chris Spedding et Paul Roland, notamment. Autant de musiciens différents par leur sensibilité et leur âge, mais tous réunis par leur admiration pour le créateur de Peggy Sue. En 1991, Dick Rivers enregistra à Austin (Texas) « Holly days in Austin, et Alain Bashung (Qui collabora plusieurs années plus tôt avec Dick Rivers) reprit « Well all right » sur son 33 tours « Osez Joséphine ». Tout cela montre l’étendue de l’influence par delà les époques et les pays. Bien avant, et là on revient en 1978, Blondie, groupe phare de la Power pop, cligna de l’oeil à leur aîné en donnant sa version de « I’m gonna love you too » sur leur best-seller « Parallel lines » C’était une manière de rendre à César ce qui lui appartient, tant la Power pop DOIT à Buddy Holly.
La Power pop est en effet fille de Buddy Holly. Dans son excellent essai « Sur le Rock », François Gorin pointa cette vérité du doigt en replaçant l’émergence du genre dans son contexte. Celui de la deuxième moitié des années 70, le moment ou le Rock progressif fatigue et ou un retour à une certaine simplicité (Pas la niaiserie!) est réclamée par une partie du public. Cette simplicité ou plutôt ce mélange de simplicité et de sophistication était la marque de la musique de Buddy Holly, elle ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd. Preuve en est les accords utilisés par Moon Martin, Blondie et même Police! Peu importe que cela soit conscient ou non. L’évidence est là. Simple et complexe, et surtout concis, en parfait accord avec l’exigence de l’époque. Gorin enfoncera le clou en affirmant qu’on est loin du Grateful dead, bien que cette assertion soit pas exacte. Le groupe de Jerry Garcia avait à son répertoire de scène « Not fade away » lors de sa tournée de 1971.
Reste à évoquer le cinéma.Outre le biopic déjà chroniqué, il y eut des références discrètes par Quentin Tarantino dans « Pulp fiction » lors de la séquence de la cafétéria 50s ou dînent John Travolta et Uma Thurman. Un serveur déguisé en Buddy Holly (Steve Buscemi, méconnaissable!) et quelque peu déphasé s’occupe du couple susmentionné. Mais cela n’a en fait rien d’étonnant de la part de Tarantino, qui n’aime rien tant que malaxer les époques et les genres dans ses scripts et dans ses bandes sons.
Plus surprenant est la présence de « Dearest » sur la bande originale de « Juno » succès surprise des années 2000 narrant les amours et les déboires d’une fille-mère. Film « Indie » par excellence, totalement dans son temps, il y a de quoi être étonné par l’usage d’une chanson datant d’un temps que son public regarde sinon avec mépris, en tout cas avec indifférence. La réponse est peut-être détenue par le groupe d’Indie-pop de geeks désormais quadragénaires de « Weezer », lequel consacre une chanson à Buddy Holly intitulée… »Buddy Holly » Leur parenté avec le sujet de leur morceau étant évidente, il est permis de considére que la boucle est bouclée. Et qu’il ne faut pas non plus trouver curieux le souvenir de Buddy ranimé dans un film qui parle d’une ado enceinte. Après tout Buddy parlait souvent d’amour, et c’est bien une chose qui transcende les époques. Comme la musique de Buddy.

Buddy et Waylon Jennings, pas encore star de la Country…















