Alexandre Léger auteur rétro

Réflexions

La nostalgie de la nostalgie.

1978…L’union de la gauche se ramassait aux législatives, la coupe du monde de Football se tenait en Argentine et Michel Hidalgo, le sélectionneur des bleus d’alors était enlevé par un opposant au régime du général Videla. Les deux malheureux ne sachant se battre ni l’un ni l’autre, le kidnapping tourna court. Pif gadget lançait l’autocollant « Je suis un enfant du monde » et le pape Jean Paul Ier exerçait le pontificat le plus court de l’histoire. Quant à l’ayatollah Khomeyni, il se goinfrait aux frais du gouvernement français. Néné kidnappait paraît-il le baron Empain, Aldo Moro était détenu par les Brigades rouges. Au cinéma « La femme libre » faisait l’amour et le café. En librairie, Georges Perec offrait à qui en voulait « La vie mode d’emploi » Votre serviteur allait sur ses sept ans, passant avec sa famille des vacances à San feliu de Guixols, Costa brava, Espagne. Mais ou veut-il en venir? Pas d’inquiétude, j’y viens. Tandis que mes parents achetaient la presse française dans un négoce des ramblas, je contemplais ébaubi les effigies en carton de King kong, Charlot ou encore Laurel et Hardy. Et d’autres sans doute, que j’ai oublié. Cela ne m’empêcha pas d’entendre Laurent Voulzy évoquer dans « Rockollection » de sa voix de fausset ses souvenirs d’adolescent. Le tout farci d’extraits de chansons des gloires anglo-saxonnes des année 60. Little Eva, Them, les Beatles, etc.Le titre remporta un succès gigantesque en et hors de France (La preuve, je l’entendis en Ibérie!) mais coûta fort cher au chanteur qui dut se ruiner en droits d’auteur.

Le ton était doux-amer, comme un film intimiste ou la mémoire rend toujours un peu amer même quand elle nous ramène aux bons moments. Parce qu’elle nous ramène au temps perdu, comme l’écrivait Marcel.

Voulzy n’était pas le seul à verser dans ce registre. Gainsbourg via Jane Birkin interrogeait les désarrois de « L’ex-fan des sixties » adolescente attardée au bord des larmes à l’énumération de stars disparues. Eddie Cochran, les Beatles (Encore!) Jim Morrison etc. Cette chanson demeura un monument de pleurniche.

Les américains n’étaient pas en reste, avec les films  » The last waltz » de Martin Scorsese et « Sergent Pepper lonely hearts club band » de Michael Schultz. Le premier est la relation du concert d’adieu de The Band, groupe formé par les anciens accompagnateurs de Bob Dylan et, il ne faut pas l’oublier , Ronnie Hawkins. Outre leurs employeurs, les musiciens avaient invité quelques une de leurs collègues. Joni Mitchell, Neil Young, Emmylou Harris, Van Morrison, Ringo Starr. En bref, le ban et l’arrière-ban de la musique des années 60/70. En raison du caractère de la démarche, l’événement qui commença comme un concert puis s’acheva en célébration (Pour reprendre la phrase d’accroche de l’affiche) était plus que l’adieu d’un groupe. C’était l’adieu à une époque. Celle commencée à Woodstock près de dix ans plus tôt, Woodstock autre concert filmé qui comptait parmi ses monteurs…Martin Scorsese! C’était une manière de boucler la boucle.

Le deuxième est une adaptation de l’album éponyme des Beatles avec les Bee gees (Lesquels, soit dit en passant, ont toujours voulu être les Fab four à la place des Fab four) ainsi que quelques autres étoiles venus se ridiculiser dans cette mauvaise farce.

Bon, tout cela est bel et bon, mais pour en venir ou? « Rockollection » évoque désormais les souvenirs des uns et des autres. « Ex fan des sixties » est devenu un classique de la paire Gainsbourg/Birkin, « The last waltz » est devenu un classique du concert filmé, presque au coude à coude avec « Woodstock » et « Sergent Pepper… » un classique du nanar. Bref, toutes ces expressions de la nostalgie suscite à leur tour la nostalgie.

A méditer.


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