Deux images. Un seul homme. A droite, un prêtre genre curé de choc, proche des gens, des petites gens, voire des gens de peu sinon de rien. Un ami des laissés pour compte déboulant en plein Après-guerre pour tirer les mieux lotis de leur indifférence en leur rappelant que la prospérité en avait oublié certains encore plongés dans la misère la plus crasse. Sa voix déjà chevrotante résonnait pour la première fois sur les ondes lors de cet hiver si rude de 1954. Elle deviendrait plus tard – assez vite en fait- familière aux français. Pour ces derniers, il devint tout à la fois au fil du temps une conscience et un vieil emmerdeur. Le vieil oncle qui agace son monde lors des réunions de famille mais qu’on laisse parler parce qu’on l’aime bien.
A gauche, le même prêtre qui regarde avec satisfaction des billets de banque par liasses entières suspendus à un fil par des pinces à linge comme la lessive de Madame Michu. Pendant longtemps, une telle photo n’aurait pas suscité d’ironie. Personne n’y aurait vu autre chose chez ce religieux tellement dans le siècle que la fierté d’avoir recueilli tant de fonds pour les pauvres dont il s’était fait le champion. Mais voila. Le temps a passé. Des langues se sont déliées. Et de bien tristes révélations ont non pas terni mais détruit l’image jusqu’alors intacte de l’homme au béret et à la pèlerine. Obsédé sexuel, agresseur, mégalomane, antisémite, sans bon sens, à la limite de la déraison (Il fut interné, soit dit en passant) fréquentant des escrocs et le révisionniste patenté Roger Garaudy. Il était également avide et mythomane quant à son passé de résistance. On peut imaginer après tout cela qu’il devait EN PLUS mal se tenir à table et se curer les pieds en public.
Tant de choses malodorantes accumulées ne peuvent relever du mensonge. Mais quelque chose coince, malgré ou à cause de la vérité. Outre l’usage qui en fait par Madame De Haas qui trouve ici une nouvelle occasion de cracher sa haine des hommes, il y a la question de la mémoire. De ce que celle-ci conserve et du tri que chacun opère avec ses souvenirs. Que retenir de cette icône déchue? Ses incartades propres à remplir le guide Michelin ou le bien qu’il a accompli. Mais est-il possible de séparer les premières du second?
« C’est pas possible! » se serait exclamé l’ecclésiastique libidineux et cupide. J’avoue ne pas avoir de réponse. Du reste, le gazier m’agaçait terriblement de son vivant…alors…


