« L’Inde des grands chemins » de Jack Thieuloy (1970)
Le narrateur – qui, en l’occurrence, est aussi l’auteur- relate son périple en combi Volkswagen dans l’Inde de la fin des années 60. Il est accompagné par un jeune indigène qu’il a pris en sympathie (Hum!) fait de nombreuses rencontres et assiste à des événements divers et variés souvent dégoûtants, parfois magnifiques…
Paru en 1970 et préfacé par Lucien Bodard en personne, « L’Inde des grands chemins » fit l’effet d’une (petite) bombe. Il faut dire que le portrait que brosse l’auteur du pays aux deux milles dieux demande au lecteur non seulement de l’attention mais aussi de l’estomac. J’ai déjà évoqué le sieur Thieuloy, obscène obsédé sexuel, asocial avéré, narcissique compulsif et provocateur patenté. Il est souvent difficile de démêler l’homme de l’oeuvre. Dans le cas de Thieuloy, c’est impossible. Son goût pour la scatologie et ses fixettes charnelles qu’il étale à longueur de pages lasse et exige de qui le lit une patience heureusement récompensée par des moments de vraie beauté et d’ahurissantes fulgurances – au bon sens du terme. L’ennui est que, encore une fois, l’un ne va pas sans l’autre. Mais, ainsi que l’a écrit beaucoup mieux que moi dans sa préface Lucien Bodard, au milieu de ces provocations et de cette complaisance, il y a chez Thieuloy une exigence de vérité, loin du chromo et des rêveries psychédéliques qui faisaient florès à l’époque. De cela il ressort que le beau ne saurait être séparé du laid, l’un ne pouvant exister sans l’autre.
Un livre au final magnifique et sordide, pour reprendre les termes de Lucien Bodard qui prouve que Thieuloy n’était pas qu’un pitre aspergeant de ketchup ses contemporains (Ou est la note de teinturerie de Michel Tournier?) Il était bien un écrivain.
A lire? Absolument! A condition de les avoir bien accrochées!

