Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Littérature française

Aujourd’hui: « Le gala des vaches » de Albert Paraz (1948)

Il est bien difficile de résumer « Le gala des vaches » tant le livre d’Albert Paraz mange à nombre de râteliers. Roman à la structure non linéaire, journal intime, roman épistolaire… Comment s’y retrouver? Pour faire simple, il s’agit de la relation du (long) séjour de l’auteur dans divers hôpitaux suite aux conséquences de l’attaque aux gaz dont il avait été victime lors des premiers assauts de la bataille de France. A partir de là…

Avant d’en dire plus, il convient de dire un mot d’Albert Paraz, jurassien né à Oran qui entra dans le royaume de lettres (Je me refuse à écrire la raie publique, eut égard à mes convictions) par un roman de souvenirs de guerre « Bitru ». Satire qu’il serait ardu de classer -mais cela ne vous étonnera pas si vous avez lu le résumé ci-dessus- mais qui se caractérise par un humour corrosif n’épargnant rien ni personne. Paraz fut aussi un auteur de polars (« Une fille du tonnerre », entre autres) et, surtout, un grand défenseur de Céline à la réhabilitation duquel il contribua. Ce qui lui valut de nombreuses critiques. Pour ce qui concerne le présent ouvrage, il mélange la médecine ( Description de sa maladie et des traitements pour le moins rustiques de ces années là) le trivial (La fixette de l’auteur sur les infirmières) le culturel (Ses considérations sur le cinéma, art qu’il méprise, et bien sûr la littérature) et quantité d’autres choses dans un méli-mélo faussement anarchique. Au final, Paraz livre un témoignage par le petit bout de la lorgnette sur une époque, rappelle qu’un écrivain n’est pas qu’un esprit mais aussi un corps. Il ne fut pas le premier, Alphonse Daudet comptant parmi ses prédécesseurs dans ce domaine, qui avait consacré à sa syphilis  » La doulou » bref mais émouvant ouvrage. On pourrait ajouter à cela que lui succéda au début de la décennie 2000 l’autofiction ou Catherine M, Christine Angot ou Guillaume Dustan se livraient nus aux lecteurs. Tout ce beau monde décrivait qui ses parties de bagatelle en camionnette, qui son inceste, qui son SIDA avec comptage des sodomies administrées au sauna du coin. D’aucuns trouveront entre ces énergumènes et Paraz un vague air de famille. Mais alors un air très vague. Paraz se racontait mais avait plus à dire car il avait vraiment vécu, et savait montrer de l’humour et du style, toutes choses dont les délinquants à l’origine de ces excréments sur papiers étaient incapables.


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