Alexandre Léger auteur rétro

Réflexions

Depardieu, Danton, les procureurs et la vertu.

Depuis longtemps, je comptais écrire sur le film de Andrejz Wajda « Danton » évocation des derniers jours de Danton, de sa confrontation et de sa chute. Mais, l’actualité m’a fait hésiter quant à la rubrique qui accueillerait ce sujet. En effet, celui-ci qui se retrouve rangé dans les « Réflexions »aurait tout autant eu sa place dans « Le cinéma français » C’est finalement l’actualité judiciaire de Gérard Depardieu qui m’a décidé car l’affaire ne relève pas seulement de l’art mais aussi de la société et, bien entendu, de la politique. « Danton » servait par ailleurs de point de départ idéal à un tel article brassant si large pour un blog si modeste. Cependant, je me lance.

« Danton » ne se borne pas au simple film en costumes, de par le contexte de sa fabrication et la nationalité de son réalisateur. L’année 1982, celle de la loi martiale décrétée en Pologne par le général Jaruzelski afin d’étrangler la rébellion menée par Lech Walesa à la tête du syndicat Solidarnosc. La Pologne pays de Wajda que ce dernier fuyait afin de pouvoir s’exprimer à son gré. Il est facile et pourtant vrai de dire que le cinéaste polonais s’est servi de notre histoire comme d’une métaphore de la crise que traversait sa terre natale. Il y a bien des choses en commun entre l’opposition Jaruzelski/Walesa et le duel entre Danton, corrompu mais humain et Robespierre – le pire monstre qu’ait connu la France, selon moi- incorruptible, obsédé par la vertu jusqu’au fanatisme et à l’extermination, annonçant les massacres des koulaks par Staline, Katyn, voire les Khmers rouges. Ou tout simplement- et à un degré moindre- la situation polonaise de ce début des années 1980.

Les dernières images montrant un enfant récitant à coups de taloches la « Déclaration des droits de l’homme » est à ce titre édifiante. Mais j’y reviendrais. Pour l’anecdote, le film à sa première déçut fortement les soutiens financiers du film -en l’espèce le gouvernement socialo-communiste de l’époque et son ministère de la culture incarné par l’inénarrable Jack Lang. Ce beau monde s’attendait sans doute à un chant de gloire à la révolution. Il dut déchanter.

Danton, est présenté dans le film comme un homme qui a ses faiblesses mais qui a pour lui de connaître et de comprendre la peuple, loin de la tour d’ivoire ou plutôt du fanatisme de Robespierre. Cela fait sa popularité et explique les hésitations de Robespierre quant au sort à lui réserver. Trop aimé, trop populaire, l’éliminer ne peut qu’attiser la colère d’une population déjà étrillée par la réalité d’un idéal génocidaire. Finalement, Robespierre se décide à se débarrasser de son rival, il s ‘y prend au moyen d’une parodie de justice.

L’homme n’était certes pas un saint. Mais ce qui est sanctionné ce ne sont pas tant les errements du personnage que ce qu’il représente. Un peu d’humanité, dans ce qu’elle a de mauvais. Et ce qu’elle a de bon. En cela qu’elle dresse une digue contre les excès, en particulier ceux commis au nom du bien. C’est également au nom du bien que dans le film un gamin est maltraité afin de retenir par coeur la doxa en vigueur.

Mais quel rapport avec Gérard Depardieu? Il est parfois troublant de constater les rapports qu’entretiennent un artiste et son art ou plus précisément comment l’oeuvre précède le réel. Danton, homme imparfait, critiquable mais jugé pour de mauvaises raisons lors d’un faux procès. Ce destin n’est pas sans ressemblances avec celui de Depardieu devant ses juges. Toutes proportions gardées, il va sans dire. Si les destinées de la France ne dépendent pas de monsieur Gérard, celui-ci de par sa stature reflète depuis maintenant près de cinquante ans celui de notre pays, de son caractère, qualités et défauts compris.

Il est en l’état bien difficile d’évaluer la gravité des fautes de l’acteur mais il n’est pas interdit de supposer une exagération dans les faits qui lui sont reprochés. Et surtout qu’à travers lui, ce sont les hommes qui sont visés, et plus particulièrement ceux qui ne sont pas « déconstruits ». Ce qui est évidemment le cas de Depardieu, image vivante de tout ce que cette populace gauchiste déteste, le goût la bonne chère plutôt que celui du tofu, le goût de la chair plutôt que celui de l’abstinence contrainte, le goût de l’art libre plutôt que celui de la censure, en bref, le goût de la vie plutôt que celui de la mort. Fut-elle à crédit.

En fait, il ne manque pas grand chose à ce tableau proche de Danton. En tout cas, il ne manque pas les enfants malmenés au nom du bien. Mais en fait de taloches, il y a les injonctions de madame Rousseau ou madame Coffin (Je ne sais plus!) qui veut « Humilier les petits garçons » et les drag-queens qui viennent raconter des contes de fées dans les écoles.


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