L’appel de Stockholm, ou peurs et tensions à gauche au temps de la guerre froide.
1950, l’arme atomique suscite un vif débat dans l’opinion depuis l’explosion des bombes américaines sur le Japon en 1945 et le développement du parc nucléaire des Etats-unis. Tandis que les soviétiques tentent de rattraper leur retard en la matière, en France, chez nous, de belles âmes s’émeuvent et de grandes consciences s’inquiètent. Oui, c’est bien connu, c’est le propre de ce genre de personnes de s’émouvoir et de s’inquiéter.Et Dieu sait qu’il y a avait lieu de s’inquiéter et de s’émouvoir avec la menace de l’atome. Menace fantôme. Atome. Fantôme. Tiens, ça rime.
Aucun état en effet n’aurait appuyé sur le bouton. Aucun ne l’a fait. La destruction d’une grande puissance aurait inévitablement entraîné celle de l’autre. Lire à ce sujet le livre de Pierre Grosser « Temps de la guerre froide ». Il n’empêche que cette conviction selon laquelle une puissance dotée de la force nucléaire enverrait un chargement d’uranium enrichi dans la tronche du voisin. Et ce de préférence par la volonté d’un militaire taré.Le cinéma s’est d’ailleurs souvent fait l’écho de cette crainte, « Docteur Folamour », « Sept jours en mai » « La bombe » et quelques autres.
Mais pour en revenir au sujet de ct article, cette fameuse crainte, il n’est pas exagéré de dire qu’elle prit forme par l’appel de Stockholm, lancé depuis la ville susmentionnée en 1950. Bien entendu, une telle manifestation ne pouvait attirer sans les belles âmes et les bonnes consciences évoquées plus haut. De préférence célèbres et éminentes. Aussi n’est-il pas étonnant que le premier signataire du document fut Frédéric Jolliot-Curie, scientifique respecté et professeur au Collège de France. Outre sa carrière, l’homme était engagé politiquement à gauche, ainsi que le prouva son appartenance aux comités antifascistes qui devinrent bien vite une avant-garde du stalinisme en Europe, brandissant le mot « fasciste » devant quiconque avait le malheur de ne pas être communiste. Quoiqu’il en soit, encouragées par l’ami Frédo, de nombreuses personnalités apposèrent leur signatures au bas de ce puissant message qui devait empêcher l’apocalypse ultime. Gérard Philipe, Pierre Larquey, Yves Montand (Mais bien sûr, le Papet n’était jamais en retard d’une connerie) Jany Holt et j’en passe et des meilleures (Consultez le site de la région du Vésinet pour toute information complémentaire). Autant de vedettes parfois oubliées mais dont le nombre impressionnant prouve l’intérêt porté à la cause. Dans un certain monde, en l’espèce celui du spectacle qui demeure aujourd’hui encore marqué à gauche, du moins tant que son porte-monnaie n’en souffre pas trop.
Il n’entre pas dans mes intentions de dénigrer les artistes cités, souvent talentueux et certainement sincères pour la plupart mais hélas trop souvent ignorants des enjeux politiques. Et dont la voix porte rarement. Il en fut ainsi de l’appel de Stockholm, pétard mouillé et symbole d’un fantasme de gauche qui lui survécut longtemps. Curieusement, ce ne fut pas la droite qui lui asséna l’estocade mais son propre camp. L’appel, création du PCF, reçut des socialistes de la SFIO les critiques les plus dures sous la forme de ce qu’il faut bien nommer une campagne de dénigrement.
Maintenant, la bêtise n’étant le monopole de personne, la droite ne se montra guère plus maline en imaginant les chars russes défilant sur les Champs-Elysées. Mais ça c’est une autre histoire…

Frédéric Jolliot-Curie. Son nom fut donné à de nombreux lycées.



Gérard Philipe.

Eh oui, un jeune Jacques Chirac signa l’appel!


