Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Cinéma- Edition spéciale- Fantastique.

Il fallait bien y venir, tant le genre est central dans le monde du Bis (Je ne vais pas répéter Exploitation) Je veux parler du fantastique. Dans la période traitée ici, à savoir les années 70, il se libéra, osant de nombreuses audaces graphiques qui lui étaient jusque là défendues.

Voici une sélection qui concerne dans l’ordre l’Espagne, la France et le Royuame uni.

« La révolte des morts vivants/La noche del terror ciego » de Amando de Ossorio (1971, Espagne)

Des chevaliers morts vivants sacrifiés au XIIIème siècle s’en prennent aux vivants.

Pour user d’un vocabulaire dans l’air du temps, voila un « pitch » pour le moins abrupt. Mais suffisant. Il ne faudrait pas croire pour autant que le film de Amando de Ossorio est dépourvu d’intérêt. La sécheresse de l’argument est très largement compensée par une ambiance suffocante. Les monstres à tête de mort attaquent des vivants antipathiques et semblent innombrables jusqu’à donner l’impression d’envahisseurs décidés à amener l’Enfer sur Terre…Par vengeance? Il existe une dimension morale et, osons le dire, mystique dans le fantastique. Bien souvent les spectres et autres gargouilles réclament leurs dettes à des vivants à la conscience pas forcément très claires. Quant ils en ont une.

Après Jess Franco et Paul Naschy, Amando de Ossorio fut le troisième grand nom du fantastique espagnol et plus que les deux précédents – cela dit sans les dénigrer- il oeuvra à la création d’un fantastique ibérique libéré des attaches du cinéma anglo-saxon…ou du voisin italien. Il profite habilement de la libération des moeurs en terme de violence et de nudité, sans trop en faire toutefois.

Une grande réussite. Au suivant!

« Au service du Diable/La nuit des pétrifiés » de Jean Brismée (1971, France/Belgique/Italie)

Les passagers d’un bus victimes d’une panne en rase campagne trouvent refuge chez un châtelain. Ils ignorent qu’ils vont rencontrer leur destin dans ce lieu sous la forme d’un démon qui les soumettra à la tentation.

Cette co-production essentiellement française en dépit d’apports belges et italiens « La nuit des pétrifiés » présente de nombreuses singularités. Il est le seul film de fiction de Jean Brismée (Par ailleurs documentariste, brillant scientifique et créateur de l’école des arts du spectacle de Belgique) écrit par Patrice Rhomm qui se distingua plus tard dans l’érotisme (« Elsa fraulein SS ») et bénéficie du concours de Daniel Emilfork qui joue le Diable en personne, de Jean Servais et d’une des vedettes féminines du Bis transalpin Erika Blanc. D’accord, tout cela est bel et bon, mais quid du film?

Il est doté d’un scénario intelligent mettant en scène comme le film de Ossorio chroniqué plus haut des personnages antipathiques destinés à devenir des victimes. Mais à la différence des sacrifiés de Ossorio silhouettes sans épaisseur, ceux du démon de Brismée ont une personnalité ou plutôt ils sont des caractères – même si on est loin de La Bruyère-. L’envie, la luxure, la gourmandise, la colère, l’orgueil, l’avarice et la paresse. Voila on y est, les sept péchés capitaux, incarnés par ces sept voyageurs. Dans le rôle du démon Erika Blanc excelle, passant de la grande beauté à une inquiétante laideur et ce avec un peu de maquillage et beaucoup de talent. Daniel Emilfork, maître de cette cérémonie macabre joue de son physique et de son magnétisme, rendant d’autant plus regrettable ses trop rares apparitions sur le grand écran.

Brismée se montre à l’aise dans la conduite de ce jeu de massacre, -réflexion sur la culpabilité et la tentation dans les limites d’un film de divertissement- ou le tragique côtoie l’humour noir.

Vous aurez remarqué que le film existe sous deux titres. Il fut diffusé sous celui de « La nuit des pétrifiés » en France (En province, la carrière des films se jouant en deux temps à cette époque, à Paris puis en province). Quand je découvris son affiche au cinéma « Le Zen » à Rennes en 1979, il était ainsi titré!


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