Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers- Cinéma – Edition spéciale. Action, deuxième partie.

Samourai à l’enfant et artiste manchot contre bonze à swastika. L’Asie qui fait mal pour le bien (du) public!

Les films d’arts martiaux d’Asie ne contribuèrent pas peu à populariser le cinéma de ce continent durant les années 70, notamment via un certain Bruce Lee. D’abord cantonné aux salles d’art et essai par les oeuvres de Kurosawa et autres lors de sa découverte par l’Occident après la guerre, il toucha ensuite un public bien plus large et plus populaire. Certes, éclipsé par les athlètes de la castagne, il recelait des perles dans quantité d’autres genres, mais ce n’est pas le sujet. Concernant le sujet, justement, voici deux exemples de ce que cette cinématographie aura produit de plus fou. Car c’est cela aussi, l’exploitation, l’art de passer les limites!

« Baby Cart, l’enfant massacre/Kozure Okami: Sanzu no kawa no ubaguruma/ Baby Cart at the river Styx » de Kenji Misumi (Japon, 1972)

Ancien bourreau devenu tueur à gages en fuite car poursuivi par le vilain clan Yagyu, Itto Ogami poursuit sa route sanglante, accompagné de son fils qu’il trimbale dans un landau truffé de pièges (La poussette James Bond?)

Bon, je vous vois venir: il ne s’est pas cassé pour le résumé, le père Alex! Et ma foi, vous avez raison. Mais que dire d’autre? La saga Baby Cart n’est rien d’autre que cela: une succession quasi-ininterrompue de combats, lesquels combats dénotent toutefois une ingéniosité toujours renouvelée dans l’art d’éliminer son prochain. Il y a par là même une grande incongruité qui fait le charme de la chose, ne serait-ce que par le duo formé par Ogami et son fils, un homme incarnant la plus grande brutalité et son ils, un enfant incarnant l’innocence – du moins en principe, car le fils participe avec ses moyens aux joutes perpétuelles auxquelles son père est confronté.

« Baby Cart » et ses suites ( Il s’agit du deuxième opus de la série) appartient à un sous-genre du film de samourai, le Chanbara, la variante la plus sanglante de ce type de récit qui envoie à nos romans de chevalerie. Par ailleurs, il est symptomatique du cinéma nippon des années 70 en cela qu’il s’inspire d’un manga, une façon pour les studios de répondre au succès grandissant de la télévision. Fait intéressant, Tomisaburo Wakayama ne ressemblait en rien au personnage tel que conçu dans le manga avec son physique lourd et massif. Choix qui s’avère finalement judicieux, donnant à cette figure un caractère d’autant plus inquiétant qu’elle n’alerte pas de prime abord.

Au suivant!

« Le bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante/Du Di Quàn Wang Da Po Xue Di Zi/ Master of the flying guillotine » de Jimmy Wang Yu ( Hong Kong/Taiwan, 1976)

Un maître des arts martiaux et ses élèves participent à un tournoi d’arts martiaux. Après avoir affronté divers combattants, le maître se trouve confronté au maître de la guillotine volante, aveugle mais redoutable.

Après la poussette piégée, le panier à commissions qui tue! Ce n’est pas une blague Carambar mais une vérité, la guillotine volante du titre étant un panier d’osier garni de lames relié à une chaîne qui décapite le malheureux qui a le malheur d’avoir la tête prise dans cet engin infernal.

C’est une dinguerie, et une parmi d’autre dans ce film qui n’en manque pas et ajoute une pierre à l’édifice des héros infirmes, spécificité partagée par le cinéma asiatique et par nos voisins transalpins qui par le western a magnifié les aveugles, manchots et autres estropiés. Ici, c’est double dose avec cet afrontement entre un manchot et un aveugle à croix gammée tatouée entre les yeux. Il est vrai que ça fait beaucoup. Wang Yu également réalisateur de la chose, reprend ici son personnage du boxeur manchot, il était il est vrai spécialiste du genre, ayant incarné une longue lignée de héros infirmes, à commencer par son premier grand rôle du sabreur manchot dans « Un seul bras les tua tous ». Belle reconversion pour cet ancien champion olympique qui ne connaissait rien au Kung Fu, ayant été un as dans la natation.

Au suivant!


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