Alexandre Léger auteur rétro

Réflexions

Aujourd’hui: Les écrivains, les scandales, la télévision (Suite)

Et nous voici en 1983, l’année du « Retour du Jedi », des 2000 francs à l’étranger imposés par Jacques Delors, ce génie et des bramements de Jean Jacques Goldman ( « Envole mouaaaaaaaah!) et surtout de cet épisode épique de l’histoire littéraire de notre pays: la bagarre entre François chalais et Jean Edern Hallier. Peu importe l’objet du « différend » ( Edern-Hallier traita Chalais de « Pédé », marque d’une époque, de nos jours on dit « Qui aime les plaisirs différents ») ce qui importe ici c’est que l’événement compte parmi les nombreux faits d’armes de Edern-Hallier, provocateur déjà évoqué dans ces pages. Entre son faux enlèvement et ses démêlés avec Tonton, la vie de cet homme est un classique du genre.

Mais, à bien regarder, il n’a été question jusque là que de professionnels du coup d’éclat. Bukowski, Thieuloy, Edern-Hallier…Mais au temps ou la télévision était au centre de la vie publique, les mirages qu’elle générait pouvaient pervertir des auteurs qui n’étaient pas coutumiers de l’excès. Ainsi, il arriva des mésaventures à Philippe Sollers qui pour avoir demandé à une jeune femme si elle avait une vie sexuelle se fit remettre à sa place par Stéphane Collaro et Patrick Timsit. Mais il y a pire: Jean D’Ormesson humilié par Laurent Baffie lors de l’émission d’Ardisson « Double jeu » ( « Le vent du soir, on sent déjà qu’il lâche une caisse! ») C’était dans les années 90. Une autre époque.

Au travers de ces deux tristes exemples, il y a une mutation dans le rapport entretenu par les écrivains la télévision et d’éventuels scandales. Bukowski et consorts créaient la controverse, bousculaient le relatif conformisme de leur époque. Sollers et D’Ormesson ont eu un rôle passif, encaissant les insultes dans le cadre de « talk-shows » et non plus d’émissions littéraires.

Déjà, cela marquait l’apparition d’un monde nouveau ou les émissions littéraires allaient devenir marginales, effacées par le spectacle pour le spectacle devant lequel les écrivains devaient s’incliner et jouer les faire-valoir. L’ère de l’écrivain qui était une sorte de Rock star était déjà révolue. Fini les Thieuloy et les Bukowski, le rôle de trublion étant dévolu au Zemmour- au demeurant billant polémiste- et à ses pareils. Cela e dit long sur l’état de la littérature et de son public qui résistent malgré tout aux dires de quelques optimistes. Puissent-ils dire vrai…


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